Coups bas et coulisses

Ce matin, tout le monde y va de son explication sur la diversion que constitue le licenciement de Paul Martin. Il ne faut surtout pas oublier que toute cette histoire de dissension entre le chef et le vizir (qui voulait devenir calife à la place du calisse) est en fait une manoeuvre visant à reléguer au second plan les histoires de corruption, copinage et favoritisme dont est coupable le gouvernement fédéral...

Commençons par une petite chronologie des événements récents:

Jean Chrétien annonce qu'il briguera peut-être un quatrième mandat, ce qui provoque inévitablement du mécontentement au sein de son Parti, dont plusieurs membres éminents sont en campagne officieuse depuis presque deux ans.

Peu de temps après cette annonce, les fuites commencent. Presque à tous les jours pendant des semaines, des documents officiels provenant de l'interne du PLC sont remis anonymement aux journalistes qui s'en délectent. C'est ce qui a donné toute l'histoire de Groupaction / Groupe Everest / Programme de Commandites. Devant l'ampleur (et la régularité) de ces fuites, il est évident qu'il s'agit d'une campagne de vengeance organisée de l'intérieur et non de coïncidences successives.

La semaine dernière, Chrétien annonce qu'il cherche "les traîtres" au sein du Parti, ceux ou celles qui sont à l'origine de ces fuites aux médias. Il menace de pouvoir remplir les manchettes des journaux pour plusieurs mois si il trouve ces "traîtres". Ceci en dit long sur l'intégrité des membres du Parti Libéral, puisque Jean Chrétien serait capable de remplir les manchettes des journaux de révélations sur n'importe lequel de ses membres. Personnellement, il me semble que les "traîtres" dans cette histoire sont plutôt les membres du Parti qui ont géré malhonnêtement les fonds publics que ceux qui les dénoncent...

Certains journalistes clament que la plupart des fuites sur la gestion du Programme de Commandites provenaient de l'entourage immédiat de Paul Martin. Quelques heures plus tard, une "fuite" implique Paul Martin dans un semblant de conflit d'intérêt, alors qu'il aurait fait rajouter le nom de quelques agences de publicité ayant contribué à sa campagne sur la liste des contracteurs du gouvernement. Simple coïncidence?

Puis, Jean Chrétien annonce qu'il finira son mandat et qu'il changera les règles pour la campagne à la chefferie du Parti Libéral, obligeant dorénavant tous les aspirants à dévoiler leurs donateurs.

Le lendemain, le Ministre des Finances annonce en grande pompe qu'il songe à son avenir politique. La rumeur veut que Paul Martin aie décidé de remettre son avenir politique en cause pour une raison qui n'a rien à voir avec l'intégrité. Si la liste de ses donateurs était rendue publique, la population pourrait constater un conflit d'intérêt flagrant entre les compagnies qui financent Paul Martin et sont privilégiées par des décisions du Ministre des Finances depuis 1993.

Hier, Jean Chrétien prends Paul Martin de court en l'évinçant du caucus avant que ce dernier n'ait eu le temps de remettre sa démission. Fin de cet acte, digne de Machiavel.

Pendant que la plupart des journalistes scrutent le marché afin de savoir si le huard perdra encore des plumes suite à cette nouvelle et que l'on parle de l'instabilité au sein du Parti Libéral et des possibilités que Paul Martin se présente contre Jean Chrétien "de l'extérieur", il ne faudrait surtout pas reléguer à l'arrière-plan les scandales récents. Ce gouvernement est corrompu jusqu'à la moëlle et Paul Martin n'est pas une victime innocente de ce Parti. Les loups se mangent peut-être entre eux ces jours-ci, mais il sont habituellement bras-dessus bras-dessous pour détrousser la population...

Publié par Bob L'Aboyeur le 03 juin 2002 à 09:47 AM Commentaires (1)