Conversation entre Don Quichotte et Carter sur Cuba

Le Quichotte du 20ième siècle, Cuba, avec le bouclier au bras...

Dans une île sans histoires a vécu au 20ème siècle un peuple noble qui livra des luttes infatigables, avec dignité et solidarité. Pas même Cervantes, avec son ingéniosité fabuleuse, n'est arrivé à imaginer les symboliques batailles entre son chevalier itinérant et les moulins à vent reprenant vie, quatre cents ans plus tard, dans la résistance des Cubains face à un empire immense et puissant.

Il faut savoir que l'histoire de ce peuple noble serait suffisante pour écrire une nouvelle édition de Don Quichotte de la Mancha et de son célèbre compagnon Sancho. Mais pour les besoins de la cause, Sancho sera l'ex-président américain Jimmy Carter. De ces centaines de chapitres véridiques, chacun d'eux a mérité le coup d'oeil et l'admiration du monde entier. J'invite à regarder l'un des chapitres les plus humanistes où se raconte la grandiose manière dont s'y sont pris les Cubains pour s'armer de chevaliers et aider leurs frères pauvres dans d'autres contrées lointaines.

Ce préambule étant fait, sans perdre de temps, je donne la parole à deux irréductibles guerriers (personnages) qui ont survécu. Faisant preuve d'éthique et d'une sagesse proverbiale, après quatre siècles de littérature, personne, à l'exception des véritables héros de cette histoire, n'a pu les dépasser sur ce plan.

-Dites moi, Monsieur, demande Jimmy, comment ont fait les Cubains pour enseigner, guérir ou construire dans chacun des pays que nous traversons dans cette aventure?

-Bien, il me parait, répond Don Quichotte, que tu n'es pas renseigné dans ce que l'on appelle l'internationalisme ou la mondialisation, version Cubaine. Cuba est aujourd'hui le pays le plus solidaire de ce monde et sont devenues innombrables les terres où les Cubains sont arrivés les premiers et ce, sans rien demander en retour, à l'heure de faire face à la peste, lors d'un ouragan ou d'un tremblement de terre ....

-Et vous dites, parmi les premiers? insiste Jimmy...

-C'est là qu'a été la grandeur de son aide: la générosité, mon ami Jimmy. Il ne consiste pas à donner beaucoup, mais à donner le nécessaire... à temps.

-Donc, Monsieur, cette île doit être très riche non?

-D'esprit... Oui, répond Don Quichotte, mais malheureusement, pauvre en richesse.

-Il semble, reconnait Jimmy, que je ne comprend pas: Comment quelqu'un peut-il risquer sa peau en échange de rien?

-Celui qui fait le bien, sans intérêt à l'éloge et la récompense, à la fin du compte, aura beaucoup plus... Tous ces hommes ont reçu comme meilleure récompense, l'affection et la chaleur des enfants qu'ils ont sauvés et à qui ils ont enseigné à lire dans les lieux les plus lointains de la planète... la gratitude, Jimmy, est comme la mémoire du coeur!

-Et les riches ? Pourquoi ne font ils pas la même chose? reprend Jimmy

-Cela fait quatre siècles que je me pose la même question, confesse Don Quichotte. De Mark Twain, qui a vécu entouré des plus vulgaires riches, j'ai appris que les personnes généreuses sont heureuses de voir d'autres personnes heureuses. Par contre, les avares ne procèdent pas de la même manière, puisqu'ils peuvent avoir une joie mille fois plus intense en ne le faisant pas... Je n'en connais pas les raisons d'ailleurs!

-Si je comprends bien, conclut Jimmy, vous avez voulu dire que quand un homme ne risque rien pour ses idées, c'est que ses idées ne valent rien ou que l'homme en question ne vaut rien?

-Genial ! C'est en plein ça, dit Quichotte à Jimmy.

-La vérité est que je n'avais rien entendu de similaire sur cette façon d'agir du brave peuple cubain... Mais ne restez pas muet et continuez de me conter cette histoire, lui demande Jimmy.

Durant des heures, Don Quichotte a pu parler à son humble compagnon de l'épopée internationaliste cubaine... Il commença à parler de cette vocation solidaire qui eut lieu en 1936, quand des hommes de diverses nationalités se sont unis pour combattre le fascisme en Espagne. Plus loin, en peignant l'humanisme avec des paroles, est arrivé le triomphe même de la révolution. Ce fait a été marqué par la présence d'autres internationalistes, indiscutablement, l'être le plus solidaire de ce siècle. Jimmy qui avait vu l'image de ce héros réel, multipliée dans le monde entier... Le héros des dépossédés et le paradigme des jeunes dit à Don Quichotte: Quelle chance ont eu les gens de cette époque de connaître le Che Guevara, un homme d'une telle envergure!

-Tu le dis Jimmy, approuva Don Quichotte. Les années passent, les modes changent: au modernisme a succédé le post-modernisme, les dictatures ont été remplacées par des démocraties, le mur de Berlin par le mur de l'argent, le capitalisme s'est couvert d'un manteau appartenant au néolibéralisme... Mais l'exemple du Che Guevara reste ici, intact, et ses idées, toujours d'actualité, parmi la majorité des rebelles d'aujourd'hui... Tant de choses ont explosées pour finalement disparaitre, mais ces choses se sont toujours faites avec l'espérance d'un monde meilleur.

-C'est vrai que Che Guevara était un de vos fervents admirateurs et qu'il lisait vos histoires lorsqu'il était dans la Sierra Maestra? On dit même qu'il aurait envoyé une lettre à ses parents s'identifiant, ironiquement, de Quichottesque? a voulu savoir Jimmy....

