Les CPE et le PLQ

"Monsieur Charest, vous n'avez pas été élu pour ça!"

Oui, ils avaient promis lors de la campagne électorale de ne pas toucher aux CPE et de laisser la contribution parentale à 5$ par jour. Mais le parti Libéral de Jean Charest est vite revenu sur ses engagements en annonçant, dès son entrée au pouvoir, que l'ensemble des politiques gouvernementales allaient être étudiées et restructurées, y compris le programme de garderies à 5$.

Pourquoi augmenter la cotisation parentale?

Jean Charest et sa bande se sont fait élire sous un discours de priorités aux secteurs de la santé et de l'éducation et sur la promesse d'une réduction d'impôt pour les contribuables québécois. Au moment de son élection, le mot réingénierie n'existait pas encore. Et malheureusement, durant toute la campagne électorale, personne n'a cru bon rappeler à l'électorat que derrière le prix de nos impôts figurait le prix des services que nous nous payons en tant que société; et qu'il était malvenu de les réduire dans un contexte où nos besoins en tant que société étaient grandissants, plutôt que le contraire.

Mais de toutes manières, le parti Libéral n'allait pas se contenter du motif de la baisse d'impôts pour justifier son massacre à la tronçonneuse.

Le mensonge du gouffre financier

Dès leur accession au pouvoir, les Libéraux se sont dépêchés de faire intervenir l'ex-vérificateur général Guy Breton, qui est venu dire aux Québécois et aux Québécoises que le budget du Québec était épouvantable, qu'il y avait là un trou de 4,3 milliards de dollars. L'histoire a été reprise par une majorité de médias, de sorte qu'à l'heure actuelle, la plupart des gens croient à l'existence de ce gouffre financier.

Malheureusement, peu de journalistes ont fait état que ce constat de Guy Breton s'établissait sur la prévision budgétaire du parti Québécois. En d'autres mots, ce que monsieur Breton a raconté (véritablement) c'est que le budget Marois aurait (toujours selon monsieur Breton) révélé une impasse budgétaire de 4,3 milliards s'il avait été adopté et mis en úuvre.

Comment Guy Breton en est-il venu à la conclusion que le budget Marois cachait une impasse de 4,3 milliards de dollars? Grosso modo, Guy Breton estimait que les péquistes avaient prévu beaucoup trop de revenus et pas assez de dépenses. Simple n'est-ce pas?

Peut-on dans les circonstances s'étonner que le budget Séguin, le premier budget du règne Libéral, prévoit dans les faits 1 milliard de revenu et 1 milliard de dépense de plus que les prévisions des péquistes? Malheureusement, bien peu d'analystes ont cru bon de relever cette anomalie, de sorte qu'aujourd'hui encore, dans certains médias, on nous parle d'un gouffre financier de 4,3 milliards alors que ce constat n'est que virtuel.

Armé du gouffre financier et de leur promesse de réduction d'impôts, les Libéraux ont alors mis en oeuvre leur coupe à blanc dans les services publics.

2$, ce n'est rien!

Dans l'imaginaire de certaines personnes, 5$ par jour, ce n'est peut-être pas tellement cher, mais lorsque l'on en fait le calcul, cela représente tout de même 125$ par mois, et ce, pour peu que la famille n'ait qu'un seul enfant. Ce coût est déjà un lourd fardeau pour les familles à bas revenus et la facture devient rapidement problématique à mesure que cette famille gagne en nombre.

Pour un seul enfant, la majoration tarifaire de 2$ par jour représente pour une famille une dépense additionnelle d'environ 520$ annuellement, soit une somme facilement envisageable comme le prix d'un treizième loyer. Nombreuses sont les familles qui auront de la difficulté à boucler leur budget dans cette situation.

Le jeu des comparaisons

Comme vous l'avez peut-être constaté, le gouvernement aime bien nous comparer aux autres pays ou provinces, en autant, bien entendu, que cela lui serve à nous niveler par le bas plutôt que par le haut. Alors que la politique familiale des CPE à 5$ par jour fait l'envie du Canada anglais et des autres pays de la planète, le parti Libéral nous envoie le message que nous devrions être davantage comme les autres, c'est-à-dire que nous devrions avoir un système de garderies plus coûteux, moins accessible et orienté vers une logique de profit.

