Privatisons l'ADQ

Depuis 2 semaines environ, la plupart des médias corporatifs accordent soudainement une couverture digne d'une campagne de pub de Groupaction à Mario Dumont (j'allais dire à l'Action Démocratique du Québec, mais qui connaît l'ADQ, puisque seul son chef est mis de l'avant dans un culte de la personnalité sans gène?). Et les éditorialistes se demandent d'où provient ce subit engouement pour cette formation politique. Pourtant, peu de journalistes parlent du programme de l'ADQ. Il est alors plus instructif d'aller consulter leur programme pour se faire une idée que de se fier à ce que rapportent les médias. Ce Parti n'a en fait que deux ambitions: prendre le pouvoir et privatiser le Québec en entier.

On commence par faciliter l'exploitation des compagnies en enlevant les règles qui les régissent afin de les rendre "compétitives":

"Donner un nouveau rôle économique à l'État, de façon à pouvoir anticiper, prévoir et accompagner les entreprises en étant un modèle d'innovation et de flexibilité. Il s'agit d'établir un climat de partenariat avec les entreprises en simplifiant la réglementation et par la fin des subventions directes".

Déréglementer l'entreprise privée n'est pas une façon nouvelle de procéder, c'est ce que font tous les partis au Québec à plus ou moins grande échelle depuis quelques années. On continue en se débarasant des syndicats:

"Assurer des conditions de travail adaptées aux réalités d'aujourdÌhui, pour que l'État québécois soit plus efficace et plus souple par l'abolition de l'emploi garanti à vie dans la fonction publique et un assouplissement des conventions collectives."

Le retour du cheap-labor et le deni des acquis syndicaux, une solution-miracle pour stimuler l'économie... Maintenant que la sécurité d'emploi n'est plus garantie et que les syndicats ont des bâtons dans les roues, on laisse entrer le privé:

"Permettre de faire appel à la sous-traitance dans le secteur public lorsqu'un travail pourrait être réalisé à meilleur coût et ce, dans le respect des mêmes standards de qualité."

Privatiser le gouvernement, une belle façon d'aider la classe moyenne, surtout lorsqu'on lit après:

"Appliquer la tarification de certains services non essentiels pour qu'il y ait une plus grande équité entre ceux qui utilisent ces services et ceux qui paient pour ces services mais ne les utilisent pas."

Privatiser des services, ça veut évidemment dire que nous devrons payer pour ces services... Vaut mieux que nos jeunes apprennent des métiers utiles alors, on fait le ménage dans les cours:

"Renforcer la crédibilité du diplôme d'études collégiales en effectuant un sérieux ménage dans la banque de cours offerts et ainsi, assurer un cheminement académique comparable."

Donc, tous les cours collégiaux de philosophie, d'histoire de l'art et de littérature (qui ne débouchent pas sur des emplois concrets) devront être remplacés par des cours d'économie, de communication et de gestion d'entreprise. De toute façon, faudra avoir les moyens d'éduquer notre progéniture, puisque l'ADQ s'engage à:

"Garantir la liberté de choix des parents par le maintien du financement des institutions scolaires privées, puisquÌil s'agit d'un droit fondamental et d'un moyen de stimuler la réussite académique ainsi que la qualité de l'enseignement."

Financer les écoles privées? Pourquoi ne pas investir cet argent pour améliorer les conditions d'apprentissage dans les écoles publiques au lieu de créer un double système d'éducation? Je croyais que l'ADQ voulait aider la classe moyenne?

"Simplifier le régime par l'introduction dÌun taux d'imposition uniforme, évitant les échappatoires et les nombreux réglements pour les contrer. Par ailleurs, la mise en place de cette mesure assurera un système fiscal plus équitable, plus compétitif, plus simple, plus transparent et, par le fait même, moins coûteux.

Tout le monde paye 17% de son salaire en impôts, riche ou pauvre. Quelle solution juste et équitable!!! En quoi est-ce que ça aide la classe moyenne? Surtout si nous tombons malade...

"Encourager la concurrence afin d'accroître l'accessibilité aux soins de santé par le maintien du financement public au niveau actuel, l'instauration de mécanismes de concurrence dans la livraison de services et le positionnement d'hôpitaux communautaires au centre des services de premières lignes privés et publics."

Selon l'ADQ, ouvrir des cliniques privées pour ceux qui ont les moyens de ne pas attendre 8 heures à l'urgence désengorgera ces mêmes urgences. Quelle solution fantastique! Et pour ceux qui douteraient encore que l'ADQ ouvrira la porte à la privatisation des soins de santé, le programme rajoute:

"Permettre la participation du secteur privé dans notre système de santé, notamment pour les services non médicaux, afin de diminuer les coûts et de maximiser les ressources pour les services directs aux citoyens. Une consultation populaire serait nécessaire pour que certains soins médicaux puissent être payés par le patient qui le désire."

Et cette privatisation selon l'ADQ ne devrait pas uniquement s'appliquer à l'éducation et à la santé, mais bien au gouvernement tout entier...

"Instituer un processus de libre concurrence entre les secteurs public et privé pour l'obtention de l'ensemble des services assumés par les municipalités, dans le but unique de générer des économies pour les citoyens."

Dans l'univers de l'ADQ, tout doit être privatisé, même l'Aide Juridique:

"Garantir à un plus grand nombre un accès équitable au système judiciaire en réformant le système d'aide juridique et en appuyant le recours aux systèmes privés d'assurance juridique."

Et les prisons:

"Accroître l'efficacité de la détention en favorisant l'utilisation de moyens techniques modernes, le recours aux travaux communautaires obligatoires et en impliquant le secteur privé dans la gestion."

Donc, les prisonniers sont obligés de travailler et les biens ainsi produits sont revendus sur le marché par la compagnie qui assûme la gestion de la prison. Encore une façon de s'assurer une bonne part de cheap-labor.

Les intentions de l'ADQ sont limpides: privatiser la province au grand complet. Je sais que le choix entre Landry et Charest est désespérant, mais avant de clamer que Dumont est la 3ième voie politique, faudrait peut-être constater qu'il n'existe même pas de seconde voie... À mon avis, on devrait plutôt lancer une énorme campagne d'annulation de vote aux prochaines élections afin de réclamer que le système électoral au grand complet soit revu et corrigé afin de laisser une plus grande place à une réelle diversité politique... Sinon, c'est toujours bonnet blanc et blanc bonnet...

Publié par Bob L'Aboyeur le 02 juin 2002 à 01:18 PM Commentaires (11)