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L'écrivain et socioéthicien montréalais Henri Lamoureux a publié un texte dans La Presse du 6 novembre où, notamment, il prétend que ce serait une erreur de tenter de former un parti à gauche du PQ. Dans la même foulée, il reproche à l'UFP de ne avoir fait le plein des votes progressistes le 14 avril dernier. Il reproche aussi à l'UFP de faire preuve d'opportunisme en faisant campagne pour l'instauration d'un scrutin proportionnel dès les prochaines élections. Du même soufle, il lui reproche sa tiédeur, sinon son immobilisme, dans la lutte contre la droite.
Comme je connais bien Henri , je me suis permis de répliquer à sa prose dans un style polémiste; d'autant plus qu'il fausse le sens de la campagne que l'UFP a lancé en faveur du scrutin proportionnel et qu'il est visiblement mal informé des actions entreprises par les militants et militantes de cette formation afin de combattre les politiques du gouvernement Charest qui sont d'ailleurs dans le droit fil des politiques néo-libérales des gouvernements Bouchard et Landry.
Réplique à l'écrivain et socioéthicien Henri Lamoureux
Un parti est un instrument indispensable pour permettre aux forces progressistes d'occuper la place qui leur revient sur l'échiquier politique
Paul Cliche, responsable du dossier de la réforme des institutions politiques sein de la Commission politique de l'Union des forces progressistes (UFP)
Ainsi, Henri Lamoureux ne croit pas qu'un nouveau parti de gauche soit le véhicule approprié pour permettre aux forces progressistes de prendre enfin la place qui leur revient sur l'échiquier politique québécois. Il l'a fait savoir dans La Presse le 6 novembre. Il préfère un mouvement non-partisan qui, sous le nom de Confédération nationale citoyenne, serait porteur d'un projet de société politique progressiste, serait ouvert à toutes les personnes qui voudraient s'y associer et qui, souhaite-il, deviendrait "le lieu de convergence des forces de la société civile".
Il rejette du revers de la main, d'une part, l'action politique partisane qu'il semble confondre avec "l'opportunisme électoraliste et l'arrogance des dirigeants des formations traditionnelles" et, d'autre part, les mouvements sociaux qui "n'offrent pas un type d'activités et des objectifs très motivants". Dans cette dernière catégorie il semble inclure autant les syndicats que des organismes engagés comme la Fédération des femmes, le FRAPRU, etc. Seul le mouvement Alternatives trouve grâce à ses yeux.
Cette proposition est un leurre
J'estime que la proposition de M. Lamoureux constitue un leurre. De par le flou de sa mission et sa composition hétéroclite, le regroupement dont il rêve ne pourrait pas constituer une coalition poursuivant des objectifs définis et concrets ni se livrer à une action structurée et efficace. Ce serait un genre d'auberge espagnole d'une forme de militantisme bon teint se targuant d'être progressiste. Il deviendrait vite une organisation superflue parasitant les organismes dynamiques du milieu afin de pouvoir survivre.
Pour avoir des chances de succès une coalition du genre doit avoir un objectif très précis et un commun dénominateur. Exemples:
-la mobilisation antiguerre qui a ratissé très large socialement et politiquement en ayant la valeur universelle qu'est la PAIX comme commun dénominateur
-l'instauration d'un scrutin proportionnel réduisant le déficit démocratique qu'une coalition transpartisane, le Mouvement pour une démocratie nouvelle s'est donnée comme objectif;;
-l'adoption d'une Constitution québécoise que préconise le mouvement MONOCOQ en s'appuyant sur des prises de position aussi bien des libéraux que des péquistes, ainsi que de l'UFP qui préconise la convocation d'une Constituante.
Un verdict prématuré
L'UFP, qu'écarte M. Lamoureux comme solution d'avenir, n'existe que depuis 18 mois. Sa fondation a permis de mettre fin à plus de deux décennies de querelles idéologiques stériles entre les diverses composantes de la gauche politique. Cette jeune formation possède déjà une force d'attraction assez grande pour attirer des centaines de militants en provenance des mouvements sociaux, étudiants et altermondialistes.
