La mare au canard

Pour ceux et celles qui aiment le journal satyrique français Le Canard Enchaîné, voici une occasion de voir gratuitement (et dans une atmosphère détendue) le film díAlain Dhenault LA MARE AU CANARD mettant en vedette LE CANARD ENCHA‘NÉ. FRANCE, 89 MINUTES, 1998.

À LA CASA OBSCURA, 4381 PAPINEAU (ANGLE MARIE-ANNE)

AUJOURDíHUI LE VENDREDI 15 NOVEMBRE, VERS 21H00

LA MARE AU CANARD

SYNOPSIS

Unique en France, ìLe Canard Enchaînéî est également unique au monde. Il est l'un des plus anciens titres de la presse française actuelle. On le qualifie d'institution. Il récuse le mot. C'est un journal qui dure - depuis près de quatre-vingt ans - qui n'a jamais cherché à être à la mode, mais n'a jamais été démodé.

L'une de ses particularités est que né pauvre, sans commanditaire, il a toujours vécu et vit toujours assez bien, sans publicité, ce qui protège son indépendance. Et sa vertu.

Sa singularité principale, ìLe Canardî la doit non seulement à un style d'écriture - et de dessins - reconnaissable entre mille (le ìstyle Canardî), mais surtout à une façon spécifique de traiter l'information qui fait référence aujourd'hui : ìc'est vrai, c'est écrit dans Le Canard ! î.

On ne compte plus, surtout depuis trente ans, les Affaires qu'il a dévoilées, qui ont défrayées la chronique, écornant des réputations, allant même jusqu'à mettre soudainement et cruellement fin à de splendides carrières politiques, parfois pour de simples petites histoires de cailloux, ou de revenus mal déclarés...

ìLe Canardî a fait, fait et fera encore rire longtemps dans les chaumières ou trembler dans les Ministères. Il n'y a qu'à voir, tous les mardis du mois, jour de son impression, veille de sa parution, l'affluence des motards-livreurs des Ministères empressés de le réceptionner dans les locaux du journal avant sa mise en vente, pour qu'on en prenne fébrilement connaissance dans les couloirs des administrateurs ou le bureau des ministres.

Le rédacteur en chef de l'ìInternational News Tribuneî à Paris ne quitte jamais son bureau le mardi soir avant d'avoir reçu et lu la page 2 du Canard, "la plus importante".

ìLe Canardî dit d'une façon légère et plaisante des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. Si, parfois, il se laisse aller à faire la leçon, ça lui arrive, c'est une erreur.

A sa manière depuis près de quatre-vingt ans, ìLe Canardî accompagne l'Histoire de France, la grande comme la petite, la Grande à travers la petite.

DECOUPAGE

I - LA NAISSANCE DU CANARD

ìLe Canardî est né de la guerre, dans la guerre, en 1915-1916. De ses origines, lui sont restées ses caractéristiques les plus marquantes, sa manière.

Il est créé par un journaliste indépendant, Maurice Maréchal, en réaction contre ìle bourrage de crâneî et le bellicisme outrageant des héros de l'arrière (académiciens, éditorialistes de la grande presse) qui se battent avec le sang des autres. Sa fonction, qui n'a pas changé depuis, est de débourrer les crânes.

L'arme qu'il choisit est le rire. C'est la seule utilisable d'ailleurs face à la censure non seulement militaire mais aussi politique avec laquelle ìLe Canardî poursuit un combat homérique et rusé, illustré d'épisodes désopilants. Certaines fois, les pages du journal sont littéralement trouées de blancs, ìmais, dit un lecteur, il y a plus à lire dans un blanc du Canard que dans une page du Matinî.

Pour échapper à ce canardage, ìLe Canardî utilise une sorte de langage codé : antiphrases, démentis qui valent confirmations, phrases à l'envers, etc, tout l'arsenal du ìstyle Canardî qui fait du lecteur un initié, presque un complice.

Bien qu'il ne soit pas un ìjournal de tranchéesî, ìLe Canardîa du succès dans les tranchées... quand il n'y est pas interdit comme c'est souvent le cas ; on le lit alors sous le manteau... On le capote. Pour les Poilus, son rire est un rire vengeur, consolateur. C'était le leitmotiv de Maréchal : ìQuand je vois quelque chose de scandaleux, d'abord je m'indigne, ensuite j'en ris, c'est mieux. Il faut rendre risible ce qui est méchantî.

