De nouveaux moyens de pression

Nous vivons en état de grève / lock-out quasi-permanent au Québec. Il y a un corps professionnel, un syndicat en grève, pratiquement à l'année longue. Les infirmières, les ambulanciers, les enseignants, les éducateurs en garderie, la plupart des travailleurs doivent recourir à la grève à un moment ou un autre pour améliorer leurs conditions, ou tout simplement pour ne pas perdre leurs acquis dans la foulée de toutes les privatisations et rationalisations symptomatiques de notre époque. Il faut constater que les travailleurs dÌici sont prêts à descendre dans la rue pour faire valoir leurs droits (ce qui est une excellente nouvelle), mais aussi que les droits de ces derniers sont de plus en plus bafoués, puisque la grève est le dernier recours des syndiqués, l'ultime moyen de pression quand toutes les autres méthodes de négociation ont échouées. Quoi qu'en disent les patrons, les gens ne font pas la grève par simple caprice. On ne risque pas sa paye pour si peu. Les employés de Sécur présentement en conflit de travail sont sans convention collective depuis 5 ans. Peut-on alors alléguer que ce sont les employés qui font preuve de mauvaise foi? Je ne crois pas.

Lors de toute grève ou lock-out, une partie non négligeable du conflit se joue sur le terrain des médias, les deux partis en conflit courtisant l'opinion publique afin de s'attirer la sympathie populaire. La tactique du patronat consiste, règle générale, à tout mettre en oeuvre pour désolidariser la population des grévistes. Lorsqu'on parle du conflit opposant les employés de Vidéotron à la haute direction de Québécor, les lock-outés ont la difficulté supplémentaire de se battre contre le propriétaire direct de la majorité des médias d'information francophones qui, surprise, ne présentent toujours que les mots du patronat, traitant les syndiqués de voyous, de vandales, de criminels, etc...

Pour avoir un quelconque poids dans la balance des négociations, il est normal (et légitime) que les grévistes recourrent parfois à des gestes de sabotage afin que leur revendications soient entendues et les raisons du conflit expliquées. Le hic de la plupart des actes plus radicaux employés par les syndiqués est la répercussion négative vis-à-vis l'opinion publique qui fait titrer aux médias que tel ou tel syndicat "prends la population en otage". Il faudrait que la logique de confrontation des syndicats soit modifiée afin d'inclure la population dans leur lutte. Malheureusement, le premier réflexe d'un abonné du câble télé ou internet qui se voit privé du service pour lequel il débourse du fric est de blâmer le syndicat, puisque son confort personnel s'en ressent. Je propose donc un nouveau moyen de pression : offrir le service ou le produit en litige GRATUITEMENT. La gratuité est la chose que les patrons redoutent le plus (évidemment, sinon, ils ne seraient plus patrons de rien).

J'imagine les camions des employés de Vidéotron arrivant dans des quartiers pour offrir à tous de brancher gratuitement le câble. Ce geste n'aliènerait pas la population (bien au contraire) et PKP réagirait sans doute plus rapidement qu'il ne le fait présentement afin de stopper l'hémorragie de la perte de revenus. De plus, le patronat devrait faire preuve d'imagination afin de trouver des charges criminelles pour poursuivre le syndicat, comparativement au "vandalisme" traditionnel. Faudrait soumettre l'idée aux lock-outés de Vidéotron...

Publié par Bob L'Aboyeur le 13 juillet 2002 à 10:55 PM Commentaires (9)