Les Zapartistes, à contre-jour

Une entrevue exclusive pour les lecteurs et lectrices de la Tribu Du Verbe!

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Q: Aujourd'hui, 23 mai 2004, c'est le déclenchement des élections fédérales, pouvez-vous nous faire une petite prédiction?

François Parenteau: Sais-tu quoi; je vais te répondre que je suis tanné que dans les médias, tout ce que l'on retrouve, c'est des prédictions pis des sondages. Ce que je voudrais que les médias nous disent, c'est qu'est-ce qui serait bon, quel genre d'effet pourrait avoir telle politique, pis qu'on arrête de voir ça comme un star académie ou une course de chevaux. Ce que j'aurais envie, c'est d'un gouvernement minoritaire où le NPD et le Bloc Québécois auraient la balance du pouvoir. Mais là ce n'est pas une prédiction, c'est un voeu. J'aimerais aussi qu'on me dise, dans chaque équipe, qui pourrait devenir ministre de quoi. Par exemple, y'en as-tu dans le NPD qui sont ministrables?

Q: Les sondages influencent-ils trop les électeurs et les électrices; devrait-on interdire les sondages en période d'élection?

Christian Vanasse: Ça n'a pas tant d'influence. Sur les indécis peut-être, mais pour le reste, y'a plein de gens qui ont déjà leur idée de faite, qui vont voter Libéral, peu importe ce qui arrive, tsé, ils vont voter Conservateur, peu importe ce qui arrive, c'est l'exemple de mon père, (rires) qui a voté conservateur toute sa vie, peu importe ce qu'ils ont fait, même après Mulroney, il votait quand même Conservateur...

Q: Vous vous dites ouvertement indépendantistes; rejoignez-vous quand-même un auditoire parmi les fédéralistes?

Tous: Oui.

Christian Vanasse: Oui, parce que ça reste un show d'humour. Y'a plein de gens, avec le temps, qui viennent voir Les Zapartistes parce qu'ils savent que c'est un show d'humour. Il y a plein de gens qui viennent nous dire ensuite, je suis pas d'accord avec toutes vos idées, mais j'ai quand même passé une belle soirée.

François Parenteau: C'est un échec total.

Christian Vanasse: Non, ce n'est pas un échec parce qu'ils sont venus.

François Parenteau: Ils sont venus et ça pourrait leur attendrir l'esprit un peu.

Frédéric Savard: Moi j'ai un ami qui est chercheur à l'Institut économique de Montréal; ça fait trois fois qu'il vient voir le show et il adore ça. Il me dit, y'a des idées avec lesquelles je suis pas d'accord, moi je suis à droite, mais je trouve ça drôle.

Q: L'institut économique de Montréal... Comment fais-tu pour bien t'entendre avec ce gars-là?

Frédéric Savard: Ben en fait, je connais plus sa blonde. (rires)

François Parenteau: Prends par exemple l'émission This hour has 22 minutes, une émission canadienne anglaise que je regarde, ils sont super fédéralistes, sur cette question-là je suis vraiment pas d'accord, mais ça me montre que dans le Canada, y'a du monde avec qui je suis assez d'accord (sur d'autres sujets), qui ont le même esprit.

Q: Paul Martin a engagé l'humoriste-journaliste Scott Feschuck pour rédiger ses discours. Que répondriez-vous si un parti politique vous contacterait pour le même genre de travail?

(rires)

Christian Vanasse: Il faut faire une nuance. Scott Feschuck a rédigé des textes pour This hour has 22 minutes l'année où ils n'ont pas remporté de Juno. C'était donc une période poche de This hour has 22 minutes. Scott Feschuck est un mauvais humoriste. Un bon éditorialiste, mais un mauvais humoriste. C'est la nuance qu'il faut faire.

Geneviève Rochette: Mais il est quand même identifié comme un humoriste. Je pense que c'est quand même une raison pourquoi ils ont fait appel à lui.

François Parenteau: Mais pour revenir à la question, moi j'aurais pas de problème, ça dépend des causes. Si c'était pour l'indépendance, renouveler le discours, je trouve ça important, alors oui. Mais pour des partis... (grimace). Euh...

Christian Vanasse: Pour un parti indépendantiste?