ìLe Canardî est né en deux temps. Après cinq numéros, en 1915, il disparaît essentiellement parce que Maréchal qui était réformé est mobilisé comme auxiliaire pendant quelques mois, puis libéré. La seconde naissance, la bonne, date de juillet 1916.

Pacifique s'il en est, cultivant un antimilitarisme avec un anticléricalisme de bon aloi, Le Canard a quelques difficultés (notamment financières) à se reconvertir dans la paix, après l'armistice de 1918. Il se développe néanmoins jusqu'à atteindre 250 000 exemplaires de tirage lors du Front populaire.

L'Entre-Deux-Guerres est une période d'illusions et de déceptions. On voit, à travers ìLe Canardî se décomposer le régime, miné par les scandales, notamment le suicide de Stavisky (une des plus célèbres manchettes), puis on sent monter la guerre. L'ironie du journal se délie de plus belle et devient souvent pamphlétaire.

II - LE CANARD AUJOURD'HUI

Sabordé en 40, reparu à la Libération, (ìLa Liberté, c'est quand Le Canard reparaîtraî dit un personnage du film de Jean-Pierre Melville ìL'Armée des Ombresî), le journal s'étoffe et augmente sa pagination à partir des années soixante. Tout en restant le même et pour répondre aux aspirations du public, il ajoute une autre dimension. Il s'efforce de développer une ìinvestigation à la françaiseî, surtout face au conformisme et au peu de curiosité de la presse de l'époque.

Ce sont les années De Gaulle (ìIl faut dire qu'il nous a beaucoup aidéî, lache joliment Roger Fressoz), la succession des grandes affaires (immobilières, Chaban, de Broglie, les diamants de Bokassa et de ceux de Giscard, etc) qui valent au journal des ennuis, des procès, des micros, des accusations graves (responsabilités dans les suicides de Boulin et de Bérégovoy). On en parle jusqu'à l'autre bout du monde.

III - LA PERSONNALITÉ DU CANARD

- De gauche : sensibilité forte, mais libre de toute attache, en exerçant son esprit critique. Il applaudit quand elle arrive au pouvoir (Cartel des Gauches en 24, Front Populaire en 36, Mendès France, Mitterrand en 81) mais avec circonspection et même un peu de méfiance. Il garde jalousement et exerce avec dextérité son droit - son devoir ? - de critique. ìLe Canardî peut se fâcher même avec ses amis.

Les partis de gauche se sont toujours méfiés de lui. Maurice Thorez, dans un comité central du P.C.F., fustige ìl'esprit blagueur du ìCanardî qui conduit à douter de toutî ; Guy Mollet à la SFIO le poursuit lui aussi de sa vindicte.

- Indépendant : c'est l'obsession du ìCanardî.

- Moral : ìLe Canardî n'est pas moralisateur, ni procureur, ni juge. Mais il est témoins, parfois, de moralité. Il croit à la nécessité d'une certaine honnêteté morale dans la vie politique. C'est la question morale qui lui fait prendre ses distances avec Mitterrand et ses gouvernements.

- Bon enfant : sévère, parfois cruel, y compris avec ses amis, ìLe Canardî n'est pas vindicatif. On lui en sait gré parfois : le colonel Nusillard, chef de la censure de 1916 à 1918, est devenu par la suite un des plus fidèles abonnés du Canard, jusqu'à sa mort en 1955.

- ìLe langage Canardî : hors des modes, ìLe Canardî s'est toujours efforcé d'employer un langage simple, populaire, mais savoureux, celui de tous les jours, de tout le monde, avec des mots entendus au comptoir des bistrots.

ìLe Canardî a créé ou popularisé pour un temps ou pour longtemps les expressions comme : ìde quoi se marrerî, ìse tapoter le mentonî, ìminute Papillonî (allusion au garçon du Café du Cadran), ìle lampisteî, ìle bla bla blaî, ìles étranges lucarnesî...

- Les recettes Maison : Noix d'honneur (la première datant de 1921), les Pans sur le bec, le Mur du çon, etc. Les Dossiers du Canard.

- L'équipe : il y a toujours eu une seule star au Canard : Le Canard lui-même. Cependant, cette solidité collective n'exclut pas la forte personnalité des collaborateurs, de Maréchal à Treno, via Jeanson, Breffort, Lebesque, etc.

- Les dessinateurs : ou les faiseurs de Têtes de Turcs.

Publié par Bob L'Aboyeur le 15 novembre 2002 à 11:54 AM TrackBack Commentaires (1)