Magouille inc.

La plupart des compagnies dont les noms nous sont familiers sont souvent en fait des filiales de corporations plus ou moins obscures, qui ne sont elles-mêmes que des entités au sein de méga-conglomérats les chapeautant. En regardant l'organigramme de ces corporations, on est souvent surpris de l'ampleur de leurs tentacules. Ici au Québec, on n'a qu'à penser à Québécor. Vous regardez TVA ou LCN, achetez des disques chez Archambault, des livres des éditions Alain Stanké, êtes abonné au câble, louez vos films au Superclub Vidéotron, lisez le Journal de Montréal, le ICI, le Mirror, le Lundi, le TV Hebdo, le Écho Vedette, le 7 Jours, le Clin d'Oeil, le Dernière Heure (et j'en passe) : vous engraissez les poches de Pierre-Karl Péladeau. C'est le miracle de la convergence.

C'est pareil pour l'absurde "guerre des marques" entre produits. Par exemple, presque tous les shampoings, savons, désodorisants, couches et lessives qui sont annoncés à la télé et dans les magazines en faisant joyeusement semblant de se compétitionner sont en fait tous fabriqués par une seule et même compagnie, Procter & Gamble. On se retrouve ainsi avec une impression d'avoir le choix, alors que le profit revient immanquablement à la même compagnie, peu importe le produit acheté. Cette façon compartimentée de faire des affaires permets également de fermer une filiale (comme on discontinue une marque en perte de rentabilité) en cas de problème sans que cela n'affecte outre mesure la réputation et les activités de la maison-mère. Un site qui démontre bien la contingence entre toutes ces corporations est www.theyrule.net, sur lequel on peut voir l'arborescence (l'empire) des principales multinationales planétaires. En vérité, bien peu de corporations possèdent l'ensemble des ressources marchandes à l'échelle du globe.

Lorsque la firme Groupaction a commencé à faire parler d'elle, la maison-mère J. Walter Thompson a retiré son logo au-dessus de la porte d'entrée du siège social de cette firme, logo qui y était pourtant depuis belle lurette. Et depuis que la GRC enquête sur cette compagnie, JW Thompson a annoncé qu'elle ne renouvellera pas sa participation dans la firme controversée. Groupaction fermera sûrement ses portes dans l'année, mais JW Thompson aura toute la latitude d'ouvrir un autre firme de publicité à Montréal sous un autre nom et de recommencer le même manège afin de continuer à accaparer les fonds publics. À Washington, une firme de publicité (Ogilvy & Mather) oeuvrant auprès du gouvernement et ayant été trouvée coupable d'avoir gonflé la facture pour des campagnes de publicité anti-drogue (jugées inefficaces en plus d'onéreuses) est au coeur d'un scandale, puisque le gouvernement vient de lui octroyer un autre contrat de 152 millions de dollars malgré toutes les malversations dont la firme a été trouvée coupable. Ça nous semble familier comme magouille, après des mois de scandale Groupaction, mais il existe un rapport entre Ogilvy & Mather et Groupaction qui dépasse largement le modus operandi de l'escroquerie. Les deux firmes sont en fait des filiales du numéro un mondial des relations publiques et du marketing, la WPP. Mais qui connaît la WPP, puisque les journalistes et les autorités ne remontent jamais jusqu'à la source?

Publié par Bob L'Aboyeur le 05 juillet 2002 à 06:06 PM Commentaires (1)