Surveiller la surveillance

Alors que des systèmes de surveillance de plus en plus sophistiqués sont mis en place pour épier les faits et gestes des individus sous des prétextes de sécurité, dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme", voici quelques initiatives des plus brillantes sur lesquelles je suis tombé aujourd'hui, deux actions qui visent à "surveiller la surveillance" en cette époque orwellienne.

1. L'arroseur arrosé

Tout d'abord, la première action vise John Poindexter, conseiller à la sécurité nationale sous Reagan, trouvé coupable d'avoir vendu des armes illégalement à l'Iran, utilisant les profits pour financer les Contras. Malgré son passé plus-que-douteux, il est maintenant en charge du Information Awareness Office, un système d'interception de données qui n'a rien à envier à Échelon, et qui pourra retracer autant les achats, les dossiers médicaux, criminels, scolaires, de chaque citoyen américain, au détriment du droit à la vie privée.

Afin de démontrer à monsieur Poindexter les abus qu'un tel système risque d'engendrer, Matt Smith, journaliste au SF Weekly a publié son numéro de téléphone ainsi que son adresse (10 Barrington Fare, Rockville, MD, (301) 424-6613), invitant les gens à exprimer leur mécontentement directement à son domicile, afin qu'il sente ce qu'est une invasion de la vie privée.

Inspiré par cet article, un certain John Gilmore lance sur le web une collecte de renseignements sur John Poindexter, invitant tous les gens aptes à fournir des informations personnelles sur ce sinistre individu à le faire. Jusqu'à maintenant, en plus de ses coordonnées exactes, le site affiche des photos satellites de son quartier, des cartes pour s'y rendre et le nom et l'âge de tous les membres de sa famille.

Monsieur Poindexter comprendra-t'il ainsi ce que représente une violation de la vie privée? On ne peut que l'espérer...

2. Qui filme qui?

Le deuxième fléau visé: les caméras de surveillance qui se dissimulent partout dans les zones urbaines. Jetez un coup d'oeil autour de vous lors de votre prochain déplacement. À Ottawa par exemple, impossible de faire deux pas sans tomber sur une caméra de surveillance, il y en a pratiquement à tous les coins de rue. La capitale est sous surveillance constante. On suppose qu'il en va de même, quoi qu'à moindre échelle, dans la plupart des métropoles nord-américaines. On ne peut que supposer, puisqu'aucun chiffre officiel n'existe sur leur nombre.

Afin de conscientiser la population à l'ampleur du phénomène, Ronald Deilbert, professeur de science politique à l'Université de Toronto, lance une initiative, la World Sousveillance Day, ou la "Journée Mondiale de la Sousveillance", qui se tiendra le 24 décembre prochain. Sur le coup de midi ce jour-là, le professeur Deilbert invite les citoyen-nes de la planète à s'armer de caméras et à filmer toutes les caméras de surveillance qu'ils pourront trouver.

Plus de gens participeront, plus les "surveillants" se sentiront, pour une fois, surveillés. Et les images, ainsi que les locations, pourront servir à établir des cartes des caméras de surveillance ville par ville, en collaboration avec le site Citizen Lab.

La Tribu invite bien évidemment tous ses collaborateurs-trices et lecteurs-trices à participer à cette Journée Mondiale de la Sousveillance. Nous publierons vos photos sur le site...

Publié par Bob L'Aboyeur le 03 décembre 2002 à 04:50 PM TrackBack Commentaires (2)