François Patenaude: D'un coup que le Parti Québécois te demandait à être humoriste, pour lui?

François Parenteau: Non.

Q: D'un autre angle de vue, nous parlons de This hour has 22 minutes, on n'a pas de misère à imaginer Les Zapartistes faire une émission du genre; est-ce que ça pourrait figurer dans vos projets futurs?

Frédéric Savard: Il y a une place pour nous à la télé, sauf que le format qu'on nous propose n'est pas le format idéal, dans la mesure où on aimerait donc ça qu'on fasse une demi-heure par semaine, idéalement une demi-heure par jour, et en direct.

François Parenteau: Pis ça dans le fond, ça sert à quoi? Ça sert juste aux publicitaires qui font du surf sur une vague qui est à la mode, alors que nous autres, on aime avoir des propos pertinents et bien punchés, avec une certaine nuance... on aime mieux avoir plus de temps, plus de temps par show, plus de temps entre les shows.

Frédéric Savard: Genre, une heure par mois, ça serait l'idéal, mais là le producteur il va nous dire ouin mais là les diffuseurs y'aiment pas ça, parce que là une fois par mois, c'est pas un rendez-vous...

Christian Vanasse: C'est un format atypique...

Q: serait en mesure de vous proposer ça?

Christian Vanasse: Probablement, mais ils n'en ont pas les moyens. , ils ont même plus les moyens de produire leurs génériques...

Q: Plusieurs trouvent le climat fort négatif par les temps qui courent au Québec. Avez-vous une vision positive ou négative de l'avenir au Québec?

François Parenteau: (en imitant la voix de Jean Charest) Moi ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi que les gens trouvent que le climat est négatif...

Nadine Vincent: Mais le climat n'est pas négatif, il y a de la mobilisation comme il n'y en a pas eu depuis très longtemps, je trouve, au contraire que les gens réagissent, protestent, se défendent, résistent...

Christian Vanasse: Il y a comme une volonté populaire, l'opposition à la centrale du Suroît, pour moi c'est au-delà de juste la centrale du Suroît, c'est sur l'avenir énergétique du Québec, c'est sur notre façon de concevoir...

Nadine Vincent: Depuis le sommet de Québec, l'opposition à la guerre...

Christian Vanasse: Oui, depuis le sommet de Québec, depuis Seattle, ce mouvement-là est très ancré...

François Parenteau: C'est comme si la droite est drunk with power, excusez le franglais là, mais ils poussent leur luck, ils vont trop loin, pis là le monde réagit. C'est tant mieux.

Geneviève Rochette: C'est le retour du balancier, moi j'y crois à ça. À un moment donné...

Q:  tes-vous d'accord avec Bernard Landry lorsqu'il a mentionné, lors des dernières élections provinciales, que l'entartement était un geste anti-démocratique?

François Parenteau: Euuuuh... Je trouve que l'entartage... (hésitations) C'est qu'en Europe, d'où c'est parti l'entartage, ils entartaient des personnalités des affaires, ou médiatiques, qui sont des planqués, c'est-à-dire qui diffusent leur discours mais qui n'ont jamais à répondre de quoi que ce soit devant qui que ce soit. Entarter des politiciens... Tu les entartes en votant contre! L'entartage de politiciens, ils sont élus, il sont élus...

Christian Vanasse: Mais Stéphane Dion qui va servir de la soupe populaire au Chic resto Pop...

François Parenteau: Pour moi Roger D. Landry tu l'entartes, Robert Guy Scully tu l'entartes...

Christian Vanasse: Non! Non! Ils le méritent tous!

Frédéric Savard: T'entartes les clowns!

Christian Vanasse: Oui! Exactement!

Frédéric Savard: Y'a des gens pour qui ça ne leur suffit pas de rigoler d'une caricature...

Christian Vanasse: Moi ce que je trouve le plus dommage de toute cette histoire-là c'est que ça s'est transporté en cour et là l'entartage c'est devenu une voie de fait! Voie de fait! Voie de fait, c'est un coup de poing sur la gueule! On ne parle pas de ça, là, on parle d'une tarte dans la face!

François Patenaude: Oui mais ça, c'est si la personne porte plainte.

