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Cette histoire a commencé il y a quelques semaines, avec la parution d'une "étude" de Pierre Desrochers (il déteste quand je mets des guillemets pour encercler le mot étude, alors, j'en profite), affirmant que la recherche du profit améliorait la qualité de l'environnement. Puis, quelques jours plus tard, nous avons reçu une copie de la correspondance entre un étudiant de sociologie de l'UQAM et monsieur Desrochers, correspondance au cours de laquelle ce dernier refusait manifestement d'étayer ses hypothèses philosophico-économiques par des faits prouvés et vérifiables. Plusieurs lecteurs-trices ont participé au débat entourant la parution de ce texte. Puis, Pierre Desrochers lui-même s'est manifesté à La Tribu, affirmant que l'étudiant ne cherchait qu'à amasser assez de matériel pour le "planter" en public. Nous lui offrons donc ce droit de réplique, bien que nous ne partagions pas le point de vue du texte qu'il nous a envoyé. Nous vous invitons à participer au débat, cette fois-ci avec le principal intéressé lui-même.
Voici sa réponse (on dirait un texte pré-écrit, qui ressemble davantage au teaser de son "étude" qu'à une argumentation) ....
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La croissance économique et l'amélioration de l'environnement sont indissociables.
Pierre Desrochers, Directeur de la recherche, Institut économique de Montréal
La très grande majorité des militants écologistes articulent leur défense de l'environnement sur une vision du monde profondément hostile à l'économie de marché et au progrès technique. Selon eux, la recherche du profit conduit à une forme de croissance économique dont les principales conséquences sont l'empoisonnement de l'air et de l'eau, la surconsommation des ressources, la disparition des espèces animales et le réchauffement planétaire.
Or dans les faits, la presque totalité des statistiques officielles de nos gouvernements et d'organismes comme l'Organisation des Nations Unies nous apprennent au contraire que le niveau de vie des êtres humains et la qualité de l'environnement se sont grandement améliorés depuis plus d'un siècle et que ces tendances positives sont pour la plupart bien antérieures aux réglementations environnementales des trois dernières décennies.
S'il est impossible de résumer en quelques lignes le contenu d'ouvrages et de rapports de recherche faisant plusieurs centaines de pages, on peut illustrer la tendance générale à l'aide de quelques cas.
Par exemple, la qualité de l'air dans les villes des économies développées est aujourd'hui bien meilleure qu'elle ne l'était il y a un siècle et elle ne cesse de s'améliorer depuis des décennies. À Montréal, entre 1974 et 1999, la concentration de plomb dans l'air a diminué de près de 99 %, celle de dioxyde de soufre de 77 % et celles de particules en suspension et de monoxyde de carbone de plus de 70 % chacune.
Si l'on observe des problèmes dans certaines forêts tropicales, le couvert forestier est en expansion dans près d'une soixantaine de pays, dont l'Inde et la Chine.
Les ressources minérales indispensables à l'industrie ne s'épuisent pas, bien au contraire. Les réserves mondiales de pétrole qui sont exploitables sont aujourd'hui 15 fois plus grandes qu'en 1948 et environ 40% plus importante qu'en 1974.
La production alimentaire a plus que doublé dans le monde depuis 1961 et a triplé dans les pays en développement. Depuis 1970, la quantité de nourriture par personne a augmenté de 26 % à l'échelle de la planète, tandis que le prix des denrées alimentaires a diminué de près de 66 % depuis le milieu des années 1950. La consommation alimentaire quotidienne des habitants du Tiers-Monde est passée de 1932 calories en 1961 à 2650 calories en 1998, tandis que le pourcentage de la population mondiale sujette à la famine est passé de 35 % en 1970 à 18 % en 1997.
L'indicateur le plus pertinent est cependant l'espérance de vie des êtres humains. Après tout, si le développement économique et le progrès technique nous sont si dommageables, comment peut-on expliquer que l'espérance de vie dans nos sociétés industrielles avancées est maintenant de 77 ans, tandis qu'elle n'était que de 21 ans à l'âge de pierre, de 30 ans au début de l'ère chrétienne et de 47 ans aux États-Unis il y a un siècle?
