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Le Journal de Montréal nous offre, depuis quelques jours, une série intitulée "Sept jours dans la peau d'un Noir". Dans cette série de reportages, Stéphane Alarie, le journaliste, se déguise en noir et tente différentes expériences, telles que louer un appartement, entrer dans un bar, faire du pouce, etc.
Expériences souvent concluantes, le monsieur se fait refuser l'entrée de certains bars, offrir moins d'argent pour des objets qu'il veut vendre, poireaute sur le bord de la route pendant une heure déguisé en noir, alors qu'il se fait offrir un transport au bout de seulement quelques minutes en blanc. Bref, il y a des préjugés dans la société et pas seulement des préjugés, mais aussi de la discrimination et une certaine ségrégation.
On peut toutefois se poser une question sur le travail de ce journaliste fort maquillé: pourquoi n'a t-il pas tout simplement interviewé des membres de la communauté noire de Montréal, ou de la banlieue. Le témoignage d'une personne de couleur a t-il si peu de valeur qu'il faille se faire passer pour noir pour arriver à comprendre ce qu'ils vivent? Les noirEs sont-ils si écrasés qu'ils n'osent sortir en public contre la discrimination?
Je ne crois pas que les deux dernière hypothèses puissent s'avérer, puisque la communauté noire dispose de plusieurs organismes qui militent pour la défense de leurs droits et qui auraient été, sûrement, disposés à témoigner de ce qu'ils vivent. Quant à l'idée que la parole d'unE noirE ait moins de valeur que celle d'unE blancHE, je ne crois pas que le Journal de Montréal fasse dans le préjugé à ce point. Mais pourquoi alors ont-ils donc choisi de faire supporter à un journaliste blanc "cinq heures de torture par jour"1 pour le travestir en noir plutôt que d'interroger directement des personnes de couleur? À mon avis, la réponse réside en grande partie dans l'espace considérable (3-4 pages par jour) consacrées à cette série: l'idée fait vendre le journal. L'autre part réside, j'espère, dans un objectif que je suppose, de jeter la lumière sur les préjugés et discriminations dont sont victimes ces personnes.
Cela rappelle l'expérience d'un autre journaliste, allemand, celui-là, Günter Wallraff, qui a vécu pendant deux ans déguisé en Turc, en Allemagne. L'expérience était toutefois d'une autre ampleur. Wallraff a vécu parmi les Turcs, partageant leurs quotidien, souvent très difficile. Au cours de ces deux années, il nettoiera les toilettes chez McDonald, servira de cobaye pour des produits pharmaceutiques, travaillera jusqu'à 16 heures par jour dans une usine de nettoyage industriel, etc. Il sortira de ces deux années avec des souvenirs, non seulement dans le livre qu'il a écrit, Tête de Turc, mais aussi sur sa santé. La sortie de son livre, mal reçu par la presse durant les premiers jours, a réussi à provoquer une profonde réflexion, dans la société allemande des années quatre-vingt, sur le sort réservé aux étrangers.
Dans les deux cas, toutefois, une question se pose: pourquoi avons-nous, en tant que société, besoin d'un tel subterfuge pour nous ouvrir les yeux sur la situation de certains de nos concitoyenNEs?
1 Journal de Montréal, vendredi 3 octobre 2003
Publié par Capitaine Hadès le 05 octobre 2003 à 08:24 PM
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