François Parenteau: Moi je pense pas que c'est anti-démocratique, mais si tu fais ça, faut que tu sois capable de vivre avec les conséquences. Je suis d'accord avec certains des moves qui ont été faits, mais faut être capable de vivre avec les conséquences. C'est pas quelque chose qui se fait gratis.

Christian Vanasse: Ben je renverrais la balle aux politiciens, vivez avec les conséquences de vos actes aussi, là!

Frédéric Savard: Mettre une tarte dans la face d'un politicien, c'est pas gratuit, il faut que tu traverses les cordons de sécurité... C'est ça qui est drôle, ils réussissent à les traverser!

François Parenteau: C'est du terrorisme mais plus sympathique.

Christian Vanasse: L'humour sert à ça, à remettre les choses dans une perspective normale, à descendre le roi de son piedestal, à descendre l'idole. Et l'entartage le fait en une fraction de seconde, shlack! Juste avant, le gars est full power. Et paf, la tarte arrive et, plus rien... Il redevient un être humain normal...

Frédéric Savard: Avec du sucré dans la face.

François Patenaude: Ce que j'aime c'est qu'il y ait un message qui passe. Si tu entartes Pettigrew, faut que tu dises pourquoi tu l'entartes. Les Entartistes font des communiqués mais la plupart du temps, ils ne sont pas publiés...

Christian Vanasse: Verser de l'eau sur la tête à Caillé pendant une conférence de presse, j'ai trouvé que c'était un entartage qui était intelligent.

François Parenteau: Ça oui!

Nadine Vincent: C'est un arrosage ça.

Christian Vanasse: Un arrosage...

Q: L'entartage s'attaque à l'image publique des politiciens; la Coalition Destituons Patapouf s'est aussi attaquée à l'image de Jean Charest en le dépeignant en Patapouf. Y a-t-il des chances de voir un jour François Parenteau parodier Jean Charest en Patapouf?

François Parenteau: Non. Parce que là-dessus, les avis sont aussi partagés par l'équipe, il y en a qui sont pas d'accord avec le principe de destitution. Mais au-delà de ça, stylistiquement, je trouve que Patapouf c'est trop sympathique pour une ostie de couleuvre comme Jean Charest. Et je trouve que le ton qu'on a pris pour le rendre clownesque, tout ça, alors que c'est une dangereuse torpille fédéraliste de droite, je trouve ça trop fin, Patapouf. Faites-le, mais c'est pas notre ton, c'est pas les mots qu'on choisirait, c'est pas comme ça qu'on l'attaquerait. On n'est pas contre, mais ce n'est pas notre bag.

Frédéric Savard: Sur la destitution, sincèrement les défusions, on n'est pas loin de ça. Pour n'importe quoi, si tu peux amasser des signatures, tu peux revenir en arrière...

Geneviève Rochette: Ça tient à quoi la démocratie?

Frédéric Savard: Je veux dire, on va spinner dans le vide pendant longtemps là.

François Parenteau: Si les gens ont cru ses mensonges... C'était pourtant assez transparent!

Q: Selon vous, ne serait-il pas utile d'avoir un processus s'apparentant au recall au Québec; un processus de dernier recours qui pourrait nous servir dans les cas extrêmes, comme dans celui -ci, où un individu au pouvoir est complètement en train de perdre les pédales?

François Parenteau: Ils leur reste 3 ans. Ils vont en faire des cadeaux... Ils vont en faire des belles affaires...

Frédéric Savard: C'est pas unanime au Québec, que c'est de la marde, ce que Charest fait. Il y a ça aussi.

Christian Vanasse: En fait, le principe de revenir en arrière par un processus législatif s'est développé par la droite. Ça a servi en Californie pour remplacer un démocrate par Scharzenegger, ça a servi contre Clinton quand on pense à l'impeachment... Là tu vois W. Bush qui est en train de massacrer l'Irak, et il n'y a pas d'impeachment. Mais il y avait impeachment parce que Clinton s'était fait sucer, tsé...

François Patenaude: C'est aussi se déresponsabiliser de ses gestes. C'est les québécois qui ont porté Charest au pouvoir. À un moment donné, il faut que tu assumes...

