Ecrits et Bibliothèque

Écrits de notre psyché.

Les écrits constituent aujourd'hui la principale source de ce que les cerveaux humains ont imaginé et pensé. Nous avons, depuis 5,500 ans, une documentation unique qui nous permet de connaître les états de notre psyché, de nos imaginaires, nos pensées diverses et nos intérêts. Quel type de cerveau alors détruit en connaissance de cause des bibliothèques, des musées, des universités, des monuments historiques, des cimetières et des mosquées?

Prenons l'exemple des Serbes de Bosnie qui cherchaient à oblitérer toute présence islamique du territoire. Ils se sont acharnés à détruire les signes de cette présence: ìThere never were any mosque in Zvornik" (Branko Grujié, maire autoproclamé). Il y a des milliers d'exemples dans l'histoire. L'acharnement à détruire les mémoires d'une présence humaine autre. Quelle est donc la nature de tels cerveaux qui détruisent d'autres cerveaux parce qu'ils en détruisent la mémoire dûment consignées dans l'écrit?

Ce type de cerveau doit secréter une sphère imaginaire qui renferme le monde de sa vie propre, qui devient alors le seul monde possible. Le cerveau vit alors dans l'univers ainsi créé, son univers proclamé le seul univers. Tous ceux et celles qui n'y adhèrent pas, appartiennent à d'autres mondes imaginaires qui sont qualifiés et évalués comme des sous-mondes, ou des mondes aux antipodes. L'adhésion n'est qu'une forme d'habitation dans cette sphère secrétée, sphère qui, tout en étant imaginaire, c'est-à-dire concoctée de toutes pièces, constitue le réel de l'existence. Ainsi, autre exemple, Bush et sa compagnie d'illuminés, ont recréé ou réanimé un monde qui a subsisté pendant plusieurs siècles durant la période dite du Moyen-¬ge. Dans ce monde-ci, ils ont explicité les conséquences concrètes de la vision restaurée tant quant à la politique intérieure qu'à celle étrangère. L'ignorance crasse est au rendez-vous: l'inculture, la méconnaissance de l'autre, de l'histoire globale, donc des mémoires transmises de siècles en siècles, produisent des effets désastreux. Et bien sûr, les cerveaux en cause feront toutes les pirouettes philosophiques et théologiques pour s'autojustifier. Ces cerveaux s'emmurent dans l'exclusivisme doctrinaire. La métaphore? C'est qu'ils détruisent en esprit les bibliothèques du monde.

Les terroristes ont fait de même; ils continueront. Il semble bien que les cerveaux humains ont cette propension ou cette disposition à secréter les tours de leur enfermement, tours décrétées aussitôt imprenables (lisez incontournables) ou absolues. Or, il ne suffit pas de prendre acte de ce fait fondamental. Il importe de scruter la ìbibliothèqueî où se condense l'essentiel de l'autojustification du monde fermé inventé. La scruter, l'explorer, l'analyser, sont exactement l'opposé de la détruire.

Les humains sont à une croisée des chemins. Soit poursuivre la destruction, soit s'explorer pour mieux se connaître et se comprendre. S'explorer veut dire concrètement consulter les bibliothèques du monde où toutes les sources écrites de l'armature, de la facture et de la substance de notre psyché sont en principe conservées. S'explorer pour déceler nos récits sur le monde et sur nous, y plonger afin d'en dégager des pistes de ìconnaissance de soiî. Que signifie tel ou tel récit veut dire que raconte tel récit sur la psyché humaine puisque tout récit sur le monde et la vie émane d'un cerveau humain qui s'offre un miroir de son humanité.

On peut deviner toute l'importance des bibliothèques, des archives et des livres. En conséquence, l'importance primordiale de la lecture. Donc, détruire des bibliothèques, c'est cesser de lire, tuer la langue, meurtrir la psyché qui s'y loge. Or, nous ne survivons que par et en elle. C'est détruire toute humanité: adieu Confucius, Homère, Isaïe, Aristote, Cicéron, Rabelais, Dante, Molière, Shakespeare, Swift et tous les écrivains du monde.

Note: Les dirigeants des Etats-Unis se sont toujours vu comme les ìtuteurs de l'humanité en pélérinage vers la perfectionî (cité de Reinhold Niebuhr, NYRB, 9 octobre , p. 10)! Ce qui mériterait une autre glose.

Publié par Hermès le 13 octobre 2003 à 05:58 PM TrackBack Commentaires (2)