La honte

"Il passe dans mon coeur un bateau

Jamais il n'ira sur l'eau

Il reste enfermé dans la vague de la honte

comme un escalier qui monte"

Jean-Pierre Lizotte

J'ai honte. J'ai honte de savoir mes frères, mes soeurs, obligés de quémander un repas dans les soupes populaires pendant que l'argent de nos taxes finance les dîners d'ambassadeurs dans toutes les résidences secondaires d'Adrienne Clarkson. J'ai honte de savoir mes frères, mes soeurs, dormir à l'accueil Bonneau pendant qu'on déroule le tapis rouge pour héberger (à nos frais) ce vieux débris de Pape. J'ai honte de faire partie díune société où les assassins demeurent impunis si ils ont un matricule. Depuis que j'ai entendu le verdict d'acquittement de Giovanni Stante, la honte m'a envahi. J'ai honte de faire partie de cette société soi-disant "démocratique" qui tolère le meurtre des "laissés pour compte", comme s'il s'agissait díune façon de diriger la "guerre contre la drogue et la pauvreté".

La mort de Jean-Pierre Lizotte aura été aussi injuste que sa vie. Personne ne fait le choix de devenir toxicomane, alcoolique ou itinérant. Il vendait un journal écrit et produit par des itinérants, dans lequel il écrivait aussi. Il participait à l'émission Souverains Anonymes. Malgré tous ses conflits intérieurs, la souffrance qui ne s'étanche qu'avec une dose d'évasion, il cherchait une façon de trouver un fil conducteur à son existence. Il était sûrement pété à mort lorsqu'il s'est branlé devant les clients du Shed Café. Je "comprends" que les gens ne veulent pas voir un démuni se crosser devant eux lorsqu'ils dépensent leur fric à la terrasse du Pizzédélic de la rue St-Laurent et du Shed Café, deux endroits BCBG où la misère n'est pas bienvenue (quoique, je me demande des deux genres d'exhibitionnistes présents ce soir-là, lequel est le plus obscène). Il ne s'agit pas de faire l'apologie de la masturbation en public, mais croyez-vous sincèrement que cet homme, qui avait surtout besoin d'aide, méritait la peine de mort pour autant? Les policiers ont agi en juges et bourreaux, ni plus ni moins. Aidés du portier, ils pouvaient (et l'ont) maîtrisé. Pourquoi s'acharner sur lui, si ce n'est la haïne, la violence manifeste qui devrait automatiquement disqualifier un flic de ses fonctions?

Le jury a conclu à l'unanimité que l'agent Giovanni Stante n'était coupable d'aucun des chefs d'accusations (même pas un simple voie de faits), basant sa décision sur "les témoignages contradictoires" des témoins. Pourtant, les seuls témoignages "contradictoires" sont ceux de l'agent Stante et de son partenaire Sylvain Fouquet, ainsi que celui de Steve Deschatelets, le portier du Shed Café. En résumé, les trois fautifs, les seuls qui avaient avantage à mentir. L'agent Stante a soutenu, lors de son témoignage, qu'il avait asséné les deux coups aux visages à Jean-Pierre Lizotte alors que le sans-abri n'était pas maîtrisé. Pourtant, la plupart des témoignages contredisent la version des deux policiers et du portier, affirmant que Jean-Pierre Lizotte a été frappé par le policier une fois maîtrisé. Quel intérêt auraient les clients présents lors du meurtre à mentir? Si Giovanni Stante n'avait rien sur la conscience, pourquoi a-t'il négligé de mentionner ses coups de poings dans son rapport, tout comme il avait oublié de mettre Jean-Pierre Lizotte en état d'arrestation formelle et de lui lire ses droits, sauf une fois quíil fût menotté, sonné et en route pour l'hôpital?

Regardons les faits. Suite à une arrestation brutale, on emmène un homme à l'hôpital, souffrant de paralysie. 41 jours plus tard, il décède de ses blessures. Les experts médicaux expliquent son décès par "une luxation des vertèbres résultant de l'application d'une force importante à l'arrière de sa tête". Plusieurs clients présents racontent comment le portier du Shed Café maintenait Lizotte avec ses mains derrière la nuque pendant que l'agent Stante le frappait. La plupart ont affirmé qu'ils ont été choqués par le comportement violent des policiers se "défoulant" sur un homme déjà maîtrisé qui ne représentait pas une menace. Quelle preuve supplémentaire faut-il au jury?! Soyons honnêtes, ce verdict est la manifestation des préjugés de classe sociale. De toutes les aversions alimentées par les Jean-Luc Mongrain de ce monde, à coups de masse (média), contre les maudits BS, les itinérants, les quêteux, les drogués, les poqués, les fuckés. Cet homme n'étant pas considéré comme un "élément à part entière" de la société, on dirait qu'il ne possède pas les mêmes droits. Son meurtre restera donc impuni. Le jury a tranché en faveur des "bonnes polices" qui nettoyent les rues des "déchets de la société". Si les policiers avaient tué n'importe qui d'autre qu'un sans-abri, le juré les auraient-il acquittés? Je ne crois pas. Quoique, faudrait en parler à Richard Barnabé...

Après l'acquittement des policiers qui avaient tabassé Rodney King à Los Angeles, des émeutes historiques ont eues lieu. Ici, la nouvelle retombera dans la vaste indifférence, et c'est bien la raison pour laquelle j'ai honte.

Pour TOUT savoir sur ce dossier, je vous conseille de consulter l'excellent site du COBP (Collectif Opposé à la Brutalité Policière) qui y consacre une partie de son site...

Publié par Bob L'Aboyeur le 01 août 2002 à 09:38 PM Commentaires (3)