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La fête du travail est derrière nous, mes ami-e-s, n'en parlons plus, chaque jour qui passe est de toute façon consacré à la fête des investisseurs, des millionnaires et des hommes d'affaires. Surtout dans les grands médias, évidemment. Dans une société qui serait moins dominée par la machine à rumeurs, ainsi que par l'espérance d'une vie meilleure placée en bourse et surtout dans la confiance qu'autrui aura en celle-ci - marchés qui montent, marchés qui descendent - les hommes d'affaires seraient alors sûrement en droit de demander une journée consacrée à la "Fête du Business". Comme une fête qui célébrerait une classe d'exclus, si je peux m'exprimer ainsi.
Comme vous l'avez certainement remarqué, chaque bulletin de nouvelles consacre une section aux marchés qui montent, ou qui descendent, avec une petite musique d'arrière-fond, toujours la même, et la plupart du temps sans aucune explication. Je gagerais ma dernière chemise que la plupart d'entre nous n'avons aucune idée sur comment ces marchés fonctionnent, pourquoi le dollar monte ou descend. Et dans le fond, généralement, on s'en fou. Alors que ceux qui investissent dans les marchés boursiers n'attendent pas que Stéphan Bureau leur annonce les prophéties boursières du jour pour obtenir des informations sur leurs investissements.
Alors, à quoi sert ces informations?
Elles nous disent qu'il faut avoir confiance à ceux qui ont confiance (la logique même de ces marchés), et que si Stephan l'annonce chaque jour, c'est que tout cela doit être d'une importance capitale pour notre vie et celles des autres.
On coupe des emplois chez GM, la bourse monte, Yé!
Pourtant, nous savons très bien que c'est par la force du travail - quand il y en a - qu'une économie se détermine et se définit. Non pas par de la simple et débile spéculation, qui de toute manière, surtout quand elle n'est pas réglementée, nuit à l'économie dite réelle.
Qu'en est-il de ce monde du travail, empreint d'angoisse et d'incertitudes, et auquel nous consacrons, quand c'est possible, une bonne partie de notre vie?
Pourquoi les grands médias ne dépassent-ils jamais le seuil de la porte du bureau, ou celui de l'usine, ou de l'entente contractuelle, pour aller voir comment ça se passe réellement de l'autre côté, là où la démocratie soudainement n'existe étrangement plus, là où les décisions arbitraires des patrons peuvent nous mener directement à la catastrophe et à la rue?
Dans un monde inversé, dans lequel les médias ne seraient pas dominées par les profits de ces mêmes boursicoteurs, on aurait peut-être droit à une information bien différente.
Pourquoi les médias ne consacreraient-ils pas une section dédiée au monde du travail, comme celle consacrée à la bourse, par exemple?
Il n'existe pas d'excuses pour ne pas le faire puisque le monde du travail offre ses propres statistiques.
De plus en plus de gens ont des emplois à temps partiel, ou à contrat, et souvent mal rénumérés. Or il existe des tonnes de statistiques là-dessus et qui évoluent.
Qu'en est-il des plaintes de harcèlements et de chantages patronnaux, des travailleurs sans assurance, sans protection, et plus encore?
Ensuite, combien de gens tombent malades à cause du stress lié au travail, ou bien à cause de l'angoisse engendrée par l'incertitude du lendemain et d'un revenu décent?
Combien de salariés meurent directement à cause de leur travail, combien y'a t-il de blessés?
Et les soins de santé reliés à ces nombreuses blessures et maladies, qui les paient?
Petite anecdote, la semaine dernière, lors de la fermeture de l'usine GM, un employé racontait que 2 employés de l'usine se blessaient chaque semaine, et ce
à cause que les employés pressés par l'inquiétude voulaient démontrer à GM qu'ils étaient productifs!
En l'an 2000, au Canada seulement, 882 décès sont survenus lorsqu'un employé effectuait une tâche relié directement à son travail.
Le nombre est de 180 au Québec.
Pour la même année 2000, 392 502 salariés se sont blessés au travail, dont 119 135 au Québec. Ici on ne compte que les accidentés ayant reçu une indemnité.
À noter: ces statistiques ne comptent pas les cas de maladies et de morts
indirectes!
Selon une étude, vous avez 18 fois plus de chances de mourir au travail que vous en avez de mourir d'un assaut armé (pourtant les médias aiment bien les assauts armés...la sécurité policière...où est la police pour la sécurité au travail?), et aussi, vous avez 28 fois plus de chances d'affronter une forme de violence au travail que d'être victime d'un voie de faits en d'autres lieux.
Si les médias offraient cette information dans des tableaux bien présentés, avec la même musique d'arrière fond à chaque fois, les lieux de travail, la production, et le commerce seraient peut-être moins autocratiques: ça ferait réagir les gens.
Alors, par souci d'intégrité, je vous offrirai ici, à la fin de mes textes, et ce à fréquence variable, les statistiques sur les décès et les blessures survenus au travail pour l'année courante. (avec la moyenne de l'an 2000)
Blessures causées par le travail au Canada en 2002, en date du 6 septembre: 266 686
Décès causés par le travail au Canada en 2002, en date du 6 septembre: 599
Publié par Tartagnan le 06 septembre 2002 à 12:52 AM
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