Nous sommes donc confrontés à un paradoxe. Comment expliquer que des êtres humains qui sont de plus en plus nombreux et qui consomment de plus en plus de ressources améliorent simultanément la qualité de leur environnement et de leurs conditions de vie presque partout?
La réponse est simple : loin de n'être que des pilleurs de la nature, les êtres humains sont, dans un contexte d'économie de marché, de remarquables créateurs de ressources. En résumé, la recherche du profit amène spontanément les entreprises à développer des techniques moins polluantes, à créer de nouvelles ressources et à trouver de nouveaux usages rentables pour leurs déchets.
La quête de l'efficience
Dans un marché compétitif, une entreprise ne peut survivre qu'en faisant toujours plus et mieux en utilisant moins de ressources ce qui, au bout du compte, diminue son impact sur l'environnement. Par exemple, depuis 1980 la quantité d'eau utilisée par l'industrie américaine a diminué de façon absolue.
Les gains de productivité dans le secteur agricole sont aussi spectaculaires. Par exemple, en 1940 les agriculteurs américains produisaient 56 millions de tonnes métriques de maïs en utilisant 31 millions d'hectares. En 2000, la production de maïs avait presque quintuplé (252 millions de tonnes métriques) tandis que la surface cultivée à cette fin avait diminué de 6,5 % à 29 millions d'hectares. Une portion importante des terres agricoles abandonnées sont depuis redevenues des forêts.
La création de nouvelles ressources
Le système des prix est un mécanisme remarquablement efficace pour favoriser le développement de produits substituts aux ressources qui deviennent plus rares. Il ne restait ainsi qu'environ 50 000 baleines dans le monde lorsque leur chasse connut un déclin précipité dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Pourquoi cette activité fut-elle quasiment arrêtée plus d'un siècle avant la fondation de Greenpeace? D'abord et avant tout parce que de nombreux inventeurs et entrepreneurs avaient développé des alternatives plus économiques et rentables à l'huile de baleine tels que le kérosène et l'ampoule électrique à incandescence.
Quelle avait été leur principale motivation? L'information transmise par le système des prix. En 1831, le demi gallon d'huile de baleine se vendait 0,30 $ aux États-Unis. En 1843, le prix avait plus que doublé à 0,63 $. En 1854, il avait été multiplié par plus de six pour atteindre 1,92 $. Pour faire un parallèle avec les prix du pétrole aujourd'hui, le prix du baril d'huile de baleine atteindra un sommet équivalent à 137 $ aujourd'hui, soit près de six fois le niveau du prix du baril de pétrole au cours des dernières années. Il était donc évident pour un très grand nombre d'entrepreneurs que le développement d'alternatives à l'huile de baleine devait être une priorité.
L'expansion des forêts s'explique en bonne partie par le même phénomène. Par exemple, les métaux, les plastiques et le ciment ont remplacé le bois comme matériau de construction, tandis que le charbon, l'huile, le gaz naturel et l'hydroélectricité ont remplacé le bois comme source d'énergie.
La valorisation des rebuts
Les meilleurs gestionnaires et techniciens ont depuis longtemps compris que, loin d'être rentable, la pollution est une forme de gaspillage qui nuit à la profitabilité de leur entreprise et que la valorisation des déchets est une condition essentielle de leur réussite.
Par exemple, dès 1862, le journaliste britannique Peter Lund Simmonds publie un ouvrage de près de 500 pages intitulé Waste Products and Undeveloped Substances qu'il est obligé de réviser en profondeur et de publier de nouveau en 1873 tant les progrès dans le domaine sont rapides. Simmonds observe que " de quelque côté qu'on regarde, on voit que les choses les plus triviales peuvent être converties en or. Les déchets et les rebuts d'un atelier deviennent la matière première d'un autre ". Pourquoi les industriels agissent-ils de la sorte? Tout simplement parce qu' " à mesure que la compétition s'intensifie, les manufacturiers n'ont d'autres choix que d'examiner toujours plus attentivement les items qui peuvent faire la moindre différence entre le profit et la perte, et de convertir des produits inutiles en produits commercialisables ".
Le diagnostic de Simmonds est partagé par l'une de ses connaissances, Karl Marx, qui observe lui aussi quelques années plus tard dans le livre III de son Capital " qu'avec le mode de production capitaliste s'amplifie l'utilisation des résidus de la production " et que " ce qu'on appelle déchets joue un rôle important dans la quasi-totalité des industries ".
