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D'abord, quelqu'un qui me dit que "si certains voient des contradictions dans quelques énoncés ci-dessus, c'est qu'ils n'ont vraiment RIEN compris" est quelqu'un qui part ben mal... En ce qui me concerne en tout cas.
Et c'est lui qui parle de dogme, d'aplats-ventrismes devant la pensée unique etc. Je croirais entendre Lénine, ou Staline.
Quand on me dit que la discussion n'est pas possible, j'ai le goût de lui faire goûter ma révolution, mais la mienne se veut toutefois non-sanglante et meurtrière...
Bon.
Ce texte, selon moi, contient certaines vérités, mais...
Que peut-on répondre, et comment peut-on répondre, à ce texte dans lequel on prend souvent la cause pour l'effet et l'effet pour la cause? Un texte selon lequel une clique mènerait la parade et nous, les amorphes imbéciles qui ne comprenons rien, sommes assis à les applaudir? Même le Che n'a jamais dit ça, et même les révolutionnaires les plus célèbres de notre époque, Marcos et les Zapatistes, n'ont jamais oser avancer de telles choses.
Ce n'est pas vrai que nous ne comprenons rien. Les gens en général (mis à part les soi-disant experts patentés en intellectuel) comprennent très bien qu'ils se font avoir. Mais les gens sont dans leur coin à penser quÌils sont seuls à le penser. Le problème est qu'ils ne savent pas trop comment ils se font avoir, et ne savent pas par où commencer. Et on vote pour le moins pire, et on bosse dans l'espoir de ne plus travailler pour eux. Ce sont des choix raisonnables, je pense, dans une société aussi désinformée. Pour ce qui est de savoir par où ils se font avoir, peut-on en vouloir aux gens de ne pas vouloir s'impliquer quand ils arrivent crevés le soir à la maison, crevés à se chercher une job ou crevés à travailler? Peut-on leur en vouloir de ne pas vouloir s'impliquer quand une certaine gauche leur dit qu'ils sont des veaux amorphes, ou quand une certaine gauche agit et parle exactement comme leur patron-qui-sait-tout? Peut-on en vouloir aux gens de ne pas vouloir sÌimpliquer quand les scénarios les plus alarmistes, les plus pessimistes, les plus démobilisateurs prennent toute la place? Les médias jouent trop bien ce rôle, il me semble.
"N'allez plus dans les hôpitaux, ils vont vous tuer !"
"Ne sortez plus dehors, c'est rempli de criminels en liberté, et de chauffeurs saouls !"
"Votre voisin est peut-être un voleur, un violeur, c'est peut-être Stéphane Dion!"
Calvert!
Je me dis que nos maîtres doivent se frotter les mains quand de telles hypothèses farfelues, venant de la gauche, contribuent à effrayer ma tante qui était sur le point de s'impliquer. Comme dirait un ami, la gauche est bien maladroite.
Ces soi-disant progressistes ont depuis toujours avancé les mêmes scénarios alarmistes pour le Québec et le Canada, et pourtant les gens ne travaillent plus en moyenne 80 heures semaine juste pour survivre, généralement il m'est possible de dire tout ce que je veux sans que l'on ne m'arrête, je peux lire ce que je veux, je peux être gay, je peux baiser sans même me marier et avec qui je veux, je peux marier une congolaise, ma blonde est autonome, elle n'aura pas d'enfant si elle ne le désire pas, je peux envoyer mes enfants à l'école gratuitement (mes parents n'ont jamais terminé leur 9ième année, ce qui est ben correct, mais le problème c'est que le manque d'argent leur a enlevé le choix de continuer ou de ne pas continuer), je peux aller me faire soigner gratuitement, les femmes peuvent se faire avorter (ah les maudites féministes!), je peux créer mon journal de gauche, je peux vivre en commune à la campagne, la peine de mort n'existe plus (et existe de moins en moins dans le monde) nous avons pu entarter et contribuer à l'entartage d'une douzaine de puissants avant que l'on se fasse arrêter par des policiers morts de rire (l'humour désarme, non?). J'ai eu les flics au cul pendant des mois, ils sont venus souvent chez moi, ils ont essayé de m'intimider un peu, certes, ça peut faire peur c'est vrai, mais jamais je n'ai senti qu'ils me tabasseraient comme on le faisait ici à une certaine époque. Pourtant je suis anarchiste, je faisais de la radio, j'écrivais dans des journaux de gauche, j'ai côtoyé des casseurs, des pacifistes.
Pouvions-nous faire tout cela à l'époque de Duplessis? Dîtes-moi ce quÌon pouvait faire à l'époque de Duplessis et que nous ne pouvons pas faire aujourdÌhui? J'ai une réponse: à l'époque de Duplessis il y avait un taux de natalité irrésistible dû entre autres aux politiques clairement familiales de l'État! Aaaaaah!
Bien sûr que si nous ne réagissons pas, il est possible que l'on perde certains acquis, bien sûr qu'on arrête des manifestants pour des raisons politiques (à l'époque de Duplessis, il y en avait encore plus!), bien sûr que le système est corrompu à l'os, mais on ne m'envoie pas dans un camp de travail parce que je suis chômeur (comme à l'époque de). On ne m'envoie pas crever dans le goulag, comme en ex-Union Soviétique, et ce parce que je suis un anarchiste.
Aux États-Unis, Chomsky, Michael Moore etc. ne sont pas en danger de mort, pourtant leurs idées sont de plus en plus populaires. Il y a 125 ans, on les aurait peut-être assassinés depuis longtemps.
Or oui il y a eu des gains, et la gauche ne doit jamais l'oublier.
