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J'ai visionné l'entrevue qu'a accordée Gilbert Rozon à Richard Martineau sur les ondes de . Quelques réflexions :
Gilbert Rozon est un homme d'affaires aguerri qui dirige une entreprise complexe aux ramifications étendues. Il connaît les rouages des médias qu'il utilise avec efficacité depuis plusieurs années. On peut donc affirmer sans se tromper qu'il a accepté la rencontre avec Martineau; un procédé hasardeux et risqué, confrontant par définition dans la mesure où il était plus que préparé et très sûr de lui. Le résultat de l'entretien confirme cette prémisse, mais le businessman de l'humour s'est avéré très surprenant par moment.
Rozon a annoncé ses couleurs assez rapidement : "Je veux avoir l'honneur d'être droit comme une barre...". Tel un converti nouvellement confessé et absous de tout péché, avec la foi et l'assurance d'un homme repenti qui n'a peur de rien, il s'est empressé de démolir les attaques habituelles de Martineau. L'affrontement était parfois absurde, mais a eu l'air de tourner à l'avantage de Rozon qui apparaissait soudainement comme un espèce de Jésus en croix, admettant ses péchés (mais ne répondant que devant son créateur) tout en prêchant un pardon suivant l'ethique "que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre"! Mais observons comment il manipule tranquillement nos émotions pour en arriver à une telle "béatitude":
CINAR / MICHELINE CHAREST : "...sa culpabilité n'a pas été prouvée, mais elle est responsable... je n'ai pas toutes vos informations, mais j'ai choisi de l'aider... Micheline doit admettre ses erreurs, mais n'est pas nécessairement coupable... j'ai choisi de vivre dans une société plus juste qui donne une autre chance à celui / celle qui est tombée."
AGRESSION SEXUELLE D'UNE CROUPIÈRE : "Il y a eu un arrangement hors-cour, mais pas de verdict de culpabilité ...je méritais d'être arrêté, pas pour cette affaire, mais pour toutes les conneries que j'ai faites! Aucun journaliste n'a lu la plainte... si c'était à refaire, je plaiderais non-coupable... je suis allé jusqu'au bout pour établir une jurisprudence; je me suis battu pour le principe."
Ces deux exemples illustrent comment Gilbert sauve ses propres fesses en argumentant sur l'idée d'embaucher Micheline Charest même si celle-ci a fraudé les deux niveaux de gouvernement et usurpé l'oeuvre de plusieurs créateurs (une démonstration selon laquelle utiliser des prête-noms et voler l'identité de l'auteur sont des procédés tout ce qu'il y a de plus normal quand on exporte dans un autre pays, pour sauver de l'argent qu'on se ferait voler de toute façon). Gilbert tente ainsi de passer pour un saint qui pardonne alors qu'en réalité, il ne vise qu'à se déculpabiliser et à refaire son image publique.
Relisons donc les passages soulignés plus haut en caractère gras : nous admettons avoir fait des erreurs, mais nous ne sommes pas coupables! Le plus drôle et c'est vraiment là que j'ai décroché... c'est qu'il affirme avoir voulu se battre pour des principes et pour établir une jurisprudence au nom des hommes! Ah, non! Ça, c'est trop!
STÉPHANE BUREAU / MUSÉE JUSTE POUR RIRE / SUBVENTION : Le téléspectateur a eu ensuite droit à un fourre-tout où se sont succédés des propos sur la pertinence des investissements publics, le problème d'objectivité du lecteur de nouvelles de la SRC Stéphane Bureau et un débat relativement intéressant sur la philosophie éthique des 2 protagonistes.
- Rozon est outragé qu'on questionne la moralité et l'intégrité d'hommes publics comme Pierre-Marc Johnson et Jean Carle. Comme si le simple fait d'avoir été membre du PQ le rendait de facto pur comme de l'eau claire. Il faut se rappeler qu'il est très pratique d'avoir un ancien ministre de la Justice dans son conseil d'administration; en particulier lorsqu'on doit affronter une plainte criminelle (Johnson connaît tous les juges). Jean Carle? Wow, quelle réputation! Conseiller de Jean Chrétien, implication directe, par le biais de la Banque de Développement du Canada, dans le scandale de l'auberge Grand-Mère qui est, faut-il le rappeler, une affaire de patronage éhontée qui, dans un système démocratique normal, aurait dû entraîner des accusations beaucoup plus sévères !
