Les bénéfices c'est de la merde

Vous connaissez la cie minière montréalaise Cambior? Une entreprise de chez-nous dont on peut être fier, paraît-il. Tellement qu'on les retrouve partout où il y a de l'or (surtout au tiers-monde, évidemment), transformable en piasse via cette crisse de spéculation de merde. Or, en 1995, la négligence de la cie en Guyane a resulté en un déversement de 3,2 milliards de litres d'eau contaminée au cyanure dans le fleuve Essequibo, et ce à la suite du bris de la digue du parc à résidus de la mine Omai. Mentionnons que la Guyane n'a pas de législation protégeant l'environnement, et pas de loi régissant l'industrie minière. Suite à cela, les autochtones de la place, qui ont été forcés par leur gouvernement à ce que l'on envahisse leur territoire (l'état guyanais possède des parts dans la mine), se sont plaints de cette situation aux autorités. Car voyez-vous, ces hommes et ces femmes puisent encore leur eau directement du fleuve. Et de l'eau au cyanure, je présume que ça doit rendre malade. Pour compenser, on a décidé de leur offrir un gros chèque de... 225$. Pour acheter de l'eau en bouteille j'imagine. Pas heureux du tout de la situation, l'organisation montréalaise Recherches internationales Québec dépose au Québec, en mars 1997, un recours collectif de 69 millions contre Cambior, au nom de 23 000 résidents de la région d'Omai. La Cour Supérieure du Québec, toujours éprise de justice, les cons, rejette ce recours. Les résidents tentent alors un recours semblable dans leur pays, mais les procédures ont été rejetées la semaine dernière. Sans surprise, la direction et les (ré)actionnaires de Cambior célèbrent la décision, le PDG Louis Gignac joignant l'insulte à son porte-feuille en mentionnant cyniquement que "le dossier traînait en longueur, ce qui constituait un nuage au-dessus de la société (Cambior)". Évidemment, quand on prive des gens de leur liberté, vaut mieux étouffer l'affaire au plus vite, à défaut de les étouffer directement, quand c'est pas possible. Mais il y a autre chose.

Une nouvelle parue, le 14 mai 1999 chez Corporate Watch, nous apprend que les compagnies canadiennes Cambior et Metallica Resources Inc. ont l'intention d'exploiter les mines d'or et d'argent situées dans l'état de San Luis Potosi au centre du Mexique, non loin de la Capital. Le projet d'exploitation Cerro San Pedro d'une durée de deux ans représenterait l'extraction dans des mines à ciel ouvert de 100 000 onces d'or par an et de 2,8 millions d'onces d'argent. Un comité de citoyens s'oppose fermement à la réouverture de l'exploitation minière. Ce territoire riche du précieux métal a déjà fait l'objet d'une première récolte par les conquistadors espagnols. La principale revendication du comité repose sur le fait que le procédé d'extraction du minerai est une source importante de pollution qui condamnerait les habitants et les sols environnants à des décennies de conséquences graves. L'irrespect des compagnies canadiennes a poussé l'injure jusqu'à proposer en compensation des dommages causés de développer un jardin botannique pour les plantes originaires de la région. Le comité a, de toute évidence, refusé cette offre ridicule. Au mois de mars, les citoyens ont reçu l'appui de l'UNESCO qui considère que l'utilisation d'explosif dans cette région détruirait plusieurs monuments historiques datant du 16e siècle. Les deux organisations continuent leurs pressions pour faire annuler le projet auquel le ministère de l'environnement, les ressources naturelles et la pêche a déjà donné son aval en mars dernier. Il est assez clair que ces compagnies ont l'intention d'exploiter le filon à son extrême et, une fois les poches pleines, d'abandonner la population à son triste sort.

Self père et self fils, il est parti de rien et s'est fait lui-même.
Milliardaire d'ères, il n'a pas de compte à rendre à personne, le temps qu'il a crée c'est de l'argent, et l'espace c'est de l'or.
Et les bénéfices c'est de la merde.
-Jacques Prévert

Publié par Tartagnan le 26 février 2002 à 07:26 PM Commentaires (3)