De l'usage du gaminet comme acte subversif


Deux dangereux terroristes en train de miner le moral des troupes US

Nous avons tous entendu parler de l'aberration qui s'est produite dans un centre commercial de Guilderland cette semaine, alors qu'un avocat de 61 ans, Stephen Downs, commettait l'acte seditieux de porter un t-shirt sur lequel on pouvait lire "Give Peace a Chance". Les gardiens de sécurité lui ont intimé de retirer la pièce de vêtement jugée offensante (gaminet pourtant acheté dans l'une des boutiques du centre commercial) et ce dernier a refusé d'obtempérer (bravo!). La sécurité a donc contacté les policiers, et monsieur Downs s'est vu menotté et emmené au poste, où il fût détenu pendant un bon deux heures avant d'être relâché.

Cet incident nous renseigne bien sur l'ambiance répressive qui règne aux USA au moment où l'on parle de plus en plus dans les médias de remettre en vigueur les lois anti-sédition pour procéder à l'arrestation des militants pacifistes. De quelle autorité se croyaient les gardiens du centre commercial pour agir de la sorte, sinon qu'ils étaient galvanisés par les sorties en règle des médias contre les pacifistes, considérés comme "des subversifs minant le moral des troupes" depuis les manifestations anti-guerre du 15 février?

Ça nous renseigne aussi sur les médias corporatifs américains, qui ont tous placé cette nouvelle entre celle des termites assiégeant l'Alamo et celle de la disparition d'une des perruques de Cher, dans les sections Offbeat News ou Oddly Enough de leurs médias, comme s'il ne s'agissait que d'une nouvelle "insolite", et non pas d'une attaque en règle contre les libertés fondamentales que les lois anti-terroristes sont censées protéger.

C'est aussi dans les colonnes de faits divers et insolites que nous avons pu suivre les déroulements de l'histoire. Deux jours plus tard, une centaine de manifestants se sont présentés au centre commercial en question, le Crossgate Mall, arborant tous des t-shirts se prononçant contre la guerre. On devine bien que ni les gardes de sécurité ni les policiers ne sont intervenus cette fois-ci. Puis, vendredi, dénouement heureux, on apprend que le Crossgate Mall retire la plainte de violation de propriété (trespassing) qui pesait contre monsieur Downs. J'espère que ce dernier poursuivra le centre commercial en justice pour abus.

Voilà un exemple parfait du pouvoir des citoyens. N'eût été du refus de monsieur Downs de retirer la pièce de vêtement en litige et de l'indignation populaire se faisant entendre par cette manifestation, ce geste serait "passé dans le beurre" comme plusieurs autres abus trop faiblement décriés, créant de dangereux précédents pour la liberté d'expression. À la lumière de ces événements, il est clair que le seul antidote possible contre le vol de nos libertés fondamentales est la mobilisation populaire.

D'ailleurs, les incidents impliquant des opinions imprimées sur des gaminets se multiplient. Il y a quelques semaines, un étudiant a été expulsé de son école pendant 24 heures pour avoir porté un t-shirt sur lequel on pouvait voir une photo de George W. Bush avec les mots "terroriste international". Dans ce cas précis, les protestations n'ont pas été assez fortes pour faire reculer l'école.

Les citoyen-nes doivent rester vigilants...

Publié par Bob L'Aboyeur le 09 mars 2003 à 02:20 PM TrackBack Commentaires (2)