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J'ai finalement trouvé un peu de temps la semaine dernière pour aller voir le fim Bowling for Columbine de Michael Moore. Ceux et celles qui fréquentent La Tribu connaissent le béguin que nous avons pour cet activiste vidéo aux relents de stand-up comique. Vous ne serez donc pas surpris si nous vous incitons fortement à voir ce film, qui nous montre l'ami Moore en pleine maîtrise de son art, percutant comme toujours. D'ailleurs, si vous allez voir le film dans une salle commerciale (comme je l'ai fait), en sortant de cette projection émouvante, enrageante, intelligente, vous risquez de vous retrouver consterné par le vide environnant des productions cinématographiques placardées dans ces antres de la consommation. Entre les affiches du Seigneur des Anneaux, de Harry Potter et autres "oeuvres de divertissement", Bowling for Columbine nous montre que le cinéma peut être autre chose qu'une entreprise de tittytainement.
La plupart des critiques ont déjà brossé un portrait anecdotique du film; Marylin Manson articulé et politique qui dénonce les bombardements US au Kosovo; Charlton Heston, vieux schnoque sans coeur et pathétique; La fameuse banque du Michigan qui remets une arme à feu en prime aux clients qui ouvrent un compte; Les images troublantes des caméras de surveillance qui ont filmé la tuerie de Columbine; Le combat de deux des survivants afin que K-Mart cesse de vendre des munitions dans ses magasins. Moore nous fait vivre plusieurs moments forts en tentant de savoir pourquoi les Américains raffolent tant des armes à feu et pourquoi elles font tant de ravages aux USA.
Car il s'agit là de la question centrale du film. Les armes à feu font des ravages partout dans le monde, soit, mais parmi les pays occidentaux, les USA obtiennent la palme. On apprends qu'en Angleterre, pas plus d'une soixantaine de décès sont dûs annuellement aux armes à feu. Une centaine en France. Au Canada, le nombre annuel environne les 250. Et aux USA, la différence est frappante: quelques 11 000 décès découlent annuellement des armes à feu. Il s'agit d'un écart qui n'est pas minime.
Pendant une bonne partie du film, Michael Moore scrute l'histoire et la culture des États-Unis afin de déterminer quel facteur peut bien créer cette différence énorme entre les USA et le Canada au niveau des armes à feu. Moore dresse un portrait un peu naïf et socialisant du Canada pour essayer de comprendre la différence de mentalité entre ces deux pays si proches, et pourtant si éloignés dans leur attitude vis-à-vis les armes à feu. Le Canada possède aussi une histoire sanglante. Le Canada aussi succombe de plus en plus à la culture de la peur dans les médias. Et quelques 7 millions d'armes à feu y sont en circulation. Pourquoi alors les Canadiens ne s'entretuent-ils pas de la même façon que leurs voisins du sud? Le film pose la question, lance le débat, mais ne propose aucune piste de solution. Durant toute la semaine, j'ai été obsédé par cette question.
Je pense avoir trouvé un facteur majeur pouvant causer cette différence. Il s'agit, à mon avis, de la peine de mort. Les pays occidentaux auxquels Moore compare les USA ont tous aboli la peine de mort. De ces pays, seuls les États-Unis continuent de pratiquer cette coutume barbare de la Loi du Talion. Je suis surpris que Bowling for Columbine ne fasse pas mention de ce fait, qui me semble jouer un rôle important dans la violence criminelle d'un pays.
C'est sans doute George Ryan qui m'a mis sur la piste en annulant la condamnation à mort de 147 détenus, deux jours avant de quitter son poste de gouverneur de l'Illinois. Georges W. Bush détient quant à lui le record du nombre de mises à mort alors qu'il était gouverneur du Texas: 153 personnes exécutées en 5 ans. De toute sa vie politique, il n'a gracié qu'un prisonnier condamné à mort et deux dindes du Thanksgiving. En désaccord avec le geste du gouverneur Ryan, il a répliqué que "la peine de mort dissuade les criminels". Il n'y a rien de plus faux.
Prenons exemple (comme Moore) sur le Canada. La plus récente étude d'Amnistie Internationale sur le sujet affirme "qu'aucune étude n'a jamais pu prouver l'effet dissuasif de la peine de mort en terme de baisse de crimes". Cette étude nous apprend aussi que depuis que le Canada a aboli la peine de mort en 1976, les homicides ont diminué de 43%. C'est loin d'être le cas aux USA où l'on compte des augmentations substantielles de crimes violents depuis le rétablissement de la peine capitale en 1977. Il semblerait que les pays qui appliquent la peine de mort ne voient pas de diminution du taux de criminalité, mais plutôt une augmentation de la violence des crimes.
J'ai envoyé une lettre à Michael Moore afin de savoir ce qu'il pensait de ma théorie. Et vous, qu'en pensez-vous? Est-il possible que la peine de mort explique la différence majeure dans le taux de mortalité par armes à feu entre les États-Unis et les autres pays occidentaux?
Publié par Bob L'Aboyeur le 20 janvier 2003 à 12:37 PM
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