Spécial Holocauste Québec

Nous avons reçu ce texte de la part de madame Françoise Boudreault, pour qui la crise du logement est davantage qu'un fait d'actualité. Il me fait plaisir de le partager avec vous, en vous rappellant de ne pas hésiter pour nous envoyer vos textes sur La Tribu...

Bonjour Monsieur L'Aboyeur,

Je suis la mère de deux adolescents qui, du 27 juin au 27 août dernier, ont été réduits à l'itinérance, car le gestionnaire "backé" par la Caisse d'économie des Travailleurs du Québec avait décidé de faire changer la serrure de l'appartement pendant leur absence. Il ne s'agit pas d'un cas de non paiement de logement (une série de chèques post-datés avec fonds avaient été remis en main propre) mais bien d'une prise de possession d'un édifice à logements sociaux.

Le Régisseur a tranché et a rendu son verdict. Comme je l'avais pressenti lors de l'audience sans trop d'effort de perspicacité, alors que le gestionnaire et le Régisseur semblaient discuter comme s'ils avaient gardé les cochons ensemble (car des sujets de lombagos et d'ongles incarnés, bref intimes, étaient à l'ordre du jour, pendant les pauses) de même que le comportement du Régisseur à mon égard pendant l'audience, comme si j'étais pire qu'une Hells Angels !

Enfin bref. Cette année, pour varier quelque peu notre expérience dans l'itinérance, il semble bien qu'on nous réserve une "expérience collective" de dernière heure, dans le fourgon des sans-abris, un peu comme lorsque les nazis ont envoyé les juifs aux douches. C'est intéressant, vous ne trouvez pas?!? Quand on fait des recherches sur la dignité humaine, il est difficile de trouver un terrain plus propice...

Je crois que je suis paralysée depuis que j'ai eu le verdict ! Pas très pratique lorsqu'il faut agir... Si vous saviez comment je souhaite retrouver la source d'énergie qu'il faudra pour faire la différence. Mais, j'ai l'impression que tout mon petit change d'énergie va à mes deux trésors qui vont me quitter dans quelques jours et qui ne savent pas quand ils me reverront car je n'aurai plus de toit pour les recevoir ! Ce n'est pas de l'apitoiement, je crois que c'est une rage viscérale qui m'habite, rage causée par l'injustice, l'impuissance et l'indifférence.

Car vous savez, cette date fatidique du 1er juillet est celle des futurs sans-abris de notre société. Eh bien ! À Québec seulement, il y aura plus de 400 familles sans logement. Des enfants que l'on va parker dans des gymnases pendant que la majorité de leurs petits amis seront en vacances, en voyages, etc. Pendant ce temps, eux, ils feront du camping dans la rue, pendant que des milliards de dollars dorment dans des fondations. Vous savez comme moi que le cas de Québec n'est rien à côté de cette absurde confusion, même pas digne d'un troupeau d'élevage porcin, qui semble se présenter dans la région de Montréal.

Je crois que c'est cela qui me fait le plus mal au coeur, cette insensibilité générale face à la souffrance et à l'humiliation des autres êtres humains. C'est cette attitude indifférente de "ça n'arrive qu'aux autres" qui assèche les coeurs de toute forme de compassion qui me blesse jusqu'au fond de mes entrailles. Je crois que malheureusement notre société a oublié ce qu'est la "dignité humaine".

Ça me fait du bien de vous écrire, je crois que je suis en train de "dé- paralyser". Je devrai me fouetter d'ici l'expulsion définitive. Je sais déjà que même avec plusieurs papiers en mains, je ne pourrai prouver ce détournement de fonds parce que le gestionnaire, lui, a deux choses que je n'ai pas, le temps et l'argent. Avec le temps, on arrange tout. Le gestionnaire a compris ça! Alors sa prise de possession des édifices construits avec des fonds publics, il l'effectue par étapes. Je vous épargnerai la suite de "avec l'argent, on arrange tout"...

Depuis plus d'un an, 5 appartements sur 9 sont vacants. Il ne restera que 2 locataires à sortir, après notre départ. Et ils pourront enfin opérer dans leur restructuration d'un "édifice construit avec des fonds publics en beaux condos pour moyens-riches"! J'aurai au moins appris dans ce périple à la Hitchcock comment il se fait qu'il n'y a plus de logements sociaux. Parce que leurs magouilles travaillées sur plusieurs années disparaissent dans le décor de cette corruption légale qui règne dans nos sociétés dites démocratiques.

C'est pourquoi je crois que de continuer de me battre contre Desjardins serait pour moi l'équivalent de me battre contre un moulin à vent ! Je continuerai, certes, mais toujours dans l'optique qui me tient en vie, c'est à dire, la cause de la dignité humaine. Pour l'amour de mes enfants et de ceux qui vont suivre.

Franchement, à côté de ce qui se passe avec les Shawinigate, Gaglianogate et Cie, c'est de la petite bière cette fraude dont nous sommes victimes ! Ce qui est tout à fait inacceptable c'est le sort que l'on réserve à des êtres humains. Je traduis : "que les gros se mangent entre eux, cela m'étonnerait qu'on y puisse quelque chose un jour, mais, qu'on vienne détruire les plus démunis de la société - ce qui en reste - c'est surtout cela qui me révolte et encore, le mot révolte est loin d'être assez fort !"

Merci infiniment de m'avoir lu...

Bien à vous,

Françoise Boudreault cette "ex-future itinérante" dans Spécial Holocauste Québec.

Publié par La Tribu du Verbe le 29 juin 2002 à 09:04 PM Commentaires (6)