Question de priorités

Alors que le gouvernement de Jean "Patapouf" Charest coupe dans les services à la population sous prétexte d'un trou de quatre milliards laissé dans les finances par l'ancien gouvernement péquiste, on peut constater dans la pratique que ce gouvernement connait ses priorités. Travaux forcés pour les assistés sociaux et abolition du barême minimum des prestations, resserremment des critères d'admissibilité à l'aide juridique, abandon de la Route verte, fin du remboursement de la Carte Autobus-Métro, etc, etc. Pourtant, malgré tous ces signes évidents de vache maigre, on apprenait il y a quelques jours que Jean Charest a décidé d'éponger la dette de 1,7 millions de dollars des évêques québécois ayant participé à la Journée Mondiale de la Jeunesse à Toronto en 2002. Cette nouvelle n'a pas reçue toute l'attention qu'elle mérite, à mon avis.

Tout d'abord, il s'agit d'une étrange coïncidence, puisque cette annonce a été faite très peu de temps après la visite de Patapouf chez le Pape. Le 30 juillet, Jean Charest baisait la bague papale, et le 8 août on annonçait l'épongement de l'ecclésiastique dette. Aurait-il ainsi monnayé son audience papale, à même l'argent de nos taxes? La dîme est élevée, surtout en ces temps d'austérité...

J'ai contacté le Parti Libéral du Québec afin d'obtenir plus d'éclaircissements sur ce qui a motivé cette généreuse mesure. Personne au Parti ne semblait au courant de cette initiative. On m'a donc transféré au bureau du Premier Ministre, où je me suis entretenu quelques minutes avec monsieur Barrette, l'un des attachés de presse de Jean Charest. Il m'a tout d'abord expliqué qu'il ne faut pas relier les deux événements, qu'il ne s'agit que d'une simple coïncidence. Il m'a annoncé que la décision d'éponger la dette de 1,7 millions a été prise avant la visite papale, par le Conseil des Ministres. Il n'était cependant pas en mesure de me dire à quel moment précis cette décision a été prise par le Conseil. Lorsque je lui ai souligné le fait que cette "décision" n'a été annoncée publiquement que lorsque la population québécoise se trouvait devant le fait accompli, il m'expliqua que "le Conseil des Ministres n'envoye pas de communiqués à chacune de ces décisions".

Ah, la transparence de notre "démocratie"...

Je lui ai donc demandé ce qui justifiait une telle mesure, alors que son gouvernement coupait allègrement dans les services à la population, que seulement 32 000 pélerins québécois s'étaient déplacés à Toronto, que les institutions religieuses comme l'Église Catholique bénéficient DÉJÀ des largesse de l'État par le biais de la Loi sur les corporations religieuses, et que l'Église est assez riche pour pourvoir elle-même à ses besoins. Il m'a redemandé pour quels médias je travaillais, j'ai répété les médias en question (CIBL, Le Couac, La Tribu), et il m'a répondu qu'il n'était pas au courant des détails, qu'il allait consulter son dossier et me recontacter. J'attends toujours son appel, mais j'ai l'impression que j'aurais plus de chance qu'il réponde à mes questions si je lui avais dit que je travaillais pour Radio-Canada ou La Presse.

En bref, l'Église Catholique pourra donc utiliser ce 1,7 millions de dollars tirés à même nos impôts pour financer sa croisade contre le mariage entre conjoints de même sexe, le gouvernement de Jean Charest n'aura pas à répondre de ses actes puisque les médias se désintéressent de la question (la survie de la F1 prends tout leur temps), et l'ensemble de la population continuera de croire que les coupures dans les programmes sociaux sont nécessaires parce que le gouvernement manque d'argent...

Alléluia!

Publié par Bob L'Aboyeur le 13 août 2003 à 04:44 PM TrackBack Commentaires (12)