L'électoralisme du PQ

Depuis quelque temps, je m'intéresse aux travaux du Comité directeur des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, dirigé par Claude Béland. J'observe le déroulement de ces travaux pour la simple et bonne raison que le scrutin proportionnel est, à mon avis, la première étape vers une démocratie davantage axée sur la variété des points de vue politiques. Peu importe nos allégeances politiques (droite, gauche, extrême-centre, écolo, pro-pot, féministe, souverainiste, communiste, méditatif, etc), nous devrions unir nos forces afin de voir se réaliser ce changement dans le mode de votation qui permettrait de briser l'hégémonie PQ-PLQ-ADQ au Québec et qui ferait siéger d'autres préoccupations à l'Assemblée Nationale.

Malheureusement, les récentes déclarations de Jean-Pierre Charbonneau, ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques, laissent entrevoir un usage purement électoraliste de ces audiences. Ce dernier a donné une entrevue lundi à la Presse Canadienne, dans laquelle il invite les partisans de l'UFP (Union des Forces Progressistes) à se rallier au PQ afin de "ne pas diviser le vote de gauche", sinon, ils risquent "de mettre au pouvoir les forces de droite et fédéralistes". Il affirme aussi que "en voulant combattre les idées de droite, on contribuerait ainsi à leur arrivée au pouvoir". Ce genre de déclaration électoraliste prouve pourtant hors de tout doute la nécessité d'adopter le scrutin proportionnel, afin que tous les votes soient pris en ligne de compte et que ces arguments fallacieux de "diviser la gauche" n'aient plus cours.

D'autant plus que monsieur Charbonneau a fait des déclarations récemment selon lesquelles il déplorait le manque de participation du Parti Québécois aux audiences sur la réforme du mode de scrutin, le PQ ne jugeant pas utile de déposer un mémoire. Trouvant ces différentes déclarations de monsieur Charbonneau quelque peu contradictoires, j'ai décidé de contacter son bureau de comté afin d'obtenir des éclaircissements. Je me suis entretenu avec Pierre Laberge, attaché de presse de Jean-Pierre Charbonneau.

BA: Je suis depuis quelques temps les travaux de monsieur Charbonneau en ce qui a trait à la réforme du mode de scrutin. Je pense que ces travaux sont importants, et que nous devons le plus rapidement changer de mode de scrutin. Pourtant, l'appel de monsieur Charbonneau de "voter pour le PQ en échange de la proportionnelle" semble bassement électoraliste.

PL: Vous savez, le journaliste Michel Venne a écrit qu'il n'y a pas de bon ou mauvais temps pour annoncer de bonnes réformes.

BA: Oui, mais de faire cette déclaration à l'aube de la campagne électorale, ça ressemble à de l'électoralisme pur et simple... D'autant plus qu'historiquement au Québec, c'est toujours le Parti d'opposition qui a demandé la proportionnelle pour l'oublier une fois au pouvoir...

PL: Historiquement, vous avez raison, mais, qui a lancé le processus sur le scrutin proportionnel? Le Parti Québécois... Aucun autre gouvernement n'a lancé ce genre de processus par le passé.

BA: D'accord, mais monsieur Charbonneau lui-même a déploré le manque de participation du Parti Québécois, qui n'a pas déposé de mémoire aux audiences sur la réforme des institutions démocratiques...

PL: Où avez-vous lu ça? Quels journaux lisez-vous?

BA: J'en lis plusieurs, et me souviens très bien de ces remarques faites par monsieur Charbonneau.

(Petite parenthèse. Je n'avais pas les journaux en question sous la main lors de l'entrevue. Pourtant, une recherche rapide m'a permis de les retouver. Le Devoir titre "Le PQ tourne le dos aux travaux de Béland", et La Presse le même jour titre "Contrairement au PLQ et à l'ADQ, le PQ ne proposera pas de refonte de scrutin". Dans les deux articles, on mentionne que "l'entourage de monsieur Charbonneau se montre déçu". Monsieur Laberge a la mémoire courte, puisque ces textes datent du 27 décembre 2002, il y a un mois à peine...)

PL: Je me demande bien quels journaux vous lisez. Le Comité des Jeunes du PQ a déposé un mémoire.

BA: Le Comité des Jeunes ne dirige pas le PQ! Les hautes instances n'ont pas déposé de mémoire...

PL: Le gens de Montréal-Centre ont aussi déposé un mémoire. Les consultations ont démontré que 80% des gens veulent un changement du mode de scrutin.

BA: Alors, pourquoi en faire une promesse électorale et ne pas mettre cette réforme de l'avant maintenant, pour la prochaine élection? Il me semble que la déclaration de monsieur Charbonneau quant à l'idée de "diviser le vote de gauche" démontre bien à quel point il est urgent que le mode de scrutin change et que chaque vote compte...

