![]() |
![]() |
|


Nous avons tous entendu parler du conflit de travail qui vient de se terminer chez Vidéotron. Pourtant, une grande partie des informations ne nous sont pas parvenues par la voie des médias convergents (qui diffusaient abondamment les propos de PKP et de Luc Lavoie ou les actes de sabotage), mais bien d'un site qui fait rage depuis le tout début du conflit, avec une voix bien distincte de celle du syndicat, la voix d'une poignée d'employés irréductibles: Pédalo Média. Ce blogue se décrit comme "le site qui touche au coeur de la convergence des médias". Nous avons suivi le conflit de travail "de l'intérieur" en le lisant, et nous avons pensé vous offrir une entrevue avec Jane (éditrice en chef du site) sur le pourquoi et le comment de cette initiative, ainsi que la réaction de Pédalo Média suite à l'entente survenue entre Vidéotron et le syndicat...
BA: Comment vous est venue l'idée d'utiliser la technologie des blogues pour diffuser de l'information "de l'intérieur" pendant le conflit?
PM: Le goût de meurtre ;)
BA: Comment a réagi le syndicat? Vous a-t'il appuyé ou nui? Et de quelle façon vous ont-ils appuyé ou nui?
PM: Le syndicat? Quel syndicat? Bon, alors pour ce qui est du SEVL 2815, au début ils avaient mis un lien vers notre site, mais celui-ci a été retiré un jour (voir http://www.pedalomedia.com/archives/2002_08_25_indexArch.html#85381228.
On a de nos reporters sur le terrain qui nous ont mentionné aussi que certains dirigeants syndicaux avaient l'air préoccupés par PedaloMedia. On n'en dira pas plus pour l'instant ;)
Au début du conflit, un journal syndical fait par les membres était distribué. Ce journal présentait des informations sur le conflit. Certaines fois nous étions fortement en désaccord avec ce qui y apparaissait. D'autres fois en accord. Bref, ça donnait une idée de ce que les employés pensaient et ça permettait aux gens de s'exprimer, le choc des idées. Normalement le but de ça c'est de
chercher la vérité. Il faut croire que c'était pas bon pour les dirigeants syndicaux: le projet a été annulé en raison de certains articles qui ne plaisaient pas. Résultat: la pensée unique. La pensée des employés? On sait pas, ils ont rien à dire. Leur seul journal avait été annulé après un ou deux mois. Un "journal des employés" a bien été sorti vers la toute fin du conflit mais ça avait l'air d'avoir écrit par une seule personne, qui reprenait exactement les mêmes mots que.. que qui? Yves Lalonde, Michel Parenteau, Pierre Dupuis, Henri Massé? Pierre-Karl Péladeau?
Bref, les employés sont réduits au silence depuis le début du conflit: annulation du journal de grève, 'médiations' et consigne de 'silence médiatique', 'négociations' et consignes de 'silence médiatique'.
Nous on s'est dit f*** off.
BA: Combien y'a-t'il de rédacteurs différents qui participent au site?
PM: Ils sont tous différents! Ce qui fait notre force. Combien exactement? Ça varie.
BA: Sont-ils tous employés de Vidéotron?
PM: Non, pas tous.
BA: Que pensez-vous de l'entente survenue entre le patronat et les syndiqués de Vidéotron?
PM: Elle ouvre encore plus grand la porte à la sous-traitance. Au niveau des employés affectés à la qualité technique, la sous-traitance est passée de 15% à 40%. Ceux-là devront travailler 37.5h au lieu de 35h et ce pour le même salaire. Une centaine ont préféré s'en aller avec des primes de départ.
Quant au reste, la sous-traitance passe à 20%, les heures de travail augmentent dans la pratique, et le salaire horaire diminue. Moins de vacances. Déménagement du centre d'appel pour le support technique internet sur la rive-sud: mise à pieds déguisées car ce ne sont pas tous les employés qui pourront se déplacer si loin.
Si on compte tous les départs, on estime que Quebecor aura réussi à se débarasser d'environ 350-400 employés, d'après des estimations conservatrices et.. ce n'est pas fini! Certains sont encore en attente pour un mois ou deux en raison du supposé problème que créerait l'achat de camions et d'équipement 'vendu' à Alentron, la firme de sous-traitance créée par Entourage, elle-même créée par la FTQ.
La FTQ qui a cédé cette même compagnie à Adrien Pouliot.
Adrien Pouliot qui fait partie de l'Institut Économique de Montréal, un think-tank de droite dont le but est de sous-traiter et de privatiser un peu.. tout.
http://www.iedm.org/etudes/UniversalPrivateChoice2.pdf
http://www.iedm.org/direction_fr.html
Entourage au Canada:
http://www.entourage.ca/francais/maps/
http://www.entourage.ca/francais/departments/
Évidemment, comme la transaction entre Vidéotron et Alentron est une transaction entre deux sociétés privées, nombre des informations ne sont pas disponibles. Ces sociétés peuvent bien se poursuivre en cour pour le show...
Il semble d'ailleurs que nous ne soyons pas les seuls à trouver que l'entente n'est pas bonne:
http://www.ledevoir.com/2003/04/05/24880.html
Et non. Nous ne nous sommes pas déplacés dans les locaux du Devoir.
