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De deux choses l'une. Ou bien le Devoir manque de textes à mettre entre ses pubs, ou bien ce journal est devenu une oeuvre de bienfaisance pour les "journalistes" en lock-out de Radio-Cadenas. Après avoir eu droit à une éloge de la tyrannie signée Denise Bombardier il y a quelques semaines, voilà qu'ils nous servent un insipide texte de Marie-France Bazzo, un texte intitulé "Manifestons, c'est tendance". Seulement d'après le titre, nous frémissons d'avance d'apprendre ce que cette grande masturbatrice de la culture nous expliquera à propos des manifs. Laissons-la tout de même s'exprimer:
"Depuis Seattle en 1999, les multiples et bonnes raisons de descendre dans la rue étaient dorénavant fondues en une seule, globale, voire aplanissante: la lutte antimondialisation. C'est hip, moderne, vaste, fédérateur, et rallie dans une même soupe idéologique l'ami des dauphins et l'énervé du Black Block. Jusque dans le discours militant, une nouvelle langue de bois (de chanvre, dirons-nous), émerge, avec des mots culte comme société civile, engagement citoyen, globalisation, et des expressions fétiches: "J'ai touché José Bové" ou "J'ai l'adresse électronique de l'agent de Naomi Klein".
"Toutes les causes particulières semblent englouties dans une seule, capitale certes, mais noyant bien des conflits locaux ou des interrogations ponctuelles sous sa masse écrasante. Or, depuis quelques mois, on redescend dans la rue dans un esprit très "rétro seventies": en grève et en colère chez Bombardier, en lock-out et en joual vert à Radio-Canada, on marche contre l'attitude d'Israël, pour la Palestine, on se mobilise spontanément contre les adultes abstentionnistes et les fachos ordinaires en France. Même le 1er mai devient une fête hip".
Tout d'abord, pour son information, les gens ne "redescendent pas dans la rue depuis quelques mois". Ça fait quelques mois que Marie-France Bazzo s'est aperçue que des gens descendaient dans la rue. Il y a là une grosse différence étymologique. C'est vrai qu'enfermé dans une tour Radio-Cadenassée à parler de téléromans soporifiques et autres divertissements bourgeois, on ne se fait pas une très bonne idée de la rue. Mais tout ça a changé depuis qu'elle possède le statut de manifestante patentée (à cause de ses patrons qui l'ont lock-outée et non pas par engagement personnel). Elle est à même d'analyser le phénomène des manifs en apportant sa touche personnelle. Avec son flair pour le dernier chic, elle tente de définir le mouvement sous des qualificatifs s'appliquant à la mode. Tout comme ceux qui décrivaient le mouvement punk à une tenue particulière sans mentionner les valeurs idéologiques, elle parle du contenant, de la forme de la protestation, mais ne semble avoir aucune idée de son contenu. Comme si Clin d'Oeil interviewait le sous-commandant Marcos pour parler de la couleur du foulard le masquant.
En suivant sa logique, on peut affirmer qu'il est hip de se faire gazer au Sommet des Amériques! D'être poivré à l'APEC! De se faire arrêter de façon préventive pour simplement vouloir manifester son désaccord au G8 à Montréal. De posséder un dossier criminel pour avoir lutté pour une société plus »gale. De se faire tabasser par les forces de l'ordre pour avoir dénoncé l'injustice. Ça donne le petit air rebelle qui fait craquer les bourgeoises des sushis-bars. Ah, le look Black-Bloc, ce regard ténébreux derrière le masque à gaz; La manifestation serait-elle devenue le nouveau Club Aventure des blasés?