- Rozon (l'homme d'affaires) a aussi expliqué à Martineau (le pur et dur) que le lobby déployé dans un congrès de parti politique est une procédure plus que normale dans un contexte d'affaires! Il n'a pas tort de laisser sous-entendre que la société québécoise est trop frileuse par rapport à ce genre de contact; le débat sur le lobbying n'a été lancé en réalité que par un PQ occupé à colmater les fuites, réparer les dégâts et bien paraître en vue des élections.
- Gilbert admet aussi avoir été arrogant quant à l'investissement public de plusieurs millions des trois niveaux de gouvernement dans le financement public du Musée Juste pour Rire. Il s'est ensuite placé rapidement dans une position d'attaque (toujours la meilleure défense) quand il a lancé la flèche suivante: "en ce moment même, notre entretien est totalement subventionné parce que diffusé sur les ondes de !" Rozon a ensuite marqué plusieurs points en défendant (en apparence seulement) le code d'éthique de sa société. De la poudre aux yeux. Le pouvoir de Rozon et la main-mise sur plusieurs secteurs de l'activité culturelle et politique montréalaise et québécoise sont à remettre en question; c'est le travail de tout bon journaliste. Il faudrait par ailleurs enquêter sur le pouvoir ahurissant et totalement scandaleux du holding quasi-mafieux que représentent le groupe SPECTRA, AUDIOGRAM, l'ADISQ et prouver une bonne fois pour toutes la manipulation systématique des données sur les ventes de disques et la nomination des gagnants au Gala de l'ADISQ.
- Remarquons aussi comment Gilbert se permet de déculotter la réthorique de son adversaire en lui assénant un retentissant et subtil : "...vous ne seriez-pas un manipulateur, par hasard?" Je veux ici simplement rappeler que l'expérience humaine nous a appris que ce genre d'accusation est toujours le meilleur argument des manipulateurs eux-mêmes qui en connaissent un brin sur la question !
Bon. Passons sous silence les révélations potineuses à propos des aventures sexuelles de Charles Trenet, mais constatons tout de même le sans-gêne indécent de l'auteur de telles indiscrétions. Je retiens surtout qu'on a assisté à un (pseudo) débat ahurissant où l'audace des propos de Gilbert Rozon a pesé plus fort dans la balance que le fiel cynique et baveux d'un Richard Martineau de plus en plus condamné par son attitude de faux-jeton qui jappe beaucoup, mais ne mord pas très fort !
Les arguments et la pseudo-candeur de Gilbert Rozon sont loin d'avoir été convaincants. L'imprésario démontre plutôt à quel point il est un habile manipulateur qui utilise la sensiblerie pour maintenir son pouvoir. Il faut se rappeler cet épisode raconté sur les ondes d'une station de radio de Québec (donc, peu médiatisé... selon les critères de la planète Montréal) où une jeune fille de 15 ans aurait été la victime d'une tentative de séduction abusive dans un hôtel de Québec; elle était prête à témoigner dans la cause de la croupière du Manoir Rouville-Campbell, mais UNE jeune procureure de la Couronne l'a retournée chez elle en affirmant que le dossier était clos, suite à un "arrangement"!
Je retiens toutefois cet extrait qu'il faudra sans doute conserver pour utilisation future (et ça viendra sans doute) :
"J'essaie de ne pas mentir, de ne pas voler, d'être honnête et c'est un défi à tous les jours!" (Gilbert Rozon)
Brenda Moore
P.S. du 2 novembre 2002 : Nous apprenons aujourd'hui (Téléjournal de 18 heures, Radio-Canada) que Madame Charest n'a pas apprécié la charge vitriolique de Richard Martineau qui l'a accusée à 3 reprises de délit de crossage (ou de fraude, c'est selon)! L'entrevue ne sera donc pas diffusée en reprise. Il faudra voir si le monde des riches et puissants saura déposer rapidement une poursuite contre un représentant de l'intelligentsia culturelle montréalaise, comme on s'empresse si souvent de le faire contre les autres "francs-tireurs" de la radio de masse (vous savez, ces animateurs merdeux qu'on veut faire taire à la radio de Québec).
Publié par Brenda Moore le 03 novembre 2002 à 07:55 PM
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