Mais dîtes-moi, comment sommes-nous sortis de cette époque? Avec des fusils, des assassinats politiques? Mais pas du tout! Je ne prétends pas que tout est beau et parfait, bien au contraire, mais je dis seulement qu'on peut sauvegarder nos acquis, et avec un peu d'organisation, nous ferons d'autres gains.
Comme dit Chomsky, "Un jour les États (gouvernement, tyrannies privées) devront se dissoudre, leurs structures sont illégitimes". Et dire qu'il passe pour un fou utopiste non-réaliste! Aux États-Unis, il y a 300 ans, on disait que seul un fou pouvait croire à ce qu'un jour il serait interdit de posséder des esclaves noirs quÌon enchaîne le soir dans une écurie.
Notre interlocuteur affirme qu'un jour les masses se révolteront... C'est qui la masse? une bande de veaux (c'est son terme) qui soudainement verront la lumière d'un leader charismatique (lui?) pour se révolter dans l'horreur, comme en 1917? Désolé mais, ici, jamais n'avons-nous été aussi loin de la révolte généralisée et violente. Et ceux qui essaient de le faire jouent le jeu des maîtres, quand ils ne sont pas engagés par eux, puisque la population rejette d'emblée cette option. Et j'en fais partie. La violence est une option, certes, mais est elle stratégiquement nulle dans une société aussi avancée technologiquement. C'est le cas également dans les pays les plus pauvres, en général.
MAIS LA PAROLE, MERDE, ET LE VERBE !
Dans les pays du tiers-monde où les pauvres n'ont rien à manger, les tentatives de révoltes violentes (révoltes que je comprend très bien aussi) sont stoppées en moins de deux. Et oui, les maîtres ont les armes, la technologie de surveillance etc. Tous les gouvernements de cette planète possèdent les armes pour contrer n'importe laquelle des révolutions violentes. Alors qu'est-ce qu'on fait? On utilise notre intelligence, peut-être?
"Si tu ne peux pas avoir, et la raison, et la force, choisis toujours la raison et abandonne à l'ennemi la force. Dans de nombreuses batailles, la force permet d'obtenir la victoire, mais une guerre ne se gagne que grâce à la raison. Le puissant ne pourra jamais tirer de la raison de sa force, tandis que nous pourrons toujours tirer force de notre raison. "
- le sous-commandant Marcos, de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), Chiapas, Mexique.
Le 1er janvier 1994 (jour d'entrée en vigueur de l'ALÉNA), la faction armée du mouvement zapatiste est entrée en guerre avec l'autorisation de ceux et celles qu'elle représente, soit tous ceux et toutes celles qui composent la société maya de l'État du Chiapas, qui est un des peuples les plus opprimés et défavorisés de la planète.
Or après 10 jours de combat contre l'armée mexicaine, cette même société civile a exigé, de Marcos et sa bande, à ce que les combats cessent. Ce qui fût fait. Ils voulaient faire un coup d'éclat (et non un coup d'État) et cela a marché. Ils n'ont pas abandonné les armes, certes, mais ils ont compris qu'ils gagneraient plus à s'attaquer à l'opinion publique mondiale, que de s'attaquer à des F-16. "Une guerre médiatique", comme dirait Marcos . Ça fait huit ans de cela. Et ce mouvement "du Verbe et de la poésie" a su inspirer des millions de personnes à travers le monde, des citoyens et des citoyennes qui s'organisent en dehors des consensus politiques et des partis. Regardez Porto Allegre, c'était immense. Avec l'appui de Marcos, Chomsky, Chartrand, Lauzon, Desjardins et toutes ces milliers d'organisations internationalistes et progressistes, sans chef. ATTAC était là, pour la création d'une taxe sur la spéculation, pour dénoncer les abris fiscaux. Je le mentionne car je suis persuadé qu'on les aura là-dessus. Même dans les plus hautes officines, on commence à en parler. Ils chient dans leurs culottes, voyez-vous. Eux-mêmes sentent qu'ils pourraient perdre beaucoup, si rien n'est fait.
C'est vrai que le monde va mal, mais il me semble que si on ajoute à cela l'impression que tout est pire qu'avant, c'est souvent parce qu'on en sait bien plus qu'avant.
Organisons des collectivités solidaires, autogestionnaires, qui fonctionnent toutes ensembles. Je pense à ces monnaies alternatives, comme le HOUR dans l'État de New York, ou les SELS (Services d'échanges locaux) en France qui servent à de nouvelles collectivités grandissantes et sans profit. Si leurs monnaies officielles ne servent plus à rien, à la limite, comment vont-ils faire pour s'enrichir à nos dépens?
Si les maîtres d'ici ont abandonné l'esclavage, c'est qu'ils sont arrivés à la conclusion qu'ils avaient tout à perde de le garder. Faisons en sorte qu'ils aient tout à perdre de vouloir préserver le capitalisme. Capitalisme qui tue, surtout hors de l'occident.
Créons des espaces démocratiques, des tribunes, comme la nôtre, des organisations décentralisées et inter-reliées, avec des structures ne fonctionnant pas comme celles de la droite, créons les circonstances qui amèneront les citoyens à remarquer qu'il existe autre chose...
Ça fait vingt ans que je milite d'une façon ou d'une autre, et jamais je n'ai vu de gens aussi impliqués. Et quand je rencontre des gens, ce sont ces circonstances que j'essaie de créer.
Je fais le pari que tout est possible, car en faisant le pari que rien n'est possible, je m'assure que rien ne se fera.
Rien se fera et les maîtres seront bien contents.
Une lecture: http://www.ao.qc.ca/traductions/znet/conspiration.html
Publié par Tartagnan le 26 mai 2002 à 03:17 AM
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