Quelles foutaises! Si les mouvements anti-mondialisation sont de plus en plus "à la mode", c'est simplement que les abus des mondialisateurs sont de plus en plus flagrants et font un nombre grandissant de victimes. Si les gens descendent dans la rue (et encore, c'est plus facile de descendre dans la rue lorsqu'on est employé de Radio-Cadenas en lock-out que pour les "manifestants professionnels" qui eux se font arrêter de façon préventive), c'est que nous en avons soupé de ces dirigeants corrompus qui couchent avec la finance, de ces corporations qui s'engraissent à nos dépens. Nous en avons soupé des médias qui depuis longtemps n'assument plus le rôle de chien de garde de la démocratie, mais ne sont devenus que les tout petits toutous lèche-bottes du pouvoir. Que ce qu'il y a d'aplanissant dans la mondialisation, ce n'est pas la bannière commune des protestants, mais bien ces banquiers de la misère qui se font des banquets en catimini et appauvrissent les populations.
Elle nous invite à cesser de toujours lutter pour des causes mondiales et à revenir aux luttes locales qui, elles aussi, sont importantes (comme si les luttes anti-mondialisation n'avaient pas pour but des changements locaux en visant la véritable source du pouvoir qui, de plus en plus, échappe aux gouvernements locaux). Par pur altruisme, elle nous invite ensuite à defendre sa cause, celle des "journalistes" en lock-out, en y ajoutant la petite touche "tendance", le petit plus pour vous inciter à manifester pour elle: Vous serez hip, 100% certifié Bazzo! Wow!
"Mais ce qu'il faut à présent, soyons tendance, c'est une mégamanifestation des usagers de Radio-Canada, spontanée, tous ceux tout seuls en manque ensemble, avec des voix et des visages. Car c'est ça, la grande force de toutes ces manifs des dernières semaines: ceux qu'on imaginait silencieux, victimes des décisions des autres se lèvent, se font voir et disent ASSEZ! Une cote d'écoute, surtout à Radio-Can, ça ne fait pas de bruit, ça paye ses taxes, c'est distingué et patient, mais quand ça descend dans la rue, résolu et excédé, ça doit être assez saisissant à voir".
Je suis solidaire de tous les exploité-es. Je suis aussi d'accord qu'une injustice existe entre les travailleurs anglophones et francophones de la chaîne. Par contre, lorsqu'on me demande d'être solidaire avec les journalistes de la SRC, j'ai un peu de difficulté. C'est comme si on me demandait d'être solidaire de Monsieur B. Lorsqu'il est temps de lutter pour une amélioration de leurs conditions de travail, ils descendent aux lignes de piquetage et organisent de méga-concerts bourrés de vedettes qui viennent prendre position et les défendre. C'est bien d'appeller la société civile à l'aide, mais où sont-ils lorsque la société civile a besoin d'eux? Aux conférences de presse de Céline Dion, occupés à retranscrire les communiqués des companies ou ministères qu'ils sont censés enquêter. La plupart des journalistes de Radio-Cadenas ne sont pas au service de la société civile. Que dis-je! La plupart des journalistes à Radio-Cadenas ne sont même pas des journalistes. Des potineurs de salon, des relationnistes de presse peut-être, mais des journalistes?
Ils ne remettent pas en question leur assignation, ne fouillent pas plus loin que les communiqués de presse émis par les institutions qu'ils couvrent, ils lèchent les bottes du pouvoir en présentant immanquablement la vision de la propagande étatique-policière. Combien de fois avez-vous vu la SRC aller au fond des choses et réellement faire bouger les mentalités? Sauf exception, ils jouent immanquablement le jeu du pouvoir, sauf si leurs conditions de travail sont mises en causes, auquel cas il faudrait qu'on se mobilise tous. J'aurais honte à leur place d'en appeler ainsi à la société civile quand ils l'ont trahi depuis belle lurette en se cachant derrière leur pseudo-objectivité et en ne rapportant dans 95% des cas que le discours des Maîtres.
Quand je lis des grossièretés pareilles, je me dis qu'il est temps que le lock-out cesse, ne serait-ce que pour que ces "journalistes" complètement déconnectés de la réalité retournent dans leur petite tour de diffusion. Le choc avec la rue est trop brutal pour certains d'entre eux.
Publié par Bob L'Aboyeur le 04 mai 2002 à 12:27 PM
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