Alors que l'on devrait être fier que pour une fois, l'État québécois s'était doté d'une politique familiale intelligente et moderne, une politique qui répondait réellement aux besoins d'une majorité de familles Québécoises; le parti Libéral remet en doute l'accessibilité du programme. Car sous cet apparat d'inoffensif 2$ se cache en vérité une hausse de l'ordre de 40%.

Le gouvernement aurait-il dû moduler les tarifs selon les revenus des parents?

Depuis le tout début, les Centres de la Petite Enfance font pression pour conserver l'universalité du service. Le fardeau fiscal au Québec repose sur les épaules de la classe moyenne qui paie plus que sa juste part comparativement aux plus riches de notre société. Dans ce contexte, il nous a toujours semblé que ces gens avaient droit au même service au même prix que tout le monde. Les CPE ont toujours préconisé l'universalité du service; tout comme ils ont toujours souhaité le maintien de la contribution à 5$.

Politique du 26 jours

Une autre idée de génie des Libéraux : la politique des 26 jours. L'éditorialiste Katia Gagnon du journal La Presse résumait bien l'enjeu de cette politique dans son texte ´Poupons performants recherchés", paru en A10 le 21 novembre 2003.

"À moins d'un sursaut de lucidité, les garderies seront donc désormais soumises au régime de la performance : 90% de présence obligatoire. Ce qui laissera 26 jours aux parents pour profiter de leur enfant. Comme il faut déduire de cette banque déjà mince les jours fériés (même si, détail secondaire, la garderie est fermée), en tout et partout, nos super bébés auront 13 jours de congé par année. [...] Et il arrive parfois aux poupons d'être malades. À l'heure actuelle, les enfants sont en moyenne absents 36 jours par année de la garderie. Ce chiffre est loin d'être déraisonnable. Car dans cette "industrie", les enfants "suppléants" ne viennent pas comme les profs, sur appel, d'un simple claquement de doigts."

Par cette mesure, il est évident que les Libéraux désirent créer rapidement de nouvelles places dans le réseau des Centres de la petite enfance, mais le moyen qu'ils cherchent à utiliser est dépourvu de toute logique et c'est pourquoi il est si facile de le tourner en dérision. C'est comme si l'on comparait la garde d'enfants avec un travail à la chaîne, calculé par le nombre et la productivité...

Le programme aurait-il pu survivre à 5$ par jour?

Certainement, pour peu que l'État considère l'enfance de sa nation comme une priorité. Ne vivons-nous pas dans une société riche? Nous avons les moyens de nous payer des soins, des politiques et des services de qualité, n'en déplaise aux partisans du démantèlement de l'État Québécois.

Le jour du dévoilement de son premier budget, le ministre des finances nous a dit : "Plutôt que de nous demander ce que l'État peut faire pour nous, demandons-nous plutôt ce que nous pouvons faire sans lui. "

Le parti Libéral essaie de nous faire croire que l'État est une entité étrangère, une structure lointaine ou abstraite. Mais qu'est-ce que l'État? L'État n'est rien d'autre que notre collectivité, l'ensemble des gens qui vivent ensemble au sein de cette province. En tant que collectivité, nous avons droit de regard sur les priorités et les valeurs que notre gouvernement adopte. Or, le parti Libéral de Jean Charest s'appuie présentement sur un supposé mandat clair de la population pour administrer sa dose de compressions, de coupures et de privatisation.

Quelqu'un devrait rappeler à monsieur Charest qu'un État sur le chemin du désengagement est un État en défaut; un État qui perd peu à peu, sa principale raison d'être.

Sébastien Aubé,

Étudiant en Techniques de Travail Social,

parent utilisateur et membre du conseil d'administration du CPE Manche de Pelle.

Publié par Sébastien Aubé le 24 novembre 2003 à 02:30 PM TrackBack Commentaires (10)