Jacques Brassard récipiendaire du prochain Jean-Baptiste Cugnet 2003

Nous avons reçu ce texte de de Jean et Serge Gagné. Nous vous invitons, comme d'habitude, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse webmestre@latribuduverbe.com.

JACQUES BRASSARD RÉCIPIENDAIRE DU PROCHAIN JEAN-BAPTISTE CUGNET 2003

Nous joignons un texte que nous avons adressé à Jacques Brassard, l'éditorialiste du Quotidien, suite à un éditorial (Mercredi 29 octobre 2003) dans lequel il se permettait de planter la mise sur pied de la Fondation Rivières. Vous pouvez en prendre connaissance. Nous pouvons vous fournir une photocopie du papier de Brassard. L'objectif de la publication de ce texte est de tenter de lui faire gagner le Prix Jean-Baptiste Cugnet 2003 remis chaque année par l'Aut'Journal pour trahison à la société des hommes et des femmes dans ses tentatives de se libérer des usurpateurs. Merci d'en prendre connaissance,

Serge gagné

Jean Gagné

COMMENT TAIRE L'HUMEUR

"Ils ont passé la camisole de force à nos rivières tumultueuses"

(Paul-Émile Borduas dans Projections Libérantes)

Nous prenons connaissance un peu sur le tard de votre fantaisiste éditorial paru dans Le Quotidien du mercredi le 29 octobre 2003.

C'est un ami, Russel Bouchard, qui nous l'a transmise avec la salve qu'il vous décochait pour rétablir publiquement votre état de serveur à une cause qui s'amuse depuis des lustres à détruire pour construire ce fameux "progrès" qui nous recule toujours plus loin de la sagesse, de l'équilibre et du juste milieu pour encore nous retourner à la barbarie de "droit divin".

À lire votre savante érudition, dans quelques siècles, pour répondre aux exigences de ce "progrès", il faudrait donc qu'un barrage déchire chaque rivière dont les berges auront toutes été "condoïsées", tant la croissance de cette fameuse consommation ne devrait qu'aller en augmentant et que notre obligation n'en soit que d'y répondre et de la satisfaire, peu importent les conséquences.

Sérieusement, croyez-vous que nous vous laisserons continuer à enfirouâper la société des hommes et des femmes en leur faisant miroiter ce genre de "progrès" comme notre seul destin immuable?

Du béton, toujours plus de béton, voilà votre crédo. Il y a d'autres alternatives que d'écouter vos piaillements nous vantant les bienfaits de la destruction sous prétexte que la nature est un être inférieur et outil au service de ceux qui ne voient aucune anomalie à promouvoir des plans administratifs suicidaires.

À la lumière de vos pontifiantes envolées, nous nous interrogeons sur le désastre de ces mausolées qu'un capitalisme grégaire et opportuniste a fait pousser dans notre Royaume (comme partout ailleurs). Votre travail d'éditorialiste n'est-il pas de rendre compréhensible le boulot de ces petits "politichiens" incapables de se rendre compte qu'on se faisait fourrer à fonds la caisse et que les courtisans n'avaient en tête que les deals les plus inhumains et les plus anti-sociaux.

Quant à nous, si un film sur ces brûlantes questions était entrepris, nous n'y raterons pas l'occasion de décrire publiquement ces vendeurs du temple qui, en catimini de tout mouvement démocratique, continuent à négocier, céder, renouveler, en cachette et à la sauvette, des droits d'exaction et de spoliation sur nos rivières et nos ressources.

Et surtout n'essayez pas de vous faire "des à-croire" en pensant que nous, du Québec, artistes, citoyens-nes, devrions être complices et d'accord avec ces manoeuvres et décisions douteuses, politiques, écononomiques, qui ont conduit à des négociations dans notre dos et dans le seul but de répondre à ce "progrès" qui fait tant l'affaire des gagnants de l'écoNoNomisme grégaire et réactionnaire.

Pour maquiller la bétonnite aiguë, pourquoi n'énoncez-vous que des demi-vérités? Vous vous référez à votre politique de l'énergie de 1990; mais comment se fait-il que vous cachez que déjà, en 1991, des gens s'interrogeaient sur certains aspects de cette manie de l'électrocution à outrance de notre pays pour ne répondre qu'aux seuls besoins des consommateurs d'énergie?

À vous lire, et pour suivre la logique de ce "progrès" qui veut toujours plus d'énergie, voulez-vous nous dire que pour répondre aux besoins de la Planète nous serions condamnés à ne produire et qu'à livrer la marchandise pour faire entrer des devises dans les coffres? Peut-on ne pas être d'accord avec ce genre de "progrès"?

Peut-on questionner un éditorialiste qui ronfle des sornettes avec une pointe d'humour digne d'un fat qui veut cacher qu'il est bien sot? Est-ce la manière de ne pas répondre aux véritables questions que suggère l'action des artistes contre la flopée de barrages qui pousseront dans chaque coin où il y a une rivière un peu tumultueuse?

Pourquoi, si imbu de votre position, vous donnez-vous le droit de ridiculiser des êtres humains responsables qui font le travail que des personnages de votre acabit ont refusé, refusent et refuseront de faire.

Ces humains dont nous parlons ici ce sont des artistes que vous vous permettez de diffamer sur leurs réelles intentions et motivations.

Ce sont des êtres qualitatifs et non des larbins faisant la promotion d'un "progrès" de béton, de compteurs, de cadrans, de camps de travail, pour détourner la richesse et l'usufruit collectif des ressources en générateurs de petites dividendes pour actionnaires.

