Cellule meublée, chauffée et éclairée, prix à discuter


Montage du Capitaine Hadès

Dans le but de continuer à varger sur les plus démunis de la société afin de maintenir le cap sur des baisses d'impôts (qui profiteront, inévitablement, aux grosses poches de l'économie), le Parti Libéral du Québec relance l'idée (loin d'être nouvelle) de faire payer aux détenus une partie des coûts de leur incarcération. Certains citoyens, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur télécommande, se réjouissent de cette nouvelle, jaloux du traitement "de luxe" réservé aux prisonniers, alors que la classe dite moyenne en arrache. On est comme ça au Québec; plutôt que d'exiger l'amélioration collective de nos conditions de vie, on préfère niveller par le bas.

À ce sujet, la Société de criminologie du Québec vient de publier une étude, prouvant ce que tous (à part Marc Bellemare et ses namis nantis du PLQ) savaient déjà: Les prisonniers sont pauvres. Quelle révélation! Auront-ils besoin d'une autre étude pour se rendre compte que c'est la pauvreté qui les a poussé au crime, quand crime il y a? Parce que plusieurs personnes sont incarcérées pour de menus larcins qui ne devraient même pas mériter de prison, mais de simples travaux communautaires.

Les chiffres parlent d'eux-même. 33% des prisonniers bénéficiaient de l'aide sociale au moment de leur incarcération. 28% d'entre eux n'avaient aucune forme de revenus. Et parmi le 33% de prisonniers qui avaient un travail légal avant leur sentence, 90% d'entre eux touchaient une paye moindre que le salaire moyen. Donc, plus de 90% de la population carcérale est constituée de gens vivant sous le seuil de la pauvreté. N'y voyez-vous pas la cause et l'effet?

D'autres chiffres qui font réfléchir: un prisonnier "ordinaire" coûte en moyenne quelque 58 000$ à l'État annuellement. Quand il s'agit de Mom Boucher, ou d'un autre détenu au statut "spécial", les frais peuvent frôler le million. Combien coûte à l'État un assisté social? Un énorme 8000$ annuellement. Ne serait-il pas plus logique, même dans une vision purement économique, de donner davantage d'argent aux assistés sociaux, qui, ainsi, ne seront pas réduits à des actes criminels pour subsister? En donnant 10 000$ de plus annuellement, on économiserait 40 000$ par personne n'aboutissant pas en prison. Et nul n'aurait besoin de se barricader dans son condo, de peur qu'un pauvre vienne lui voler son système de son, son ordinateur ou sa nouvelle télé à écran plat.

Mais cette solution semble relever de l'utopie, puisque notre société valorise davantage les bandits que les démunis. Nous investissons 5 fois plus dans le stockage des criminels que dans la lutte à la pauvreté, pauvreté qui engendre pourtant la majeure partie de la criminalité que l'on retrouve en prison. À mon avis, une personne qui vole ou s'adonne à divers menus larcins pour subvenir à ses besoins essentiels, ce n'est pas de l'esprit criminel, c'est de l'instinct de survie. C'est pourtant ce genre de "crime" qui est le plus sévèrement puni et risque de se retrouver derrière les barreaux. Si l'on ajoute à ce portrait le resserrement des critères d'admissibilité à l'aide juridique que souhaite aussi le PLQ, la politisation d'un système juridique qui fesse sur les pauvres et innocente les crimes de l'élite dirigeante éclate au grand jour.

Si on veut faire payer les détenus pour leur incarcération, va falloir commencer à emprisonner autre chose que des pauvres pour rentrer dans nos frais...

Publié par Bob L'Aboyeur le 25 août 2003 à 12:09 PM TrackBack Commentaires (22)