Charest attaque les travailleuses des Centres de la petite enfance

Si le Conseil du Trésor peut se permettre de refuser de négocier avec les travailleuses des Centres de la petite enfance (CPE), c'est, entre autres, parce qu'il mise assez cyniquement sur les exigences sexistes de la société à l'égard des femmes.

Culpabiliser la gent féminine est une stratégie qui a fait ses preuves, en particulier à propos des enfants: comme l'écrit Andrea Dworkin dans Pornography: Men Possessing Women, "une mère n'en fait jamais assez, à moins qu'on ne l'accuse d'en avoir fait trop, et ce quoi qu'elle fasse".

La plupart des "théories" qui ont cours en éducation, en psychologie, en travail social et en santé publique sont un procès incessant fait aux mères, dépeintes aux futurs-es intervenants-es comme la pire menace planant sur leurs enfants et les premières responsables des problèmes qu'elles vivent, même si ces difficultés s'expliquent aisément par des manques concrets de ressources essentielles, tout comme dans les CPE.

Ce modèle familial, où les femmes sont tenues pour responsables de tout et n'ont souvent comme compensation pour leur travail qu'une mièvre carte de souhaits à la "Fête des mères", est probablement le modèle politique qui permet d'ignorer - et même de menacer de désyndicalisation - les travailleuses des centres de la petite enfance. On exploite leur dévouement pour mieux les dépouiller.

Le gouvernement provincial mise sur leur amour des enfants des CPE pour les discriminer et laisser se dégrader - leurs conditions de travail, quand il ne les sape pas activement. Il espère que toute action politique de ces travailleuses leur vaudra la réprobation populaire. Les éditorialistes réactionnaires parleront - c'est sûr - d'"enfants pris en otage" sans assigner un iota de responsabilité au gouvernement Charest, tout comme on voit souvent les médias accuser de "prise d'otages" les mères qui cherchent à protéger leurs enfants au moment d'un divorce en demandant de quoi les nourrir ou en tenant un agresseur à distance. Mais cela risque de changer bientôt radicalement.

En effet, le gouvernement fédéral fait preuve de la même stratégie cynique d'exploitation du dévouement des femmes en proposant le retrait, dans une nouvelle Loi sur le divorce - projet de loi C-22 -, de toute reconnaissance du parent qui assure la *garde* effective des enfants. En retirant la notion même de "garde" de la loi (prétendument pour protéger les sentiments et l'image de celui des parents qui ne fait pas ce travail...), on mise apparemment, à Ottawa, sur le fait que les femmes chercheront suffisamment à protéger leurs enfants pour continuer à leur prodiguer quasi-seules ces soins quotidiens, mais sans que ce travail leur soit crédité.

En effet, si la nouvelle loi est adoptée telle que proposée par le ministre Cauchon (l'ex-avocat de Jean-Guy Tremblay contre Chantal Daigle en 1989!), elles devront le faire sans la reconnaissance et les droits (autonomie, pension alimentaire, autorité) que la loi actuelle du divorce reconnaît plus ou moins à celui des parents qui continue à assurer la presque totalité du travail domestique que lui laissait son conjoint avant la rupture, y compris le soin des enfants.

Pour plus de renseignements au sujet de cet inquiétant projet de réforme, applaudi par les associations de mauvais payeurs de pensions alimentaires, voir http://www.anfd.ca et http://www.owjn.org. Et parlez-en autour de vous!

Martin Dufresne, Secrétaire

Collectif masculin contre le sexisme

Publié par Martin Dufresne le 21 septembre 2003 à 12:51 AM TrackBack Commentaires (0)