Mulroney (2ième partie) et le crime: La création d'une charte des droits des corporations

Dans la première partie, nous avons vu brièvement comment les maîtres se sont servis de Brian Mulroney pour tenter de nous convaincre de l'utilité d'un éventuel entente de libre-échange avec les États-Unis (le Mexique a joint les rangs en 1994 dans ce que lÌon appelle l'ALÉNA), et que la participation de Mulroney sur plusieurs conseils d'administration de tyrannies privées, après qu'il ait accompli courageusement son devoir de soldat, prouve hors de tout doute qu'il avait effectivement pour mission de contribuer politiquement à un "coup d'État" préparé par ses compères du commerce et de la finance.

Pourquoi le libre-échange?

Les ténors du libre-échange vont tenter de démontrer que le libre marché est une tentative de venir à bout du protectionnisme. Ceci est un mensonge. Ce sont les multinationales, totalitaires de par leur nature, qui se protègent de nous.

Par exemple, les prérogatives gouvernementales face aux droits entourant la question de la propriété intellectuelle se raffermissent dans ces accords. N'est-ce pas là du protectionnisme? Notons également le Chapitre 11 de l'ALÉNA qui contient une clause permettant aux entreprises de poursuivre les gouvernements si leur pays édicte des règlements qui peuvent éventuellement diminuer les profits à venir. Cette clause a réduit le pouvoir gouvernemental de protection de la santé publique et de l'environnement. Ainsi le Canada a abandonné l'interdiction du MMT, additif aux carburants, sur plainte de son fabricant US, Ethyl Corp. Le Mexique a payé 16.6 millions $ à une compagnie US pour lui avoir refusé d'opérer un site de déchet dans une zone résidentielle. Methanex, société canadienne, poursuit les USA pour près de 1 millions $ contre une mesure californienne destinée à empêcher la contamination de l'eau, etc.

Des échanges libres?

Faudrait peut-être revoir le vocabulaire quand on discute mondialisation de l'économie. Tout cela ressemble véritablement à un guet-apens pour cacher la vérité. On discute de libre-échange, mais ces échanges, en très grande partie, sont gérés, administrés et, pour une grande part, ne forment aucunement des échanges au sens propre du terme. "Par exemple, lorsque telle multinationale envoie des pièces dans un pays du tiers-monde pour y faire monter un produit fini qui sera retourné dans son pays d'origine pour y être vendu, cela s'appelle une transaction intra-firme, qui ressemble plus à ce qui prévaut dans une économie planifiée (ex-Union Soviétique, Cuba) qu'à toute autre chose." Et puis, "selon les meilleures estimations, 15% des échanges globaux actuels peuvent être sérieusement appelés libres: tout le reste est administré."

En fait, "le but de l'opération est de rechercher la main-d'oeuvre et les ressources les moins coûteuses sans respecter les besoins sociaux et environnementaux de l'endroit où ils opèrent. Sous le règne de l'ALÉNA, les corporations peuvent déplacer leur production et leurs investissements au sud des É.U., dans des zones de libre-échange qui échappent aux taxes et aux salaires plus élevés présents au Canada et aux États-Unis. Les corporations peuvent ensuite rendre les groupes de travailleur-euses opposé-e-s l'un à l'autre grâce aux menaces de baisse de salaires, de fermetures d'usines et de pertes d'emplois. L'entrée en vigueur des ces abus corporatifs amène l'investissement et la production sans contraintes."
Par exemple, "malgré des profits record et un taux de chômage très bas, la pression sur les salaires est toujours forte aux États-Unis où beaucoup d'entreprises menacent de délocaliser vers le Mexique ou d'autres régions à bas salaires. Selon une étude de la Cornell University portant sur 600 syndicats s'étant mobilisés, les directions, dans 62 % des cas, s'y sont opposés en menaçant l'usine de fermeture."

