Le village des valeurs du journalisme

Dernièrement, comme par hasard, je suis tombé sur un bout de torchon qui trainait sur un trottoir sherbrookois, et comme je n'apprécie guère les torchons qui trainent sur les trottoirs sherbrookois, je me suis penché pour le ramasser.

Mais avant d'aller plus loin - car je vais me pencher sérieusement sur ce torchon, question de le ramasser - je vous invite à le lire.

Le voici:

QUE VAUT LA VIE HUMAINE?

par Éric Yvan Lemay

Journal de Montréal, 17 juillet 2002, p.7

On dit souvent que la vie n'a pas de prix. Et bien, ce n'est pas vrai. Chaque vie humaine a un prix, qui peut varier de $39 000 à plusieurs millions.

Ainsi, une personne âgée a une valeur économique moindre qu'un jeune chef d'entreprise avec des enfants. Des études américaines ont permis d'établir qu'une personne âgée inactive ne valait que $39 328 contre une valeur pouvant aller jusqu'à 15,6 millions pour certains qui sont dans la force de l'âge.

Santé Canada à quant à lui établi que la valeur statistique moyenne de chaque canadien est de 5 millions alors qu'à Transport Canada, chaque vie vaut 2,5 milllions. On se sert de ces chiffres pour déterminer la rentabilité économique de certains travaux.

La vie humaine a donc une valeur économique indéniable. " Si la vie humaine n'avait pas de prix, pourquoi investirait-on dans la réfection des routes ou dans le système de santé? " demande le professeur (d'économie) Fernand Martin de l'Université de Montréal.

Encore plus surprenant, la valeur économique moyenne des américains est plus grande que celle d'un canadien. Selon l'organisme Ressources for the future, chaque vie vaut 6,5 millions US aux États-Unis.

" Malgré tout, dans certains pays pauvres, la valeur économique d'une vie est bien plus basse qu'ici. On a qu'à voir ce qu'ils investissent sur les routes par exemple ", souligne le professeur.

Pour établir la valeur d'une vie humaine, il faut considérer une foule de facteurs: âge, statut social, santé et comportements à risque. Les personnes qui fument, ont des tendances suicidaires ou sont obèses réduisent ainsi leur valeur économique.

Malheureusement, la vie de la plupart d'entre nous n'a plus aucune valeur économique une fois que l'on est mort. Les seules personnes dont la valeur économique subsiste sont celles qui ont laissé un héritage économique ou social.

On peut donc estimer que des personnes comme Mozart ou Einstein ont une valeur économique de plusieurs centaines de millions. Dans certains cas, la valeur économique est même plus grande après leur mort qu'elle ne l'a été durant toute leur vie.

(EN)FIN

"Les capitalistes contrôlent inévitablement, directement ou indirectement, les sources principales d'information. Il est ainsi extrêmement difficile, et en effet dans la plupart des cas tout à fait impossible, à ce que le citoyen arrive à des conclusions objectives et ce dans le but de faire une utilisation intelligente de ses droits politiques."

-Einstein

QUE VAUT LA VALEUR DES VAURIENS

On dit jamais que les soi-disant experts en économie n'ont pas de valeurs. Et bien, ce n'est pas vrai. Car ceux qui se drapent dans la science économique sont des escrocs, des marchands d'eau de réglisse.

Si le fonctionnement de l'économie semble incompréhensible au commun des mortels, c'est parce qu'il n'y a, en fait, rien à comprendre. Une science qui se permet de raconter n'importe quoi et son contraire n'est pas digne de ce nom.

Au demeurant, l'économie n'est pas une science, c'est un anesthésique.

La tâche des économistes consiste simplement à lancer des poignées de chiffres en l'air, comme on jette des grains aux poulets.

Alors, une question se pose : sont-ils des salauds ou des andouilles? C'est souvent bien difficile à dire, mais une chose est sûre : ils sont à la solde des princes: ce sont les ventriloques du pouvoir.

Dans une science qui prétend être celle de l'utile et du quantifiable, la moindre des choses serait pourtant de rendre des comptes. Les médecins n'ont pas le droit de se tromper; les conducteurs de train non plus. Alors, pourquoi les économistes auraient-ils le droit de se tromper et de nous tromper et de mentir en invoquant de prétendues lois de marchés, destinées à nous imposer le diktat du profit effréné, pratiquer l'opacité financière en invoquant la "confiance", sucrer les maffias en saignant les peuples?

Alors demain, la bourse va-t-elle descendre ou monter?

L'éternité du marché, qui justifie la domination de quelques dizaines de milliardaires dont la fortune équivaut au PIB cumulé des cinquante pays les plus pauvres, s'apparente furieusement, en effet, au principe du droit divin. Les théoriciens de l'économie moderne forment une secte dont l'obscurantisme et le fanatisme donnent froid dans le dos. L'ancestrale crainte des dieux a fait place aux lois du marché.

Mais l'économie libérale a un alibi : la création de richesse. Pauvre richesse! Savez-vous que les déchets, la transformation des forêts en latérite, les bidonvilles qui ceinturent les villes à la place des campagnes, la dépense d'essence dans les embouteillages, la mutation de l'eau en poison sont des richesses? Savez-vous que plus l'eau devient rare et dégueulasse, donc chère, plus les hommes "s'enrichissent " dans votre système? Que plus le monde est empoisonné, plus il est riche, par simple effet de rareté?

Ainsi, M. le professeur Martin, et son porte-parole des médias, comment pouvez-vous nous affirmer sans rire que les investissements dans les soins de santé augmentent la moyenne de notre valeur économique, pour ensuite nous dire que de fumer la diminue?! Méchant modèle de cohérence scientifique!

Les sacro-saintes lois du marché ont beaucoup gagné là où la religion a beaucoup perdu.

Comme dirait l'autre, un économiste est un expert qui saura demain pourquoi

ce qu'il avait prédit hier ne s'est pas produit aujourd'hui.

Dans votre modèle économique, le déchet est un produit.

Votre science qui n'en est pas une est le produit de vos produits.

Quel est la valeur d'un ciel bleu?

Un ciel brun vaut beaucoup plus cher, je sais.

Voyez-vous, vous êtes plein de substances.

Votre ciel est gagné.

PS. Les réflexions de ce texte proviennent en grande partie de Bernard Maris, économiste et analyste pour l'hebdomadaire satiriste français, Charlie Hebdo.

Publié par Tartagnan le 23 août 2002 à 06:48 PM TrackBack Commentaires (1)