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Dimanche soir, sur les ondes de CBC (Hot Type), le jounaliste Evan Solomon avait pour invité le linguiste Noam Chomsky. J'ai traduit pour vous (du mieux que je peux) quelques extraits de cet instant de lucidité.
ES: Si on fonctionnait selon la Convention de Genève, qui accuserions-nous de criminel de guerre? George Bush? Sharon?
NC: Tous les deux...
ES: Est-ce que Arafat serait un criminel de guerre?
NC: Il est un criminel, mais pas un criminel de guerre.
ES: Quelle est la différence?
NC: La différence repose sur la définition technique de crime de guerre. C'est un crime commis par un état.
ES: Serait-il coupable de crimes contre l'humanité?
NC: Probablement. Des crimes mineurs, si on les compare aux nôtres.
ES: Tony Blair?
NC: Évidemment.
ES: La plupart des leaders dans les États Arabes?
NC: Ils sont des criminels, mais ne sont pas des criminels de guerre. Ce sont d'horribles criminels, incluant ceux que nous supportons. Comme tous les états, chaque état que nous supportons est dans les faits un état terroriste qui commet des crimes contre leur propre société. Mais, techniquement, ce sont des crimes, non pas des crimes de guerre.
Nous sommes ceux qui supportons les militaires. Nous seulement. Les autres le font de façon marginale. Mais, d'emblée, les États-Unis supportent la convention militaire et conséquemment violent gravement la Convention de Genève. Transgresser la Convention de Genève est un crime de guerre. Par là je ne veux pas dire de refaire le procès de Nuremberg dans le but de pendre les leaders américains. Je suggère quelque chose de beaucoup plus simple. Que les intellectuels occidentaux élèvent leur niveau minimal d'honnêteté pour dire à la population américaine que leurs leaders violent la Convention de Genève, qu'ils ne le font pas dans l'intérêt de la population américaine, qui elle, de toute façon, s'oppose majoritairement à ces violations, mais qui ne sait pas que leur gouvernement le fait(...). Essayons de donner les faits à la population. De cette manière, je suis convaincu que les instincts les plus décents des citoyens arriveront à empêcher ces crimes.
(...) Il y a de la haine à notre égard. Pourquoi? La réponse est facile à trouver. Les États-Unis est un pays très libre. Nous avons une énorme quantité de documents classifiés, alors regardons-les. Selon ces documents, en 1958, le gouvernement US faisait face à trois crises majeures. L'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Indonésie qui sont tous des États producteurs de pétrole; des états musulmans. Dans une discussion, le président Eisenhower observait ceci à son équipe : "Au Moyen-Orient il y a une campagne de haine contre nous, non pas par les gouvernements, mais par les populations." Le Conseil National de sécurité a discuté de cette question et a dit, "oui, et la raison est qu'il y a une perception dans cette région à l'effet que les États-Unis supportent des gouvernements favorisant le statu quo, lesquels empêchent la démocratie et le développement et que nous le faisons pour nos intérêts pétroliers au Moyen-Orient."
Il est difficile d'aller à l'encontre de cette perception parce qu'elle est exacte. Nous devons supporter les gouvernements brutaux et corrompus qui empêchent la démocratie et le développement parce que nous voulons contrôler le pétrole du Moyen-Orient, et il est vrai que ceci mène à une campagne de haine à notre égard (...).
ES: Quel état fonctionne selon ce que vous décrivez comme étant un niveau minimum d'honnêteté? Y a-t-il un état?
NC : Aucun
ES: Aucun?
NC: Les états sont des centres de pouvoir. La seule chose qui leur impose des contraintes est, soit une force extérieure ou soit leur propre population.
ES: Mais est-ce seulement possible?
NC : Ce n'est pas impossible, cela arrive. Les États-Unis, par exemple, sont beaucoup plus civilisés quÌil y a 40 ans. Voyons voir. Le 9 mars dernier était le jour du 40ième anniversaire de l'annonce publique, par l'administration Kennedy, du début des bombardements de l'U.S. air force au Sud Vietnam. C'est là qu'a été initiée la guerre chimique dans le but de détruire les récoltes, c'est là qu'a été initié le napalm, que l'on a déplacé des millions de personnes vers des camps de concentration dans le but de les séparer des gorilles qu'ils appuyaient. Tout cela était connu du public.
Avons-nous commémoré ce 40ième anniversaire? Non. Pourquoi? Parce qu'il y a 40 ans, personne ne s'en préoccupait. Si le gouvernement annonçait, OK, nous allons bombarder un autre pays et utiliser la guerre chimique pour anéantir les récoltes et déporter les gens vers des camps de concentration, bien. Pas de problème. Il n'y avait pas de contestation, pas de discussion.
ES: Et maintenant il y a plus de contestation et de discussion.
NC: Oui, parce que le pays est devenu plus civilisé. Aucun président aujourdÌhui, ni dans les 20 dernières années, ne pourrait même pas concevoir ce que Kennedy a fait en toute impunité il y a 40 ans. Et ce parce qu'il y a eu des protestations populaires de grandes envergures, protestations contestées par la classe des intellectuels, évidemment, qui détestaient ce genre de chose, mais elles ont quand même eu lieu, elles ont mené à toutes sorte de choses incluant le mouvement contemporain des droits humains, le mouvement féministe, le mouvement environnemental etc. Tout cela a su imposer d'importantes contraintes sur la violence directe. À vrai dire, c'est de cette façon que nous nous sommes débarrassés de l'esclavage. C'est de cette façon que nous nous sommes débarrassés du féodalisme.
ES: Alors, nous dirigeons-nous vers l'émancipation de ces états. tes-vous optimiste?
NC: Oui. À travers le temps, il y a eu des progrès lents et agonisants, mais tout de même réels, toujours contestés par les états, ainsi que par les intellectuels qui supportent la violence et les atrocités et qui essaient de les justifier et qui essaient de les cacher à la population, mais heureusement leur contrôle est limité.
ES :Au bout du compte, à quoi ressemblera l'état?
NC: Au bout du compte, je crois que les états devront se dissoudre car ils sont des structures illégitimes, mais il faudra du temps.
ES: Prévoyez-vous la fin de l'état?
NC: Je ne prévois rien du tout. Ce que je dis c'est qu'aussi longtemps que les gens, les gens ordinaires, sont capables de se libérer des contrôles doctrinaux qui leur sont imposés par leurs maîtres et par leurs mentors, aussi longtemps qu'ils le pourront, ils continueront à se battre pour la paix et la justice et la liberté et la restriction de la violence, et les pressions sur le pouvoir, comme ils l'ont fait pendant des siècles. Et je n'en vois pas la fin. Où ce que tout cela mènera, je vous le dirais où j'aimerais que ça soit, mais je n'y rêverais même pas pour le moment.
Actuellement, le problème est de se libérer des chaînes qui nous sont imposées, de façon très consciente, par le genre de personnes dont vous parlez. Ceux qui ne veulent pas à ce que les faits soient connus. Et ce pour de très bonnes raisons. Car si les gens connaissent les faits, ils ne vont pas les tolérer. Alors il faut les empêcher de savoir. Il faut les endoctriner, il faut leur conter des histoires, leur dire comment nous sommes de gentils hommes, et si nous utilisons la violence, cela doit être pour le bien général car nous sommes la ligne directrice de l'histoire.
Ceci est le travail de propagandistes, pour le pouvoir et la violence, et le devoir des populations est de se libérer de ces genres de contrôles et de dominations.
Publié par Tartagnan le 14 mai 2002 à 02:53 PM
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