-C'est ce que j'ai su, mais je t'avertis mon frère Jimmy, que cet honneur, je ne le mérite pas. Jai été un véritable aventurier, mais le Che n'a pas seulement été un combattant héroique, mais un penseur révolutionnaire. Pour lui, le véritable communiste, le révolutionnaire, était celui qui considère les grands problèmes de l'humanité comme étant ses problèmes personnels. Sa manière d'assumer l'internationalisme continue, même avec l'impérialisme d'aujourd'hui, l'expression combative et concrète de l'humanisme révolutionnaire marxiste.

-C'est incroyable, dit Jimmy à voix basse, mais des fois... J'ai l'impression de le voir partout.

-Ce ne sont pas des visions, dit Quichotte, il est avec ces médecins qui, aujourd'hui, sauvent des vies en Amérique centrale, ou parmi ceux qui vaccinent les enfants noirs Africains contre le manque d'espérance. Le Che continue de vivre dans chacun de ceux qui ont fait de la leur... Cette phrase de José Marti, qu'il citait lui-même plusieurs fois dans ses discours: "Tout être humain véritable doit sentir dans sa figure la claque donnée dans la figure d'un autre être humain"

-Mais, vous ne croyez pas que ces Cubains qui connaissent tellement le sacrifice et la douleur, sont heureux? dit Jimmy.

-La vertu qu'ils ont, lui dit Don Quichotte, comme le disait Emerson: "Rien de grand ne fut conquis sans l'enthousiasme". Toi même, Jimmy, tu dois avoir beaucoup d'idées préconçues pour ne pas être en mesure de succomber à ce peuple chaleureux qui parle et rit de vive voix et te transmet sa dignité et sa fraîcheur.

-Donc, continuons la marche pour que monte en moi le désir de les connaître, se réjouit Jimmy!

Lors d'un arrêt dû à la fatigue, Don Quichotte pousse l'album de photo dans les mains de Jimmy... Ces images, je te le dis, t'aideront à comprendre la dimension de tout ce conte, ne perds pas un seul détail. C'est l'histoire la plus complète de la solidarité.

A l'ombre d'un arbre, Jimmy débuta un voyage inespéré à travers le temps: sur la première photo, un jeune médecin Cubain porte sur son dos un enfant arabe ayant les deux pieds coupés (Algérie 1960). Sur la seconde, un ouvrier Cubain lève une pancarte par dessus la multitude où l'on voit les mots "nous aiderons le Vietnam du Nord à repousser les agresseurs". Comme réponse un bateau avec dix mille tonnes de sucre et trois contingents de constructeurs.

Comme à travers un kaleidoscope se succèdent les images: le Che, dans les profondeurs de la jungle, là-bas, au Congo, en train d'écrire dans son journal personnel, là bas en Bolivie, survivant à ses assassins, là bas à la Higuera... Un noir Cubain se confond avec les combattants du Mozambique... Un Cubain secourant des blessés en Iraq. Des milliers d'hommes et de femmes envoient du sang à leurs frères du Pérou, des avions Cubains aterrissant en Arménie et dans la ville de Mexico, touchée par un tremblement de terre...

Ici tu vois les Cubains criant leur joie de liberté pour Argela Davis et Nelson Mandela!

Deux soldats, un Éthiopien et un autre, Cubain, posant ensemble sur le dessus d'un tank, en train de sourire. Une pluie de feux d'artifices volent dans le ciel de Cuba lors de l'annonce de la mort de l'Apartheid.

Du Nicaragua, durant la guerre traître et la lutte contre l'ignorance, un professeur Cubain est victime de la haine... D'autres milliers de mains demandent d'occuper son poste. Ici des ingénieurs Cubains construisent une centrale sucrière... Ici en Grenade se congèlent d'autres instants de crimes perpétrés par l'empire de l'oncle Sam, ici aussi, les Cubains embêtaient l'empire Yankee.

Sur ces dernières photos, celles des dernières années, ils bordent les rivières qui sont sorties de leur lit dans presque dans toute l'Amérique centrale... Ils dorment dans des hamacs ou sur le sol... Compatissant dans la douleur avec ceux qui ont tout perdu dans l'État de Vargas au Vénézuéla... Ici... Cette photo montre un jeune Haitien se faisant vacciner par un médecin Cubain... Ici, regarde, on les voit en train de combattre une maladie jusqu'alors inconnue au Zimbawe, en Gambie et au Nigéria... Plus tard, le monde découvrira avec stupeur que le virus du Sida a fait son apparition.

Maintenant, nous sommes à Cuba, annonce Don Quichotte à son compagnon, le pays qui, depuis plus de 40 ans, à dérouté la faim, a multiplié la dignité latino-américaine et a donné un exemple continuel de solidarité à travers le monde.

Levons notre chapeau pour ce brave peuple, propose Jimmy.

Tu as raison Jimmy, dit Don Quichotte, il me parait normal de féliciter ce peuple empreint d'autant de dignité...

Comme tu vois il n'y a pas d'oppulence ici. De plus, c'est un pays humble qui a appris à tout partager, incluant l'affection... Tu vois là bas? C'est une école où l'on prépare, par milliers, des médecins d'autres pays, et le pays reçoit simplement en échange la promesse qu'ils ne laissent pas mourir plus d'enfants dans leurs pays, qui sont, pour la plupart, oubliés du premier monde.

C'est un beau geste, dit Jimmy à Don Quichotte. Depuis cette île minuscule, nous continuerons à affronter la géante campagne de désinformation qui diffame Cuba depuis des lunes, là-bas, au Nord.

Ne t'en fais pas Jimmy, en ce moment, le monde a découvert tous ses mensonges... Laissons-les japper, c'est le signal que Cuba avance et vient d'entrer dans le XXIe siècle.

Publié par Libertador de Conciencia le 19 mai 2002 à 06:46 PM Commentaires (7)