Le voile dévoilé

La question du voile est unique, elle porte son poids particulier. On peut tout justifier, là n'est pas la question. Est-ce qu'un examen critique est possible? Selon certains, non, puisqu'il s'agit de religion ou de liberté personnelle. Ce sont de pauvres raisons, car alors comment choisir ce qui peut être critiqué sans exercer le pouvoir de critique. Par exemple, peut-on critiquer l'usage de l'excision ou de la circoncision; ou le port de telle arme; ou le lavage de cerveau; ou le respect des droits de la personne? La liste est longue. Reconnaissons au moins la possibilité de la critique afin de promouvoir un débat social.

Je résume la position d'une écrivaine, présidente de Choisir-La cause des femmes. (Le Monde, 24 octobre 2003) Le voile ou le foulard islamique est le signe de l'infériorisation de la femme. Elle marque la femme en tant qu'elle se définit par rapport à l'homme et à son désir sexuel, je dirais sexuo-génital. C'est dire que la femme est appelée à cacher tout ce qui pourrait séduire ou susciter une transgression sexuelle. Le voile est en rapport aux désirs et aux pulsions, mais essentiellement ceux de l'homme. Il impose une séparation avec l'autre, avec le reste du monde. C'est un enfermement pour se marquer du sceau infériorisant de la charia (´polygamie, répudiation, incapacité civile et minorité à vie...ª). La femme est reléguée dans un véritable apartheid sexuel. Existe ici une ´infériorisation atavique que le voile aide, dans ses plis, à intérioriserª; la femme demeure éternellement dépendante de l'autorité masculine, de son pouvoir, de sa sexualité.ªLe voile est humiliant pour les femmes auxquelles il assigne une place de proie et pour les hommes qu'il assimile à des prédateurs.ª (Le Monde, 6 décembre 2003, p. 17)

Les retours aux sources, les appels à la tradition, le brandissement de l'autorité du texte, même une remontée à une plus lointaine origine ne modifient en rien le fait de l'aliénation de la femme. Du coup, il s'agit aussi d'une aliénation profonde de l'être masculin réduit à cette autorité factice, qui compense je ne sais quelle forme de peur ou d'impuissance par une violence institutionnalisée qui n'a de justification que dans l'aveu d'une faiblesse sexuelle inscrite, semble-t-il, selon certains, dans son être. Si les conquêtes du féminisme ont quelques sens, c'est bien d'avoir émancipé et les femmes et les hommes de cette dialectique stupide du pouvoir d'un genre sur l'autre. Que dire maintenant du patriarcat, renaît-il de ses cendres? Ne pas en sortir sous prétexte qu'il s'agit de religion, c'est pauvre, car c'est se servir de la religion et mieux encore du sacré pour légitimer la bêtise. Quand on en est là, c'est qu'on a perdu le joyau de l'humain, l'esprit. Et toutes ses musulmanes qui se sont battues pour se libérer qui trahit qui, et quoi ? Le voile enterre l'esprit, au sens littéral.

Venir vivre en Occident ce n'est pas simplement transporter l'intégralité de sa culture et de sa religion, c'est surtout accepter une purification salutaire, celle de l'esprit critique qui a permis une des grandes conquêtes de l'humanité, la découverte de la souveraineté de la personne, de sa liberté, de sa créativité et de l'égalité de tous devant tous. Mais ceci ne signifie pas que tout ce qui se déploie en Occident est nécessairement bien l'esprit du grand texte sur les droits des personnes n'est pas complètement incarné dans les moeurs. Ni l'homme, ni la femme ne sont complètement émancipés. Cependant, le travail de l'esprit demeure et l'essentiel de son oeuvre est de découvrir qui est l'humain, de le dévoiler à lui-même.

Publié par Hermès le 31 décembre 2003 à 11:40 AM TrackBack Commentaires (27)