Plusieurs ouvrages similaires à celui de Simmonds seront publiés dans les décennies suivantes en Grande-Bretagne, en France, aux États-Unis et en Allemagne. Par exemple, l'ingénieur français Paul Razous publie en 1905 Les Déchets industriels. Récupération Utilisation, un livre de 379 pages où il décrit en vingt-trois chapitres thématiques l'utilisation des sous-produits industriels dans tous les secteurs d'activité de son époque, des usines métallurgiques et des fonderies aux scieries en passant par les industries textile et sucrière.
Razous observe " qu'en bien des circonstances, il est possible d'employer les déchets et les résidus soit comme combustible, soit comme engrais, soit dans l'alimentation des animaux, soit aussi pour en retirer, par un traitement approprié, des matières ayant une valeur appréciable. " Il ajoute que cette utilisation permet souvent de réaliser un " profit commercial " et " de sauvegarder la salubrité du voisinage " et que " de grands progrès ont été réalisés à ce sujet, dans le cours de ces dernières années, et plusieurs industries sont parvenues à utiliser, à régénérer, à revivifier des déchets et des résidus qui auparavant étaient une cause d'encombrement et d'insalubrité. "
En fait, comme le remarque en 1920 le journaliste Frederick Ambrose Talbot dans son ouvrage Millions from Waste, " raconter l'histoire de toutes les fortunes qui ont été amassées à partir de la mise en marché de ce qui était auparavant rejeté et sans valeur requerrait un volume. Cette histoire est cependant un roman fascinant qui a peu d'égal dans toute la sphère d'activité humaine ".
Le marché et le développement durable
Contrairement à ce que laissent entendre des militants écologistes, le développement durable, c'est-à-dire un développement qui répond aux besoins actuels sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs, a toujours été une caractéristique intrinsèque des économies de marché.
L'opposition fondamentale que ces militants croient identifier entre la croissance économique et la sauvegarde de l'environnement découle d'une analogie boiteuse entre les ressources nécessaires pour assurer la subsistance du genre humain et le fait indéniable que le nombre de prédateurs et d'herbivores dans un écosystème est limité par le nombre de proies et la capacité du couvert végétal de se renouveler de lui-même.
Les êtres humains ne sont cependant pas soumis aux mêmes contraintes en raison de deux caractéristiques fondamentales : 1) ils ont une capacité de créer de nouvelles technologies qui est sans commune mesure avec le reste du règne animal; 2) ils sont les seuls à pratiquer l'échange volontaire (c'est-à-dire le commerce) à grande échelle. Les êtres humains créent donc constamment des ressources et concentrent leurs efforts sur les territoires les plus productifs.
S'il est vrai que certaines situations particulières demeurent problématiques du point de vue de l'environnement dans plusieurs régions du globe, elles résultent presque toujours d'une absence ou d'une insuffisance de développement économique et/ou de problèmes politiques. Force est cependant de reconnaître que l'économie de marché n'a pas d'égale pour canaliser de façon optimale la créativité des individus et encourager l'émergence d'une grande variété de technologies pour résoudre ces problèmes, surtout lorsqu'on la compare aux performances environnementales lamentables des économies planifiées d'Europe de l'Est et du Tiers-Monde.
Comment dès lors s'assurer que les générations futures jouiront à la fois d'une économie plus prospère et d'un environnement plus propre? Tout d'abord en reconnaissant que le legs le plus important qu'une génération laisse aux individus à venir n'est pas une réserve de ressources non-renouvelables, mais les connaissances et les institutions qu'elle a développées pour résoudre ses problèmes. Dans ce contexte, une société qui refuse le progrès et l'avancement des connaissances sous prétexte de préserver le " capital naturel " ne rend aucunement service à sa progéniture et la mène sans doute même à sa perte.
Ce texte est adapté d'une étude de l'auteur intitulée Comment la recherche du profit améliore la qualité de l'environnement qui est disponible à compter d'aujourd'hui sur le site web de l'Institut économique de Montréal (www.iedm.org).
Publié par La Tribu du Verbe le 14 mai 2003 à 09:21 AM
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