Le problème psychologique des propriétaires

Samedi dernier, Pierre Aubry (le plus-que-sympathique président de la Ligue des propriétaires de Montréal) s'est prononcé contre l'idée d'une "loi anti-discrimination" (réclamée par les associations de locataires) qui obligerait les propriétaires à cesser toute forme de discrimination envers les familles monoparentales et les assistés sociaux. Vous l'aurez deviné, cet homme impartial affirme qu'une telle loi ne changerait rien. Il voulait sans doute dire "loi ou pas, on va continuer à discriminer pareil". D'ailleurs, voici un extrait de l'article de La Presse qui est des plus révélateur:

M. Aubry estime que le propriétaire qui voit arriver devant lui une mère célibataire avec deux enfants et, une demi-heure plus tard, un ingénieur avec sa femme aura tendance à préférer louer son logement au couple. "Je reconnais qu'il s'agit d'une certaine forme de discrimination, mais on ne pourra jamais l'empêcher", dit-il.

Ce gentrificateur avoué déplore aussi le fait de limiter les informations que le propriétaire peux exiger de son futur locataire. Que réponds-il à cela? "Le nom, l'adresse et le numéro de téléphone ne sont pas suffisants pour inciter le propriétaire à avoir confiance". Donc, il faudrait leur laisser le droit de prendre nos empreintes digitales, de faire une prise de sang, un test d'urine et un test d'ADN... Est-ce que ça mettrait les propriétaires en confiance?

Selon lui, l'unique solution à la crise du logement est d'inciter les investisseurs à construire de nouveaux logements en leur permettant de hausser le prix des loyers de façon "substantielle". "Ce n'est pas avec une augmentation de 1% qu'on va relancer la construction de logements locatifs", a précisé M. Aubry. Et combien de pourcentage d'augmentation désire-t'il? Comme l'article ne le précisait pas, j'ai décidé de l'appeler.

Monsieur Aubry m'explique que ce que la Ligue des propriétaires de Montréal désire, c'est une augmentation de 5% par année pendant les 5 ou 6 prochaines années. Donc, dans 5 ans, votre logement vous coûterait 25% plus cher si ses souhaits deviennent réalité. Il affirme que le problème de la crise du logement est un problème de confiance. Que les policiers ont 3% d'augmentation salariale par année de la part du gouvernement et que les proprios n'ont qu'un maigre 1% (j'ai presque eu envie de lui dire de manifester armé, comme la SQ l'a fait, afin d'avoir de meilleures conditions, mais je me suis retenu). Il me confie qu'il faut que les proprios aient "l'impression que le gouvernement fait quelque chose pour eux". Il s'agit donc, ni plus ni moins, d'une grève de la part des propriétaires, et cette crise du logement est leur moyen de pression.

Je lui ai demandé tout d'abord si un réinvestissement du gouvernement dans le logement social et les coopératives d'habitation changerait quelque chose au problème. Il me réponds que non, que ce n'est pas rentable (l'argument-choc des capitalistes), que le gouvernement dépenserait des millions de dollars de fonds publics pour construire des appartements que le privé pourrait fabriquer et gérer à moindre coût. Il me dit qu'il faudrait plutôt que le gouvernement offre des bons-logis aux personnes "économiquement faibles". Je lui dit que même avec un bon-logis de la Ville, il nÌy a pas plus d'appartements disponibles pour le 1er juillet. Il confirme que seulement 5 logements locatifs ont été construits en mai sur toute l'île de Montréal. Je lui demande ensuite si un proprio qui doit choisir entre louer son appartement à un jeune couple de professionnels ou une mère célibataire munie dÌun bon-logis de la Ville ne fera pas la même "discrimination". Il m'avoue que oui, probablement.

Je lui demande alors si le nombre de faillites de la part de ses membres a augmenté ou diminué depuis les 5 derniÀres années. Il m'informe que les faillites sont beaucoup moins nombreuses, que la santé économique des membres de sa Ligue s'est améliorée depuis les 5 dernières années (normal, vu le taux d'inoccupation microscopique), mais qu'ils ont un "rattrapage" à faire. Un rattrapage? Il justifie cette soif de profit en spécifiant qu'il ne s'agit pas d'une question de "stricte logique", mais bien d'un "problème psychologique de confiance de la part des propriétaires".

Je rétorque que dans toutes les "solutions" proposées par la Ligue dont il est président, aucune ne règle le problème des personnes "économiquement faibles" qui doivent tout de même habiter quelque part. Au contraire, en augmentant le coût des logements, les personnes à faible revenu n'auront que deux fois plus de difficultés à trouver où loger. Il me réponds que le logement pour tous, c'est la responsabilité du gouvernement, pas la leur. D'un optimisme incroyable, il lance "il n'y a pas de solution pour les gens économiquement faibles". Je lui demande où vont loger ces personnes. Il me propose une mesure géniale que je m'empresse de partager avec vous : les loger dans des écoles reconverties. Des centres pour pauvres! Pourquoi ne pas y avoir pensé avant!

Selon moi, la solution la plus simple pour régler la crise du logement est que nous nous cotisions afin de payer une thérapie de groupe au président de la Ligue des propriétaires de Montréal et à ses membres, puisque, comme me l'a répété une bonne vingtaine de fois Monsieur Aubry, la crise est due à "un problème psychologique de confiance de la part des propriétaires". Arrêtons de chercher la source du problème ailleurs.

Envoyez vos dons au FRCPMT, la Fondation pour le Rétablissement de la Confiance des Propriétaires de Montréal par la Thérapie....

Publié par Bob L'Aboyeur le 17 juin 2002 à 10:38 AM Commentaires (7)