L'Observatoire International des Médias et l'internet citoyen au Québec

Le verbe sentencieux d'Ignacio Ramonet sur les médias dans le contexte néolibéral, qu'il définit comme étant une "sphère unique et cyclopéenne" a quelque chose d'agaçant parce que négligeant l'existence de médias alternatifs dont le travail colossal et l'impact relatif ne peut et ne doit être négligé. Cela étant, il m'apparaît important de signaler sa présentation dans le numéro du mois d'octobre du Monde Diplomatique, de l'Observatoire international des médias (Media Watch Global) qui verra bientôt le jour.

L'immense intérêt de cet observatoire, qui fait suite au dernier rassemblement de Porto Allegre, c'est qu'en plus d'avoir la fonction de s'opposer au pouvoir des mégas groupes d'information à l'heure de la convergence et de la mondialisation techno-capitaliste, il s'agit de réunir à la fois journalistes, citoyens et universitaires opposés aux "ambitions totalitaires du marché". Proposant comme dans le domaine alimentaire une information alternative non contaminée, de type "bio", nous ne pouvons espérer que ses ambitions et moyens ne feront pas ombrage aux pouvoirs citoyens du monde.

En effet, le lecteur assidu du monde diplo que je suis en profite ici pour donner une petite tapette au sympathique éditeur du journal, non pas pour le contenu de celui-ci ñ bien que présentant un univers idéologique parfois fermé sur lui-même- mais surtout parce que comme tout journal dans une société bourgeoise comme la nôtre, l'accès est fermé à double tour pour la grande majorité : seule une petite clique (une élite, disons-le, les amis de...) peut y contribuer facilement.

J'adhère aussi à la description du paradoxe Ramonet que nous présente Daniel Dagenais dans la Revue Spirale (mai-juin 2003 "La guerre du monde ª), voulant que Ramonet (et le monde diplo) envisage un monde selon la tradition diplomatique et intellectuelle française, selon un point de vue ´entre Étatsª, tout en étant vedette de tous les forums de l'altermondialisation, ce monde d'aucun intérêt particulier et pour qui le monde diplomatique français n'a que peu d'intérêt.

Certes, le monde diplo et ses activités servent de référence, riche qu'il est de tradition intellectuelle, journalistique et militante, mais n'est certainement pas représentatif des mouvements sociaux actuels, pour ne pas dire qu'il m'apparaît parfois un peu "déconnecté" de nombreux enjeux sociaux sur le terrain. Ce qui n'est pas réversible, l'avenir de l'Observatoire pourra en témoigner, en laissant une plus grande place aux citoyens. Faut faire avec les contradictions car de toute façon, n'est-ce pas là un des grands défis de notre temps, inclure le global dans le local et le local dans le global sans tomber dans le bocal?

Espérons donc que l'initiative de l'Observatoire international des médias sera aussi heureuse que celle du Réseau Médias auquel participe la Tribu du Verbe depuis quelques semaines. Vivement que le souhait de l'Observatoire voulant que le XXIième soit celui où "la communication et l'information appartiendront à tous les citoyens" se réalise.

Pour s'inscrire et recevoir des information de l'observatoire en construction:

http://www.monde-diplomatique.fr/2003/01/MEDIAWATCH/9603

J'en profite pour vous partagez l'information suivante concernant sur une rencontre/discussion portant sur l'Internet citoyen. L'invitation vient du Centre Études internationales et Mondialisation (CEIM) Avis aux intéresséEs par les débats sur la question.

Pratique du droit à la communication et internet citoyen : L'expérience du Québec

À l'occasion de la venue du professeur Cees Hamelink à Montréal, La Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie (Chaire MCD), le Carrefour mondial de l'internet citoyen, le Projet d'Études sur les technologies de l'Information et des Communications (Projet ETIC) de l'UQAM et le Fonds Graham Spry pour la radiodiffusion publique (Université de Montréal) se sont associés afin d'organiser cette rencontre-discussion visant à réunir autour d'une même table des représentants des milieux communautaire et universitaire qué! bécois intéressés par la problématique de la société de l'information.

L'objectif premier de cet événement est donc de susciter une discussion constructive à partir d'expériences diverses, dans le contexte général de préparation du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI). En effet, du 10 au 12 décembre prochain, se tiendra à Genève la première phase du SMSI. Organisé par l'Union internationale des télécommunications (UIT) sous le haut patronage du Secrétariat général de l'ONU, ce sommet entend déboucher sur l'édification d'un ´nouveau type de société à dimension humaine n'excluant personne, la société de l'information, dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et la connaissance et dans laquelle les individus, les communautés et les peuples puissent réaliser l'intégralité de leur potentiel et améliorer durablement leur qualité de vieª. Le droit à la communication sera-t-il reconnu dans cette société de l'information promue au niveau international ? Que peut-nous enseigner l'expérience québécoise dans ce champ de la pratique du droit de communiquer qu'est l'internet citoyen ?

La discussion s'articulera autour de la relation entre le droit à la communication et la pratique de la communication citoyenne telle qu'elle s'est développée au Québec, et abordera notamment les problématiques du rapport entre démocratie et communication, Internet et mobilisation citoyenne, réseaux numériques et communautés, médias et information, droit de communiquer vs liberté d'informer.

Outre le professeur Cees Hamelink (Université d'Amsterdam), cet événement réunira Alain Ambrosi (Carrefour mondial de l'internet citoyen) ; Omar Bickell (Alternatives) ; Yves Bisaillon (Parole citoyenne, ONF) ; Raphaël Canet (UQAM, Chaire MCD) ; Ariane Pelletier (Communautique) ; Frédéric Dubois (Plateforme des médias alternatifs) ; Martine Eloy (Collectif sur la surveillance électronique) ; Pierre Giguère (ORBICOM) ; Pierrot Péladeau (IRCM) ; Marc Raboy (Université de Montréal) ; Leslie Shade (Concordia University) ; Marcello Solervicens (AMARC - radio communautaire), sous la présidence de Jules Duchastel (UQAM, Chaire MCD).

Université du Québec à Montréal, le mercredi 12 novembre, à partir de 19h.

Pavillon Athanase-David (D) - 1430, rue Saint-Denis (Métro Berri-UQAM) Salle : D-R200

Publié par Stalker le 06 novembre 2003 à 11:59 AM TrackBack Commentaires (83)