Ici Radio-Cadenas

Petite mise en situation. Nous sommes lundi le 19 novembre. Le téléphone sonne au bureau du directeur de l'information de Radio-Cadenas. Jean Pelletier réponds, c'est le Premier Ministre à l'autre bout du fil. "Allo, Jean, c'est Jean. Écoute, y'a encore un de tes journalistes là, Lester la moumoute, qui nous fait du trouble. Que voulez-vous, c'est pas la première fois qu'il est sur notre dos. La dernière fois c'était contre le BIC et mon ami Robert-Guy, un gars tellement distingué, un des rares journalistes qui comprends notre gouvernement... En plus le livre de Lester est publié à la même maison d'édition que les maudites "Chrétienneries" qui risent de moi. Va falloir que je demande à Sheila de checker qu'ils reçoivent pas de subventions de nous autres! En tout cas, je voulais jusse te dire que je donne une entrevue en exclusivité ce soir avec mon ancien ministre Lapierre à TQS, tu sais quoi faire si tu veux pas que j'en prenne l'habitude..."

Même si son livre est publié en dehors de la SRC, le journaliste Normand Lester est suspendu en attendant les résultats d'une enquête disciplinaire. On lui reproche d'avoir manqué d'objectivité en brandissant un article du contrat qui dit que "la crédibilité de l'entreprise et celle de ses journalistes sont indissociables et tributaires l'une de l'autre", en rajoutant encore que cette crédibilité dépends "de l'abstention par l'entreprise et les journalistes de tout contact ou association qui pourrait donner prise à des soupçons de partialité". Pourtant, Robert-Guy Scully est parti la tête haute au lieu d'être congédié après le scandale des "Minutes du Patrimoine". Qu'en est-il de Jean-François Lépine, manipulé de son propre aveu par Pierre-Elliot Trudeau lors de la série d'émission montée à grands frais par Radio-Canada? De Liza Frulla, de Claude Charron? N'ont-ils pas eus, eux aussi, des "associations qui pourraient donner prise à des soupçons de partialité"? Et Rabbinovich, directeur de la télévision nationale qui est aussi un ancien du Parti Libéral, ne se trouve-t'il pas à miner la crédibilité de la station?

L'incestuosité qui rêgne entre Radio-Cadenas et le gouvernement fédéral ne date pas d'hier. Nous nous souvenons de Jean Chrétien qui reprochait à la télé francophone de Radio-Cadenas de donner trop de temps d'antenne aux "séparatisses" lors du dernier référendum.

En ce qui concerne ce façonneur d'opinions de Jean Pelletier, je me permets de retranscrire ici une partie d'une conversation téléphonique que j'ai eue avec lui en 1999 à propos d'un reportage litigieux, puisque je crois qu'elle est révélatrice de la mentalité du personnage.

-Donc Monsieur Pelletier, si les bulletins d'informations relatent des faits erronés, c'est pas grave?
-Non, c'pas grave.
-Mais, monsieur Pelletier, cela veut dire que la télévision d'état est muselée!
-Radio-Cadenas n'est pas une télévision d'État, c'est une télévision publique!
-Pouvez-vous m'expliquer la subtile différence?
-Le contenu éditorial d'une télévision d'État est dicté par l'État. Le contenu d'une télévision publique est dicté... par moi.

Cette conversation est authentique, je possède encore l'enregistrement. De plus, nous savons que ce même directeur de la désinformation a entre autres, censuré les images de l'entartement de Chrétien durant la dernière campagne électorale, censuré régulièrement le contenu de l'émission "Infoman" (comme le reportage sur la "morgue" des nouvelles, ces endroits ou l'on prépare les topos posthumes des personnalités pas encore mortes). Il est donc clairement ce que nous pourrions appeller une "sangsue de la censure", et à mon humble avis, c'est lui qui devrait être suspendu et mis sous enquête disciplinaire pour manque d'impartialité. Mais, nous savons que ce qui est reproché à Lester n'est pas son "manque d'objectivité journalistique", mais bien son manque de patriotisme pro-canadien.

Et pendant ce temps, la très utile FPJQ (Fédération Professionelle des Journalistes du Québec) n'ose prendre position contre ce muselage éhonté de la liberté d'expression... Il leur faut un attentat armé contre un des leurs pour réagir on dirait...

Publié par Bob L'Aboyeur le 21 novembre 2001 à 11:48 AM Commentaires (0)