Nous n'avons pas fini d'analyser en détail l'entente. Il manque d'ailleurs beaucoup d'informations. C'était notre analyse préliminaire. Et les pertes mentionnées n'incluent pas les mois passés sur le trottoir, le salaire perdu, le temps perdu, la salive gaspillée, le niaisage, les insultes.
Un show pathétique.
BA: À la lumière de votre expérience, suggérez-vous à d'autres travailleurs-euses en conflit d'utiliser la technologie des blogues afin de disséminer de l'information de première source?
PM: Certainement. Et de façon anonyme aussi.
BA: Qu'a apporté l'usage d'un blogue durant ce conflit?
PM: À qui? Ceux qui écrivent sur PedaloMedia?
Pour nous, c'était une façon de calmer l'envie de meurtre. Ça a fonctionné à merveille.
Pour les employés de Vidéotron en général? On sait pas et on s'en fout. On ne parle pas pour eux. On parle pour nous. On existe. S'ils veulent crever, pas nous. Si certains trouvent que c'est correct que le syndicat soit complice du patron, pas nous. Comment se fait-il que les offres de départ aient été si ridiculement basses? Le langage guerrier du syndicat avant de sortir en grève le 8 mai 2002? La démonisation de 'Pierre-Karl Péladeau' à un point tel que certains employés pensaient que si celui-ci se faisait assassiner, le problème serait réglé et tout le mondre rentrerait heureux au travail. C'est la convergence. La pensée magique. On entendait la semaine passée une employée ânonner aux nouvelles lors du retour au travail que si il y avait eu une loi anti-scab, le conflit se serait réglé comme par magie, en quelques jours. Lucien Bushard "le messie" a vraiment convergé le Québec avec son ami le méchant Pierre-Karl.
La vérité c'est que c'est Québecor le problème, pas 'Pierre-Karl Péladeau'. Si l'homme qui apparaît dans les journaux avec en dessous de sa photo la mention 'Pierre-Karl Péladeau' avait été passé au blender, il aurait simplement été remplacé par un autre. Et ça aurait probablement été encore pire pour les employés de Vidéotron.
Or pourquoi les dirigeants syndicaux ont-ils polarisé le conflit sur 'Pierre-Karl Péladeau'? C'était leur leitmotiv, leur obsession: 'Pierre-Karl Péladeau'. Pas une seconde sans qu'un employé ou un dirigeant syndical ne mentionne 'Pierre-Karl Péladeau'. À la fin on commençait à croire qu'ils étaient tous tombés amoureux. Bombardier aussi ça doit être à cause de Pierre-Karl Péladeau. GM aussi, avec Boisbriand. McDonald's aussi. PFK, et toutes les autres multinationales. La vérité c'est qu'il y a un système, pas une personne. Un système. Système qui n'a PAS été contesté (la convergence). En fait, ce que le syndicat vient de faire, il vient d'appuyer la convergence à 'Pierre-Karl Péladeau'. On a pas fini de voir Star Académie sur nos écrans!
Les employés savent-ils vraiment ce qui s'est passé? Les "négociations" et autres "médiations" étaient à huis-clos.
Selon nous, tous ont perdu, même ceux qui croient avoir gagné (ie, les techniciens 'vendus' + ceux qui ont reçu des primes de départ) car tout était prévu et arrangé d'avance. La vente du département de qualité technique, créant un enjeu et un beau petit slogan vide de sens, puis l'annulation de la vente. Bref, créer un problème, pour apporter une solution. Québecor veut couper de 25%: shit nos membres vont pas accepter ça: on va perdre. OK, dites que vous coupez de 40-45%, nous on se charge du reste. Pis à la fin on gagne tous les deux.
Pis dans quelques années, ça recommence, le même cirque.
Est-ce un hasard si la plainte au C.C.R.I. n'aura pas lieu? Est-ce un hasard si l'information n'est pas disponible? Est-ce un hasard si les dirigeants syndicaux étaient forts en verbe avant le 8 mai 2002, puis doux et conciliants après que les employés soient sur le trottoir?
Est-ce un hasard si Québecor (à travers son porte-parole Luc Lavoie) a accusé le président du syndicat (Yves Lalonde) d'avoir commandé des actes de vandalismes sans qu'on ne sache finalement qui disait vrai? Si c'était vrai, Québecor a bien pu s'en servir lors des négociations (à huis-clos) pour exiger des concessions en échange de l'abandon des poursuites. Si c'était faux, pourquoi le président Yves Lalonde s'est-il laissé accuser sans poursuivre pour diffamation? Une gigantesque farce, un cirque.
Ça nous dégoute. C'est pour ça qu'on écrit.
BA: Continuerez-vous vos activités maintenant que l'entente est survenue?
PM: Oui, c'est pas fini... ce n'est qu'un début (voir http://mesnouvelles.branchez-vous.com/communiques/cnw/ENT/2003/02/c0705.html).
À savoir si ça sera au travers de PedaloMedia ou pas... you'll see it... don't know if soon is the word but some people are hungry.
BA: Merci de prendre le temps de nous répondre, nous publierons l'intégralité de vos réponses sur La Tribu sans couper dans le texte...
PM: Fait plaisir! Continuez sur La Tribu. Enfin un site avec du contenu! Je suis allé voir sur Alexa, ça a l'air que votre site s'en vient aussi populaire que celui de la FTQ ;) Lâchez pas!
Jane pour
PedaloMedia
Publié par Bob L'Aboyeur le 11 mai 2003 à 12:55 PM
TrackBack
Commentaires (2)