Que ces artistes participent "à la société du spectacle" qui fait leur affaire, on pourrait le mettre en doute. Leur prise de position pourrait nous amener à les soupçonner de racolage. Mais nous pensons que leur engagement n'est pas un "reality show". Oui, ils sont prisonniers d'une image qui peut leur échapper. Mais cela ne leur enlève pas que ce ne sont pas juste des images; derrière se cachent des citoyens-nes qui peuvent encore réagir et prendre partie.

Nous sommes heureux de penser que l'être humain est capable de trouver son chemin et d'avancer dans la vie malgré quelques embûches. L'Homme est capable de trouver des solutions non pas en allant toujours au plus facile, mais aussi quand des variables insurmontables surgissent.

Il faut croire que vous et vos disciples n'en êtes pas. Lorsque la voix des citoyens se fait entendre pour dire que "trop c'est assez", des gens à courte vue dont vous êtes l'étendard ne pouvez la supporter, l'entendre, l'écouter et lui donner sa juste place. Non. Vous vous empressez de faire votre petit travail de réducteur en essayant d'enfermer ce geste responsable comme un soubresaut de cette société "civile", ce ghetto où vous enfermez, artistes, écologistes, humanistes, féministes, socialistes, communistes, internationalistes, anti-mondialistes. Vous le clôturez avec le barbelé du mépris, de la contre-information, en espérant que par ce magouillage vous aurez mis en place ce qu'il faut pour ne pas choquer, déranger votre confort.

Votre prise de position mérite que vous soyez identifiés dans le camp de ceux-celles qui s'opposent à la société des hommes et des femmes qui, aujourd'hui, veulent questionner ces ententes secrètes qui nous ont vendus corps, âmes, territoires et ressources pour assurer l'avancement de ce "progrès" plein de petits chefs, de capos et de gardiens.

Comment souffler votre aveuglant fanal? En vous convoquant sur la place publique pour vous donner la gifle du déshonneur et vous coiffer du bonnet d'âne des détrousseurs de territoires?

En vous mettant en meilleure position sur notre liste de recommandations pour le prochain Jean-Baptiste Cugnet?

Soyez certains que nous n'utiliserons pas le béton mais le réacteur de la parole et du geste responsable. Par là seulement il y a possibilité de retrouver le fil d'une vie libre d'entraves, de cadrans, de compteurs au service du seul profit de la caste qui exclue du partage la société des hommes et des femmes qui le méritent.

Tiens, une nouvelle encore pleine de mauvaise foi pour continuer à paver la voie à ce béton tellement gage de "progrès": paraît-il que Hydro Québec aurait eu un 3ième semestre moins lucratif que l'an dernier parce que sa production aurait dû répondre à une demande intérieure accrue, ce qui l'aurait empêchée de détourner vers l'extérieur les Mégawatts d'électricité qui emplissent ses coffres grâce au jeu du marché dérégularisé pour ce bien essentiel.

On ose imaginer le scénario que suivra cette société quand elle aura reçu le mandat de privatiser la gestion de l'eau. Pour répondre aux lois du "progrès", lire "capitalisme sauvage", gageons qu'il faudra surpayer la consommation intérieure pour équivaloir à l'argent qu'on ferait si on la vendait aux pays qui n'en ont pas. Sans oublier les suppléments nécessaires pour payer les stocks options du PDG capable de vendre un bien essentiel, à un prix sauvage, et ce, sans sourciller, car protégé par le catimini des officines.

Ce qui n'est pas dit dans le cas de notre Géant de l'énergie, c'est que cet état de fait vient d'une maladie congénitale de notre bébé dont on est si fier: pourquoi ne parle-t-on jamais des sommes folles que cette corporation privée a dû emprunter pour se rendre où elle est? Par ce fait, ne s'est-elle pas créé une dette personnelle fort juteuse qui la rend vulnérable et dépendante des volontés des prêteurs sur gages qui ont financé son développement? Serait-ce la pointe d'un talon d'Achille?

Qu'est-ce qui nous empêche de penser que cette situation particulière ne place pas notre bébé en situation vulnérable pour le paiement de ses dettes et dès lors très malléable lorsqu'il s'agit de la négociation des conditions à de nouveaux emprunts pour financer ses développements?

Pourrait-on imaginer que pondre ce scénario du harnachement de l'ensemble des rivières ne serait pas une de ces conditions "secrètes" l'obligeant à surproduire de l'énergie pour le marché de ce capitalisme sauvage? Pourrait-on penser que ce "maximalisme obligatoire" n'est qu'une conséquence de l'asservissement de cette société aux profiteurs qui imposent "le progrès" par la surconsommation, la conquête de nouveaux marchés, l'imposition de nouveaux besoins par l'entremise de la publicité carnassière et de toutes autres manoeuvres d'intégration, de convergence et de synergie.

Prenons ainsi le cas de l'Alcan, cette compagnie énergivore dont le réseau a échappé à la nationalisation de 1962. Pourquoi d'ailleurs?

Avec son réseau qu'elle alimente avec nos ressources, elle exige de devoir produire toujours plus.

Qui la contrôle? À quoi sert cette surproduction? Pour vendre ou pour ses besoins en sachant que depuis toujours elle n'en a jamais payé le juste prix?

Historiquement, il y a eu des ententes. Peut-on penser qu'elles n'auraient pas été conclues en bonne connaissance de causes? Le respect de la parole, les préoccupations, les obligations, les responsabilités de toutes les parties y sont-elles garanties?

Nous croyons que des deux côtés du mur il faut mettre des HOLAS à ces bétonnages dommageables et regarder plus loin. Il en est encore temps.

Le progrès, en ce début de millénaire, ne serait-il pas de corriger et repenser cette spoliation de droit divin?

Serge Gagné, cinéaste

Jean Gagné, cinéaste

Publié par La Tribu du Verbe le 30 novembre 2003 à 12:18 PM TrackBack Commentaires (4)