Angleterre: attaques contre le journalisme

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Le gouvernement a raison, même lorqu'il a tort. Si vous prétendez le contraire, vous risquez fort de perdre votre emploi et d'avoir des petits problèmes. On se croirait revenu aux bons temps du soviètisme. C'est pourtant ce qui se déroule sous nos yeux en Angleterre.

Le gouvernement britannique n'a jamais demandé à qui que ce soit de rendre plus "sexys" les rapports faisant état d'armes de destruction massive en Irak. Pourtant, les agents de renseignement qui ont témoigné devant la commission d'enquête ont clairement déclaré avoir subi l'influence des conseillers de Tony Blair. Il n'a pas eu tort de prétendre que Saddam Hussain pourrait les déployer en 45 minutes, alors que son plus grand spécialiste prétendait le contraire. De plus, il n'aurait pas poussé ce spécialiste au suicide. Celui-ci se serait suicidé à cause de ses propres contradictions. La seule à blâmer dans ce dossier, c'est la BBC, qui a accusé le Premier ministre, Tony Blair d'avoir menti à la nation.

Évangile selon Lord Hutton. Croyez ou mourrez.

Pourtant

Le peuple britannique ne semble pourtant pas si dupe. Les journalistes du même pays non plus. Cette semaine, la une de l'Independent titrait "White Wash" (lave blanc, dans un sens péjoratif, je crois). Les britanniques ont d'ailleurs commencé à surnommer Lord Sutton "Lord Whitewash". Des journalistes de la BBC ont aussi acheté une pleine page d'un quotidien pour protester contre la démission de leurs chefs. L'ancien chef de la BBC, lui-même, accuse le gouvernement de Tony Blair de de menaces et d'intimidations durant la guerre d'Irak.

Il semblerait même que la BBC va former un nouveau parti pour la prochaine élection, dans le but de déstabiliser le Labour Party. Ok, celle-là, c'est une farce.

D'un autre côté, Teflon Tony n'est pas à la fin de ses peines, avec les USA qu viennent d'admettre qu'il y avait un problème "quelque part", avec les rappports faisant état de présence d'armes de destruction massives en Irak. (Gageons que c'est une sous-trouffion des services secrets américains qui va écoper. C'est si facile, de mettre le blâme sur l'homme invisible!)

Les conséquences

On peut toutefois s'interroger sur les conséquences à long terme, sur la qualité du journalisme dans ce pays. Un jugement tel celui de Lord Whitewash n'est pas anodin. Quel journaliste ou média se risquera à attaquer le gouvernement ou ses dires, dans l'avenir, sans s'être assuré d'une protection à toute épreuve, droits, avocats, vérifications multiples et re-vérifications, et même analyse des conséquences politiques sur sa carrière. Car même dans un cas où il est assez clair que le gouvernement a péché par excès, un seul rapport d'un Lord Machin suffit à ruiner des carrières.

En fait, cette affaire pourrait bien déboucher sur un des pires phénomènes qui peut arriver aux journalistes: l'auto-censure.

Publié par Capitaine Hadès le 01 février 2004 à 08:29 PM TrackBack Commentaires (3)