Nadine Vincent: Ben oui, parce que là si on fait l'indépendance pis que les Libéraux reviennent là-dessus (contre ça)...

François Parenteau: De toutes façons, le recours en destitution, c'est un plaster sur un mauvais système. Ce que ça prend, c'est la réforme du mode de scrutin.

Frédéric Savard:Tout à fait!

Christian Vanasse: Voilà!

Q: Croyez-vous que cette réforme sera prête pour les prochaines élections?

Frédéric Savard: Non.

François Parenteau: Elle va être ridicule, elle va être épaisse mais...

Christian Vanasse: Même pas. Elle va être édulcorée. Mais au moins l'idée fait son chemin. C'est une question de maturité de la démocratie, à un moment donné, t'en arrives à la proportionnelle. Il faut!

Geneviève Rochette: Tous les chemins mènent à la proportionnelle?

Christian Vanasse: Il faut!

Q: Dans votre spectacle sur l'Empire, vous n'y allez pas de main morte avec Pierre Karl Péladeau. Avec l'histoire entourant le congédiement de Louis Morissette, croyez-vous être sur la liste noire de PKP? Ces choses-là vous préoccupent-elles?

Christian Vanasse: L'histoire de Morissette... Ils ont crissé dehors un animateur qu'ils avaient engagé. Mais dans la vraie vie ça se passe bien plus subtilement que ça, ils t'engagent pas, point. Y'a des listes noires en partant. Tout le monde a des listes noires. Radio-Can en a, TVA en a, tout le monde en a.

François Patenaude: L'avantage qu'on a c'est qu'on est auto-produit, on passe pas dans les grandes salles...

François Parenteau: On est plutôt dans la simplicité volontaire...

François Patenaude: Et involontaire des fois... Mais on n'est pas dépendant du réseau de Péladeau.

Q: Que pensez-vous de l'Option Citoyenne de Françoise David? Croyez-vous qu'il y a de la place pour plusieurs partis de gauche au Québec?

Geneviève Rochette: Ben non.

Christian Vanasse: Y'a de la place pour dix partis de gauche si tu veux. Dix, douze, vingt, quarante. Mais unissez-vous tabarnak! Il peut y avoir une pluralité, un arc-en-ciel de gauche, mais criss, on dirait que la gauche a de la misère à concevoir le pouvoir et l'exercice du pouvoir, pis à un moment donné, on s'en sortira jamais. Parce que là si tu multiplies les partis de gauche, les partis féministes, les partis crudivoristes, herbivoristes pis ci pis ça, tu vas recevoir un demi pourcent de vote, ça te donnera même pas un député. Tu peux même pas poser une question!

Q: Lors de vos spectacles, vous n'épargnez personne. Même parmi la gauche...

Frédéric Savard: Oui, et des fois ça pique les gens, ils se sentent visés.

Geneviève Rochette: Ils se sentent visés, ils se reconnaissent. Ils ne s'attendent pas à ce que Les Zapartistes puissent avoir ce discours-là.

François Parenteau: Nous autres, on fera pas une mascotte (de nous).

Christian Vanasse: Tsé la gauche, des fois tu t'en vas dans des manifs, pis à un moment donné t'as un groupe qui sont là, qui font, ok, pas trop proche d'eux-autres, c'est des anars, pas trop proche d'eux-autres, c'est des communistes, des marxistes-trotskistes, ah pis non, eux-autres, c'est des verts, des groupes de femmes, mais là... on fais-tu une marche ou on en fait pas une, là? On marches-tu ensemble vers un but?

Frédéric Savard: Françoise David, c'est un peu la thèse de tout ça aussi. Il y a déjà un parti de gauche mais moi je vais en partir un nouveau et on va recommencer à zéro encore une fois...

François Parenteau: Embarques dans l'UFP!

Frédéric Savard: Regroupons-nous!

Nadine Vincent: Ou infiltre le PQ.

Christian Vanasse: (l'air sceptique) ouf...


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Entrevue effectuée le 23 mai 2004, à Sherbrooke

avec la collaboration de Michel Gracia et Zoltan Buki

Publié par Sébastien Aubé le 11 juin 2004 à 03:52 PM TrackBack Commentaires (6)