L'UFP de toute façon ne prétend pas être le véhicule politique définitif qui permettra aux forces progressistes d'occuper la place qui leur revient sur l'échiquier politique québécois. "Le rassemblement des progressistes est un processus qui ne fait que commencer et auquel nous convions toutes les composantes de la gauche québécoise", vient d'ailleurs de déclarer le porte-parole de l'UFP, Pierre Dostie, à quelques semaines du rassemblement où les membres du collectif D'abord solidaires, discuteront des formes possibles d'implication politique.
La présumée complaisance de l'UFP envers la droite: une accusation malhonnête démentie par les faits
M. Lamoureux reproche par ailleurs à l'UFP de n'avoir pas fait le plein des votes progressistes le 14 avril dernier. Il feint d'oublier que le phénomène du 'vote utile' et du 'vote stratégique' induit par le mode de scrutin actuel, l'a desservi grandement et lui a fait perdre plusieurs dizaine de milliers de votes, comme ça arrive d'ailleurs à tous les tiers partis qu'il soient de gauche ou de droite. Parlez-en à Mario Dumont qui en a vu près d'un demi million glisser vers le Parti libéral quelques semaines avant les élections.
M. Lamoureux reproche aussi à l'UFP d'être "opportuniste" en mettant de "l'espoir" dans la promesse libérale d'instaurer un mode de scrutin proportionnel. Ce comportement qu'il lui impute faussement empêcherait la formation progressiste de combattre énergiquement le gouvernement Charest. Que voilà une réaction incongrue! Exiger d'un gouvernement qu'il respecte un engagement qui établirait une certaine équité entre les partis politiques en lice aux élections; ferait en sorte que chaque vote compte et soit gagnant; permettrait d'augmenter la représentation des femmes à l'Assemblée nationale; reflèterait la diversité de la société québécoise et sa pluralité politique; reconnaîtrait l'importance du rôle joué par les régions, est-ce là faire preuve d'opportunisme vraiment?
D'autant plus que, dans ce dossier, les membres de l'UFP ne vivent pas béatement d'espoir de ce temps-ci. Ne comptant que sur leurs propres moyens ils ont lancé, en effet, une campagne d'information et de mobilisation nationale pour que le gouvernement respecte son engagement d'instaurer un véritable scrutin proportionnel "dans les deux premières années de son mandat". Ce n'est pas parce que le Parti québécois ne l'a pas fait en 18 années d'exercice du pouvoir, même si c'était dans son programme depuis 1969 et qu'il se défile dans ce dossier par opportunisme électoral encore aujourd'hui, qu'il faille renoncer à mettre de la pression sur les libéraux.
Quant au prétendu immobilisme de l'UFP dans sa bataille contre la droite, M.. Lamoureuz est pour le moins mal renseigné. Au Conseil de l'Union qui a eu lieu à Sherbrooke les 1er et 2 novembre, l'UFP a adopté un plan d'action énergique en réponse aux politiques anti-sociales du gouvernement Charest. Il a appuyé et encouragé tous les efforts menant à la constitution d'une coalition la plus large possible à cette opération de démantèlement de l'État. Voilà qui est on ne peut plus explicite.
Les politiques libérales dans le droit fil de celles des péquistes
L'UFP a tenu aussi à se démarquer du prétendu "progressisme" du Parti québécois. Il ne fait pas oublier en effet que la réingénierie de l'État des libéraux est dans le droit fil des politiques néolibérales des gouvernements Bouchard et Landry. L'UFP est d'ailleurs le seul parti québécois à dénoncer et combattre cette forme exacerbée du capitalisme.
Mais M. Lamoureux s'oppose à la formation d'un parti politique se situant a gauche du PQ. Cette position là aussi est bizarre. De qui joue-t-il le jeu? S'il s'accroche encore au rêve que le Parti québécois puisse se régénérer idéologiquement, comme plusieurs intellos de sa génération, qu'il le dise franchement Ce serait plus honnête intellectuellement.
En attendant, il pourrait joindre sa voix à celle de l'UFP pour réclamer que, minimalement les péquistes retournent au plus vite à la pratique de l'idéal démocratique qui a inspiré le fondateur de leur parti, René Lévesque, premier promoteur du scrutin proportionnel. Autrement, la dégénérescence de ce dernier, en tant que véhicule politique porteur d'avenir pour certains secteurs de notre société, risque de devenir irrémédiable.
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Publié par Paul Cliche le 10 novembre 2003 à 11:15 AM
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