Voici un extrait du bilan que tire l'Institut d'Études Politiques de Washington sur les 7 ans d'exercice de l'ALÉNA depuis sa création le 1er Janvier 94

Le nombre de Mexicains vivant dans la grande pauvreté (c'est à dire avec moins de 2 $ par jour) a cru de plus de 3 millions depuis le début de l'ALÉNA (passant de 15 à 18 millions de 94 à 97). Si on y ajoute ceux qui subissent une pauvreté "modérée" (3 $ par jour), le nombre de pauvres dépasse la moitié de la population (de 47 millions en 94 à 51 en 97).

Les salaires dans le secteur manufacturier ont chuté de 9.5 %. Les plaintes enregistrées en application de l'accord social annexé à l'ALÉNA ont fait apparaître une répression systématique des employés qui demandent de meilleures rémunérations ou qui s'organisent en syndicats dans ce but. Cet accord s'est révélé bien peu efficace dans l'application des droits sociaux. Des enquêtes ont montré que les inspections gouvernementales ont fortement décliné après l'approbation de l'ALÉNA. La conséquence a été une augmentation des problèmes sanitaires liés à la pollution de part et d'autre de la frontière.

Le premier accord de libre-échange avec les USA remonte à 1989. De 89 à 96, le secteur manufacturier canadien a connu un déclin de 13 %. L'écart de revenus entre les 10 % de familles les plus riches et des 10 % les plus pauvres est passé de 50 pour 1 à 314 pour 1 pendant la même période. La pression exercée par la mise en place de ces accords a réduit les programmes sociaux canadiens. Au moment de l'entrée en vigueur de l'accord de 88, 87 % des chômeurs étaient couverts par une assurance chômage. En 97, ils n'étaient plus que 37%.
Gageons que la situation s'est encore détériorée depuis ce temps.

Pour finir, notons en plus que la libéralisation des flux de capitaux, décision prise au début des années 70, a engendré une économie spéculative qui représente 95% de l'économie totale, alors qu'elle était à 5% au début des années 70 (Ce qui en fait nuit aux vrais échanges libres). La taxe Tobin pourrait contrer ce fléau. Joignez-vous à ATTAC!

Il va falloir s'unir pour démanteler les organisations totalitaires et staliniennes qui représentent les multinationales et qui sont le FMI, La Banque mondiale, l'OMC, l'APEC etc. Il faut démanteler ces ententes de libre-échange, et empêcher celles à venir, il faut retirer le statut de "personne immortelle" que l'État a accordé aux tyrannies privées il y a plus de 100 ans. Il faut les traquer (Michael Moore le fait très bien...), les poursuive et les démanteler. Ce n'est pas vrai qu'elles créent de l'emploi: elles tuent le travail et la liberté. Combattons les marchés qui profitent à un faible pourcentage de la population, combattons-les de la même façon que nous combattons le racisme, l'homophobie, le sexisme, l'esclavage.

Pour conclure, imaginons ce scénario : vous êtes en faveur de l'échangisme, votre voisin aussi. Un jour il vous propose un échange de couple. Hum. Intéressant. Vous trouvez la proposition attirante, et vous acceptez. Mais il faut un contrat vous protégeant tous les deux. Mais lui est très riche et peut se payer de bons avocats. Avec le temps votre voisin réalise que, même s'il essaie très fort, il ne peut jamais se faire votre femme quand il vient la visiter chez-vous. Il vous poursuit donc pour perte de jouissance, et gagne. Par contre vous n'avez pas un rond. Votre femme devra donc piger dans ses économies pour le rembourser.

Questions: vous avez 2 choix
A-Est-ce la faute à la femme ne pas avoir voulu se faire baiser?
B-Aurait-il fallu lui demander son consentement avant qu'elle se fasse baiser par vous et votre voisin?

Les économistes répondraient A, pour l'équilibre budgétaire.
Les gens critiques répondraient B.

Morale:
De un la dame en question serait en droit de demander le divorce, et deux, on pourrait dire que si les économistes connaissent le prix de tout, ils connaissent la valeur de rien.

Publié par Tartagnan le 22 mai 2002 à 05:57 PM Commentaires (0)