Les bêtises de Dieu

La première fût de se multiplier. Impossible de reconnaître un visage ou une appartenance ou une personnalité. De plus, il s'est laissé prendre par l'angoisse, alors il s'est réfugié au creux de l'imaginaire d'une bête assez sombre qui le sort du placard pour le porter comme étendard à chaque fois qu'elle sème terreur, rage et sang. Classer dans "Bonne nouvelle", mais ça aurait pu être dans "actualité internationale"! Petite histoire des esprits qui mènent le monde.

Les visages sont tellement variés et colorés qu'ils sont perçus comme des personnalités différentes. On ne sait plus si ce sont simplement des visages ou si ce sont des êtres distincts. Tous les animaux clament que leur souverain - parfois ils en ont plusieurs - et qu'il ou elle parfois - possède la personnalité la plus adaptée aux conditions et aux circonstances de ce monde. Ils lui dédient toutes sortes d'objets très hétéroclites par ailleurs, différentes espèces de plats, parfois des animaux-humains, finement coupés, rarement cuits, ainsi que moultes parades et fêtes. Chaque personnalité a ses exigences, ses besoins, ses caprices et susceptibilités. L'une rougissait facilement, l'autre sautait de couche en couche, une autre, un moment était amoureuse et quelques instants plus tard, colérique, suivie d'une dépression. Un autre faisait le surveillant, un autre, le boudeur, le mélancholique, le justicier, le paternel capricieux.

Les animaux regardaient sans cesse vers les cieux où un metteur en scène était censé animer des spectacles variés et divers selon les heures et les saisons ainsi qu'offrir des lucarnes publicitaires. Certains aimaient à jouer à cache-cache avec les justes et les salopards. D'autres envoyaient leurs bataillons semer la pagaille et même le carnage ou leurs messagers pour diverses missions.

Des histoires de divinités, il y en a de salées. Il y en a même un qui, après une grande déception décide de tout éliminer, se ravise et se dit qu'il allait au moins sauver un pauvre bougre, constructeur de navire de surcroît, pour tenter l'expérience de création une deuxième fois. Un autre a développé la phobie de la pureté. Tantôt il nettoie avec du feu, par des messagers qui torturent, ou par des bras de fer. Il veut que tout soit toujours réglé: faites ceci tant de fois par jour, de telle et telle manière; purifiez-vous l'intérieur; ne vous donnez pas trop d'occasion d'être impurs; cachez ce sexe que je ne saurais voir. Il aime entendre l'écho de son nom, comme ça il sait qu'on pense tout le temps à lui.

Un autre, profondément déçu de la tournure des événements qu'il a mis en branle, s'est décidé à s'accoupler avec sa propre créature sans que cela ne paraisse trop, puis se retire aux cieux en gardant un oeil sur ce qui se déroule. Il a du intervenir à quelques reprises pour sauver fiston. Finalement, lors d'une crise d'orgueil mêlée à une dépression, il est tombé dans le délire total. Il laisse les créatures trucider le fiston: "comme ça je vais les tenir quitte, la dette sera payée pour m'avoir insulté si facilement, puis je vais m'arranger pour qu'il revienne à sa place à côté de moi. Pour le reste, les créatures se débrouilleront. D'ailleurs, elles pourront toujours avoir un petit repas cannibalistique pour se refaire des forces". Tant d'autres historiettes parcourent les lieux de la rumeur.

Ainsi, personne ne sait vraiment quel personnage sortira de l'encéphale et même, si quelqu'un se rends compte de la richesse créatrice des animaux qui nomment tout par eux-mêmes et qui fabriquent toutes sortes d'outils. Est-ce que les histoires des dieux sont une autre astuce pour cacher le miroir dans lequel ils se mirent?

Publié par Hermès le 25 novembre 2003 à 09:51 AM TrackBack Commentaires (1)