PL: Vous savez, une telle réforme dans un système démocratique prends du temps... Il faudrait d'abord faire un référendum sur la question...

BA: Mais vous venez vous-même de dire que 80% des personnes qui ont déposé un mémoire se montrent favorables à un changement dans le mode de scrutin... Pourquoi ne pas simplement changer le processus?

PL: Nous ne pouvons pas risquer d'affaiblir la démocratie en précipitant une réforme d'une telle envergure.

BA: La démocratie? Vous voulez-dire la ploutocratie? Vous ne faites pas de référendum quand vient le temps de financer GM ou Québécor. Comment le changement du mode de scrutin peut être un affaiblissement de la démocratie alors qu'il sera plus représentatif que ce que nous avons maintenant?

PL: Écoutez, vous ne semblez pas très objectif pour un journaliste...  tes-vous membre de l'UFP?

BA: Pas du tout, je suis un partisan de la démocratie directe et du scrutin proportionnel. Vous trouvez les journalistes de Radio-Canada objectifs?

PL: Je vous trouve agressif. Vous savez que monsieur Charbonneau a aidé à la formation de l'UFP? Il a aussi rapporté l'engagement de monsieur Landry selon lequel cette élection sera la dernière à se tenir avec un scrutin unominal à un tour.

BA: Donc, en tant qu'électeur, je veux avoir votre parole. Ce que le Parti Québécois dit, c'est que si je lui donne mon vote, je peut être assuré de voir le scrutin proportionnel adopté dans le premier mandat de sa ré-élection?

PL: Il y aura une proposition déposée à cet effet au congrès du 7-8-9 mars prochain.

BA: Est-ce une promesse électorale formelle?

PL: C'est une proposition qui sera déposée au congrès...

***

Donc, en bon français, il s'agit d'une simple promesse électorale. À ce propos, j'aimerais partager la réponse de Paul Cliche suite à un message où je lui demandais quelques éclaircissements sur la position de l'UFP et du MDN (il est membre des deux) suite aux paroles de monsieur Charbonneau.

Bonjour,

En réponse à votre message:

Comme vous l'avez présumé, le ministre Charbonneau n'a rien eu à voir dans la fondation de l'UFP. S'il en avait eu la chance il l'aurait plutôt contrecarrée.

Son attaché de presse, M. Laberge, faisait probablement référence lorsqu'il vous a parlé au Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN) qui est une coalition non partisane vouée à une réforme en profondeur du mode de scrutin actuel par l'instauration d'un mode de scutin de type proportionnel pour remplacer le scrutin majoritaire à un tour. Charbonneau a en effet versé une subvention de 5 000$ au MDN en 2001 alors qu'il était président de l'Assemblée nationale.

Quant au PQ il s'agit du seul des trois partis représentés à l'Assemblée nationale à ne pas être officiellement en faveur, à l'heure actuelle, de l'instauration d'un mode de scrutin proportionnel dans un proche avenir. Sous la dictée de Lucien Bouchard, son congrès de mai 2000 a en effet renvoyé cette question aux calendes grecques, c'est-à-dire après l'accession du Québec à la souveraineté. Le parti reniait ainsi un engagement qu'il avait pris dès sa fondation en 1969 et qu'il avait réitéré dans ses plateformes électorales de 1976 et 1994 alors qu'il s'était engagé à procéder à la réforme du mode de scrutin "durant l'année suivant la prise du pouvoir". Le premier ministre Landry soutenait la position de Bouchard il y a quelques mois à peine, mais il semble avoir évolué depuis l'arrivée au cabinet de M. Charbonneau qui, lui, est en faveur de la proportionnelle.

On s'attend à ce que le PQ change son programme pour revenir à sa position initiale lors de son congrès d'orientation du début de mars juste à temps pour le déclenchement des élections. Mais, aux dernières nouvelles, il subsistait encore de fortes oppositions au sein du parti dont celles de Louise Harel et de Rita Dionne-Marsolais. Mme Harel partage incidemment le même point de vue que l'ex-premier ministre Bourassa qui s'opposait à la représentation proportionnelle parce que cela rendrait difficile l'élection de gouvernements majoritaires qui, à leurs yeux, sont synonymes de stabilité donc d'efficacité. Pour en savoir plus long sur le dossier du mode de scrutin, consultez le site web du Mouvement pour une démocratie nouvelle: www.democratie-nouvelle.qc.ca

Par ailleurs, les dirigeants de l'UFP doivent répondre à la déclaration de M. Charbonneau concernant la division du vote. L'adresse électronique de ce parti est www.ufp.qc.ca

J'envoie copie de ce message aux deux porte-parole du parti, Molly Alexander et Pierre Dostie, pour qu'ils soient informés de vos préoccupations.

Au plaisir.

Paul Cliche

Publié par Bob L'Aboyeur le 04 février 2003 à 05:40 PM TrackBack Commentaires (4)