Enseignant(e)s, taisez-vous!

Il arrive parfois qu'un enseignant ou qu'une enseignante fasse la manchette des journaux pour être allé apparemment trop loin devant les futurs citoyens que sont les adolescents. On n'a qu'à se rappeler l'enseignant qui avait proposé une lecture empreinte de sexe pour voir que ce n'est pas la première fois que la population est appelée à se prononcer sur les limites qu'un enseignant a le droit de franchir. Là, c'est le comble. On a touché l'intouchable. On a sali Patapouf. Christian Tremblay a utilisé une photo plastifiée du Premier Ministre comme paillasson devant sa classe.

En fait, la question est simple. Pour amener les jeunes à s'éveiller à l'actualité, un enseignant a-t-il le droit de faire le l'humour engagé ou doit-il se limiter à l'enseigner? Je lance la question. Pour ma part, je crois que si nous pouvons tolérer que les politiciens se payent continuellement notre gueule (par des promesses non tenues, des pots-de-vin, des secrets, etc), nous avons la responsabilité de jouer le jeu. Dans la même veine, il ne faut pas oublier que c'est notre société qui a décidé que le modèle à donner aux élèves en est un de liberté de pensée et de critique sur le monde. Pour ce faire, l'humour est l'une des voies à explorer pour amener ceux qui conduiront cette société de demain à s'investir dans la construction d'un monde meilleur; d'un monde tolérant qui ne s'offusque pas devant la moindre image. L'école n'est-elle pas l'un des seuls endroits où des idées se débattent? et émergent?

L'une des missions de l'école est donc d'apprendre aux adolescents à s'intéresser à l'actualité afin qu'ils deviennent des citoyens responsables et conscients. Y parvenir n'est pas une mince tâche et il serait faux de dire que les élèves des écoles secondaires du Québec se sont sentis concernés par les récentes coupures annoncées en éducation. Pas plus qu'ils se sentent concernés par un Ministre qui magouille avec Groupe Action, par un Ministre qui pige dans la caisse de dépôt, par un autre quiÖ L'image de Jean Charest piétinée lors de la rentrée incarne un événement d'actualité d'importance, une coupure qui n'a pas sa place. En d'autres mots, c'est une décision du parti Libéral du Québec qui a été visée et qui d'autre que Jean Charest peut la symboliser? Si je suis la logique de ceux qui condamnent le geste, je comprends qu'on demande aux enseignants de ne pas se rire de la politique et ça, ça me fait peur. Un exercice de lucidité comme celui-ci, c'est-à-dire rire du sérieux avec des jeunes, c'est un exercice d'éveil.

La littérature engagée tient une place de choix dans le Programme de Français, langue d'enseignement, au Secondaire. Le Ministère de l'Éducation en a décidé ainsi. Il va donc de soi que les enseignants s'aventurent sur le terrain glissant de la politique, que ça soit par le biais des textes présentés aux élèves ou par la façon de traiter l'actualité. Va-t-on dire aux enseignants " réveillez nos jeunes et sortez Britney Spears et Tommy Hilfinger de leur tête, mais ne parlez pas contre la pub, la politique, etc."? Préparez-les à argumenter mais, soyez prudents enseignants et surtout, ne demandez pas trop! Si vous voulez être drôles et motivants, faites-le à la douce et imitez les pub de PepsiÖ y'en aura pas de problèmes, sauf si Pepsi finance votre écoleÖ

Je refuse que l'on bâillonne les enseignants devant nos hommes politiques.

Pour enseigner aux adolescents à être libres et critiques devant la société et la politique, il faut l'être soi-même. Sans haine bien sûr!

Publié par Lyse Thérique le 10 septembre 2003 à 06:43 PM TrackBack Commentaires (23)