Non à l'Université-Wal-Mart!

La commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités s'est ouverte hier. On y discutera de la participation financière de l'État à l'éducation et de la question des frais de scolarité. Souhaitons qu'on remette aussi en question un des fondements du système actuel de financement, celui de la concurrence entre les institutions. En effet, les "contrats de performance" du ministre Legault, qui ont permis depuis l'an 2000 d'injecter de nouvelles sommes dans l'enseignement supérieur, comportent des indicateurs de performance qui sont calqués sur les critères de financement qu'imposent le FMI et la banque mondiale aux pays en développement (1). Ces indicateurs de performance incitent les universités à accroître le nombre de leurs étudiants et leur taux de diplômation et les contraignent à courtiser le secteur privé pour financer la recherche et l'enseignement. Ce faisant, ils poussent les institutions d'enseignement supérieur à investir de plus en plus d'argent dans les relations publiques et les budgets publicitaires.

Nul besoin d'une étude très approfondie pour constater le recours croissant des institutions d'enseignement aux stratégies publicitaires afin de vendre leur image, attirer des étudiants - on parle dorénavant de "clientèles" - et séduire d'éventuels bailleurs de fonds. Depuis plusieurs années, déjà, les universités achètent de pleines pages d'espace publicitaire dans les journaux, placardent leurs affiches dans les services de transport public, vendent ou distribuent divers objets promotionnels. Ces derniers temps, l'offensive publicitaire a pris des formes inusitées et de plus en plus coûteuses. Voici par exemple l'Université de Sherbrooke qui négocie le changement de nom de la station de métro Longueuil et qui assume, pour ce faire, les dépenses de 100 000 $. Voilà les bandes de la patinoire du Centre Bell aux couleurs de l'UQÀM. Voilà, encore, les publicités télé faisant appel aux services de tel ou tel éminent diplômé - homme et femme d'affaires ou encore artiste - vantant avec enthousiasme son Alma Mater.

Les services des communications des universités sont en pleine expansion. Ils font appel à des spécialistes de l'image et des relations publiques. Par exemple, l'Université de Sherbrooke annonçait dernièrement l'embauche d'un directeur adjoint cumulant les expériences de travail chez CAE, Bombardier aéronautique, le fonds de solidarité et le ministère de l'Emploi et de la Solidarité. Ces relationnistes qui ne sont rien d'autres en fait que des publicistes de luxe peaufinent l'image corporative des universités et cherchent à accroître le "sentiment d'appartenance" des employés et étudiants en créant, sur le mode des cultures d'entreprises, une "culture d'université". Certains recteurs jouent les vedettes et inondent journaux et magazines de leurs photos et de leurs propos creux sur la "nouvelle université" et "l'économie du savoir".

Ces pratiques affairistes contribuent à asservir un peu plus l'université aux modes et à l'idéologie dominante. Elles trahissent la nature même de l'institution et mettent en danger la fonction critique qui devrait la distinguer. Pourtant, l'université devrait être autre chose qu'un Wal-Mart du savoir. Exigeons des décideurs politiques qu'ils optent pour un réinvestissement massif dans l'éducation sans l'assortir d'indicateurs de performance. Une université libérée de la logique de concurrence : ce serait un beau projet de société. Non?

1) Erika Shaker et Denise Doherty-Delorme, Missing Pieces IV: An Alternative Guide To Canadian Post-secondary Education.

Publié par Christine Hudon le 18 février 2004 à 02:29 PM TrackBack Commentaires (10)