Vivre et empêcher de vivre

Après avoir passé des siècles à lutter pour séparer les pouvoirs de l'Église et ceux de l'État, nous avons pu voir notre Premier Ministre, l'inféodé Jean "Patapouf" Charest, au Vatican cette semaine. Allait-il demander au Pape de rembourser une partie des frais de ses JMJ de l'an passé, qui ont laissé un déficit de plus de 30 millions de dollars à éponger par les Canadien-nes? Non, Patapouf allait s'agenouiller et baiser la bague papale d'un vieillard rabougri, dans un rituel empreint de testostérone virile.

Le jour même, le Vatican publiait un document approuvé par le Karol Wojtyla, une déclaration de guerre rappellant aux soldats de Dieu leur "devoir moral" de participer à la croisade contre la légalisation des unions entre conjoints de même sexe. Le Pape crache un peu dans la soupe, puisque les gais et lesbiennes auraient probablement relancé le business du mariage, qui perd des parts de marché importantes depuis plusieurs années, en faveur de l'union libre.

Aucune boutique nuptiale de la Plaza St-Hubert n'a voulu répondre à mes questions quant aux implications économiques de ce document du Vatican sur leur chiffre d'affaire.

Je ne suis ni homosexuel ni catholique. Je ne comprends donc pas tout à fait pourquoi des gens voudraient se marier, qu'ils soient gais ou pas. Par contre, je comprends encore moins que des grenouilles de bénitier veulent les en empêcher. Il en va de même pour la sexualité comme pour les choix religieux: ils devraient être personnels, et nullement chercher à s'imposer aux autres. Les gais et lesbiennes n'empêchent personne de vivre comme ils l'entendent. Ils ne condamnent pas ceux et celles qui ne vivent pas comme eux. Ils n'imposent pas leur mode de vie comme une vérité absolue, ne tentent pas de se substituer à la norme, et n'envoyent pas de missionnaires dans des pays pauvres pour "convertir" les populations en échange d'une pitance.

Peut-on en dire autant de talibans catholiques qui vocifèrent depuis quelques temps sur toutes les tribunes publiques?

Le projet de loi canadien prévoit spécifiquement que les confessions religieuses seront libres de refuser de marier des gais ou des lesbiennes, dans un souci de respect des droits de chacun. Mais les lobbys religieux ne luttent jamais pour augmenter les libertés individuelles de chacun, plutôt pour restreindre celles des autres. Ils cherchent à remplacer la Charte des Droits et Libertés par la Bible. Leurs interventions au niveau politique se caractérisent habituellement par une envie de brimer les libertés d'autres groupes, que ce soit en contestant le droit à l'avortement, en condamnant l'usage de contraceptifs à l'ère du SIDA, en s'opposant à l'éducation sexuelle dans les écoles, en niant l'égalité des femmes et les droits des homosexuels, etc, etc.

Ici au Canada, les catholiques représentent moins de 50% de la population. Mais ils ont les moyens de s'offrir un puissant lobby, à même l'argent de nos taxes, puisque la loi sur les corporations religieuses leur permet milles avantages fiscaux auxquels le citoyen moyen n'a pas accès. Et quand ils se drapent de morale, c'est encore plus risible, puisqu'ils sont plus prestes à condamner les relations homosexuelles entre adultes consentants qu'à dénoncer la pédophilie rampante au sein de leurs rangs...

Le Vatican affirme que l'homosexualité est une "dépravation grave, une anomalie, un comportement déviant". Passe toujours, mais la semaine dernière, les "Canadiens contre le mariage entre conjoints de même sexe", un lobby regroupant plusieurs organisations religieuses, affirmait que si on permettait les unions entre conjoints de même sexe, la prochaine étape serait de permettre à des gens de marier des animaux ou leur grand-mère. Ils insinuaient ainsi que l'homosexualité se trouve au même niveau que la bestialité ou l'inceste.

Peut-on trouver une meilleur façon de véhiculer les valeurs chrétiennes d'amour de son prochain?

Publié par Bob L'Aboyeur le 01 août 2003 à 01:45 PM TrackBack Commentaires (10)