Neobroue

Unibroue avait le même problème que toutes les micro-brasseries au Canada, c'est à dire l'impossibilité de poursuivre leur expension en Ontario, qui est sous le monopole des "Beer Store" appartenant aux trois géants Molson, Labatt et Sleeman qui contrôlent 90% du marché et de la distribution.

Depuis 1995, Sleeman achète toutes les micro-brasseries importantes de toutes les provinces. Celles-ci cèdent car elles savent qu'elles sont condamnés au marché local, ne pouvant offrir leurs produits au reste du Canada à cause du monopole des trois grands. Après un certain temps, Sleeman garde une seule marque originale de la production de sa nouvelle aquisition et remplace les autres par ses propres produits (Sleeman, Old Milwaukee, Macay Inn). C'est de cette façon que deux ans après son aquisition de la Maritime Beer Company en Nouvelle Écosse, Sleeman ferma défénitivement le robinet de joyeaux tels que les bières : Atlantic Storm, Kings, Halifax 1749, Privateer et Frosted Frog, pour les remplacer par ses propres marques.

Les Ontariens, grands dégustateurs de bières, ont toujours considérés les productions d'Unibroue comme "top of the crop" et ont continuellement décriés l'absence de celles ci en Ontario. Ils n'auront jamais eu le plaisir de les savourer à leur guise et nous n'en aurons plus nous-mêmes bientôt qu'un vague souvenir.

Je n'ai pas la prétention d'affirmer que je n'aurais pas sauté sur l'occasion d'empocher quelques millions pour sécuriser mes derniers jours tranquillement comme Charlebois a fait, même en cédant ce joyaux québécois à des intérêts ontariens. Peut-être que l'argent a ce pouvoir irrésistible qu'aucun humain ne peut combattre une fois dans le "coup".

Mais je suis sûr d'une chose par contre, c'est que dans ce cas, je m'expatrierais loin du Québec où j'ai tant crié la distinction, l'unicité, l'émancipation, et dont le retour m'a permis d'atteindre ce sommet et ce privilège. Je sais que j'aurai à vivre ce confort dans l'inconfort de la honte.

Je me permet de croire que je n'aurais jamais cédé.

Ce n'est pas que de la bière qui disparaît, mais un produit culturel québécois.

Publié par Zardoz le 22 avril 2004 à 11:23 AM TrackBack Commentaires (20)