La fièvre de Monsieur Séguin

´Plutôt que de nous demander ce que l'État peut faire pour nous, demandons-nous plutôt ce que nous pouvons faire sans luiª Yves Séguin 2003-06-12

Bien humblement, je voudrais m'excuser publiquement auprès des 1 755 863 citoyens québécois qui ont voté libéral le 14 avril dernier. J'avoue que depuis cette date, j'ai presque failli, en fait j'ai carrément rasé, voire même manqué, bref chus venu bien proche de vous mépriser profondément pour avoir délibérément plongé le Québec dans les bras du frisé et de sa bande de scouts, adeptes du toujours prêt... à nous fourrer. En effet, n'était-ce pas le même parti libéral qui sous Lesage, Bourassa et compagnie avait bâti de toute pièce cette machine étatique québécoise gargantuesque ?

Moi qui ai toujours penché pour l'idéal libertaire et qui ai toujours considéré l'État comme l'expression politique du régime économique dominant, moi qui ai toujours craché sur la supposée démocratie qui permet aux pleins de fric de mettre au pouvoir leurs valets, à coups de campagnes électorales coûteuses et de manipulations médiatiques, j'avoue que l'élection du parti libéral m'avait presque plongé dans une torpeur charbonnée.

Après le premier budget du gouvernement Charest et surtout après l'éblouissante re-formulation par Yves Séguin de la célèbre citation de John Kennedy, je suis obligé de vous rendre grâce, chers concitoyens allumés, vous qui aviez découvert bien avant moi la véritable philosophie politique du parti libéral du Québec. "Demandons-nous plutôt ce que nous pouvons faire sans l'État. ª Le valeureux avocat fiscaliste que nous croyions sans éclat, l'honorable Yves Séguin nous révèle enfin sa véritable personnalité profonde, son moi politique viscéral. Et c'est carrément éblouissant. Je vous l'avoue sans honte, chers concitoyens qui avez eu l'illumination libérale bien avant moi, je considère maintenant l'humble député d'Outremont comme mon nouveau gourou. En fait, j'ai définitivement attrapé la fièvre de Monsieur Séguin car je suis persuadé qu'il est en vérité la réincarnation tardive de Proudhon ou de Bakounine, rien de moins. Moi qui me plaignais de ne pas avoir de choix pour placer ma croix anarchiste lors du dernier scrutin, comme lors de tous les précédents d'ailleurs, j'étais loin de me douter que le parti libéral du Québec était en fait un parti libertaire, un parti qui prône la liberté plutôt que l'autorité, un parti qui prône la fin de l'État exploiteur et oppresseur, un parti qui abolira tout d'abord toutes les interventions du Québec Big Brother dans notre vie de citoyen et surtout dans la vie de nos entreprises, pour finalement démanteler et abolir à tout jamais Big Brother lui-même.

Merci infiniment M. Séguin, merci aussi à vous M. Charest. On vous savait prêts, mais là vraiment la preuve est faite, vous étiez carrément bien disposés. Soyez assurés Messieurs, que je respecterai à la lettre votre nouvelle devise et que je "ferai ª dorénavant "sans état". J'arrête d'ailleurs immédiatement de vous faire parvenir mes contributions d'impôt. Lors de la dernière campagne électorale vous nous aviez promis de substantielles baisses d'impôt, maintenant que je comprends mieux les entrelignes de votre programme, je sais qu'en fait, je n'aurai plus jamais à contribuer pour le financement ignoble des entreprises capitalistes suceuses de subventions, pas plus que pour subvenir aux besoins de la multitude de parasites qui font semblant de travailler pour l'État, ni pour les éternels pique-assiette qui bénéficient de façon éhontée des nombreux programmes sociaux improductifs qui pullulent dans les couloirs de vos ministères. Gloire et honneur à vous M. Séguin, grâce à vous, l'anarchie vaincra... enfin !

Publié par Rapporteur Zircona le 13 juin 2003 à 04:15 PM TrackBack Commentaires (5)