Réingénierie 2

Plus on y pense plus le terme "réingénierie" recouvre une logique stupide. Mais il faut dire pourquoi. Je ne suis jamais certain de bien décortiquer les logiques. Ainsi, c'est une hypothèse. Le texte pivote autour de la notion simple de représentation et du fait que le privé est polarisé par le profit. But qui domine tous les autres.

Celui qui est élu pour représenter la quête de chacun et proposer une vision du bien commun (vieille idée de 2,300 ans) va confier à une bourgeoisie tout ce qu'il peut. Le seul but réel de cette bourgeoisie est son intérêt, l'intérêt privé. Or, cet intérêt pourrait être à la fois pour tous et pour le privé (lire l'individu ou la personne corporative gérée par des individus en quête de leurs intérêts).

Cependant, si tel est le cas, il ne s'agit que de camouflage ou d'une autojustification afin d'habiller la seule réalité auquelle croit le privé, à savoir l'enrichissement. Pourquoi? Parce que par définition, le privé suppose le non-partage, car il est en deça du commun et contre ses visées. Le pour soi est au-dessus du pour tous. A la limite, la "force" qui anime le privé est celle du désir du "soi", du bien du "soi". (Cette force dite invisible, n'a en soi pas de loi sinon de tout attirer à soi. Tout l`art des ressources humaines est polarisé pour que le soi en profite le plus possible car seul comptent le soi et son désir.)

Or, ce parasitage (des ressources possibles et des personnes) renvoie au personnage de Narcisse et au piège-miroir qui l'enferme en lui-même. Le marché est fondamentalement narcissique quand il fonctionne selon la prémisse que la "force-désir du soi" (du privé) est la seule véritable force. Or, l'attraction, i.e. attirer en soi les biens (les ressources actives et potentielles) c'est en toute logique imposer un mouvement d'accumulation plutôt que de circulation et d'échange. Toute circulation et tout échange sont subordonnés à l'accumulation. L'accumulation pour l'accumulation (tiens, je pense à Baudrillard, La société de consommation publié il y a longtemps, il me semble!)

Mais pourquoi l'accumulation? La seule réponse du gouvernement Charest est "pour l'accumulation", car le privé n'est que pour le privé. L'État est trop lourd, trop dispendieux, pas assez de profit, blah, et blah! Réingénierie, dites-vous? Pourquoi pas "détournement" des finalités de la vie sociale? L'oubli majeur, c'est la réinvention de l'État.

La "res publica" n'est pas une boîte ou une machine, ni une mécanique. C'est la vie de tous. Or, tous n'aspirent qu'au bien-être et à la liberté. Pourquoi? Et ici, le mot honni depuis belle lurette revient à la surface. Pourquoi ne pas reconnaître que le profit n'est qu'une des formes du plaisir. et que le plaisir revêt chez l'humain toutes sortes de facettes. Précisez ce que cela signifie relève de la dynamique sociale des échanges où se précisent les valeurs.

Or ce que le gouvernement de Charest fait, c'est qu'il décide de courtcircuiter le processus d'échange et d'imposer la quête du profit pour le profit (il n'y a pas d'autres facettes du plaisir possibles). Et ce profit n'est réservé qu'à ceux et celles qui sont en mesure de le chercher, qui sont dans le processus d'accumulation.

Quant à la logique de la représentation, elle est détournée par l'idée que le vote c'est un mandat en blanc. Il table sur la représentation du peuple par le peuple par les délégués dont il n'est que le primus inter pares pour servir des intérêts privés. Détournement radical de la représentation pour ne pas dire dénaturation. la réingénierie sape à sa base la réalité de la représentation. Charest se tire dans les pieds qui sont censés le "faire tenir" debout. En d'autres termes, il se doit d'incarner le bien de tous, mais sa logique est issue du marché qui affirme que tout est marché.

Publié par Hermès le 27 octobre 2003 à 11:58 AM TrackBack Commentaires (1)