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Depuis des mois, comme un véritable sans-gène, l'ambassadeur américain au Canada, Paul Cellucci, ne cesse de nous dire quoi faire et comment le faire. Si ce n'est pas de l'ingérence politique, on se demande bien ce que c'est. Peu importe que la guerre contre l'Irak soit illégale selon les règles de la communauté internationale, ce dernier ne se gène pas pour parler de "refroidissement" dans les relations entre le Canada et les États-Unis et de "représailles" parce que nous avons refusé de participer à leur invasion impérialiste. Bien sûr, nos moyens militaires sont une farce en comparaison aux leurs (et c'est tant mieux), mais les États-Unis désirent que nous partagions le coût de la facture davantage que notre ratio de chair à canon. D'ailleurs, incapables d'indépendance vis-à-vis nos voisins du sud et malgré les prétentions de n'agir que dans le cadre des Nations Unies, notre gouvernement accepte maintenant de "participer à l'effort de reconstruction" de l'Irak et envoie une dégueulation canadienne ces jours-ci, sans passer par l'ONU. On reconnaît bien le flou artistique qu'entretiennent nos élus sur la question...
Nous savons, de son propre aveu, que la seule instruction qu'a reçue l'ambassadeur Cellucci lors de sa nomination est de nous influencer dans la voie d'une plus grande militarisation. Il n'est, ni plus ni moins, qu'un pusher d'armes avec un titre. Comme un taxeur dans une cour de récréation, il avait encore des menaces à la bouche cette semaine pour nous inciter à "collaborer" au projet de bouclier anti-missiles si cher (dans le sens d'exorbitant) au Président Bush. Cette fois-ci, ce sont des allusions à l'expulsion du Canada du pacte militaire canado-américain (NORAD) qui planent. Il déclare: "Évidemment, le choix du Canada aura un impact sur les décisions de commandement et de contrôle". Tout indique que nous devrons aussi partager la facture de 10 milliards US pour ce joujou high-tech dont nous n'avons rien à foutre. Cet argent pourrait servir à autre chose que d'engraisser le complexe militaro-industriel, mais connaissant la servilité de nos représentants, l'argent de nos impôts s'en ira de l'autre côté de la frontière pour alimenter les insécurités paranoïaques d'une administration belliqueuse, et nous continuerons d'attendre 8 heures en moyenne à l'urgence avant d'être soignés.
L'ingérence politique de ce digne représentant de l'administration Bush ne se limite pas à tenter de nous faire acheter toujours plus d'armes, non. Il protège son territoire de vente de l'invasion des autres pushers. À preuve, Washington s'est dit mécontent de l'intention de Jean Chrétien de décriminaliser la possession simple de marijuana, et l'ambassadeur laisse sous-entendre que son pays exercera des pressions sur la frontière commune advenant le cas. Nous savons tous que la marijuana est bien plus dommageable pour la santé que l'armement, ça va de soi. Devant l'énormité des manoeuvres pseudo-diplomatiques de monsieur Cellucci, on en vient à vouloir lui rétorquer un "De quoi j'me mêle!" bien senti.
Imaginez un peu le contraire, si nos ambassadeurs commençaient à affirmer qu'il faut que les Américains adhèrent à Kyoto sous peine de sanctions économiques, qu'ils respectent la convention de Genève avec les détenus sans statut de Guantanamo sous peine d'être accusés de crimes de guerre, qu'ils cessent leur invasion illégale qui n'a pas reçu l'aval des Nations Unies et constitue donc une agression, qu'ils remettent entre les mains de l'ONU la formation du nouveau gouvernement irakien... Il y aurait une levée de boucliers de la part de nos voisins du sud. Ici, peu de gens se formalisent de l'ingérence américaine. Sommes-nous à ce point intoxiqués par les produits étatsuniens que nous nous trouvons en état de dépendance comme des junkies, incapables de critiquer le pourvoyeur? En admiration devant leur ploutocratie impérialiste au point de vouloir abdiquer notre propre souveraineté?
Nous devrions commencer par exiger la démission de Paul Cellucci en tant qu'ambassadeur. La Tribu est prête à lancer une campagne de financement pour lui payer son billet de retour à Washington. Nous lui remettrons en main propre avec une lettre dans sa langue lui expliquant les raisons de son expulsion. S'il refuse de nous rencontrer (ce qui est plus que probable), nous lui ferons parvenir par la voie de l'ambassade d'Ottawa. Vous désirez participer à cette initiative? Vous avez une meilleure idée pour exprimer notre mécontentement face aux menaces continuelles de monsieur Cellucci? Écrivez-nous à celluccigohome@latribuduverbe.com.
Nous devons agir vite, d'autant plus qu'un élément nouveau transformera sous peu le paysage politique canadien. Un peu comme Jean Charest avec les défusions municipales, peu importe ce que Jean Chrétien annoncera comme mesure "progressiste" en fin de rêgne, il est clair en écoutant Paul Martin que ces mesures seront renversées. Le jour du lancement de sa campagne, l'aspirant Martin annonçait d'emblée qu'il désirait se rapprocher des Américains (le Parlement va déménager à Washington?). Paul Martin a aussi annoncé qu'il investirait davantage dans l'armée, et sans perdre une seconde, Cellucci a déclaré "Nous aimons ça". Puis, Washington s'est prononcé en faveur de la candidature de Paul Martin à la chefferie du Parti Libéral du Canada, et donc, au poste de Premier Ministre.
Les prochaines années politiques seront pathétiques, avec le Parti Libéral du Québec qui veut se rapprocher du fédéral et le Parti Libéral du Canada qui veut se rapprocher des États-Unis. Si le PLQ a mis un unifolié à l'Assemblée Nationale du Québec, le Parlement d'Ottawa se dotera-t'il de drapeaux américains une fois Paul Martin nommé Premier Ministre? Ça aurait l'avantage d'être sans équivoque quant à l'identité des véritables boss du pays.
Publié par Bob L'Aboyeur le 04 mai 2003 à 04:28 PM
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