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Je me permets de publier un excellent texte qui m'a été envoyé par Marie-Ange Druart. Par ailleurs, son texte a été repris par de nombreux médias indépendants en France au cours des derniers jours. Sur ce, bonne lecture et merci à Marie-Ange.
Interrogez le passant de New York ou de New Delhi, de Paris ou de Tokyo sur ce qu'il sait du Vénézuéla, vous aurez partout, la même réponse : "il y a une sorte de fou là-bas, il faudra bien un jour qu'on s'en occupe!".
Trois ans seulement pour que, déclinés ad nauseam et dans toutes les langues, les poncifs deviennent "opinion publique". Une image digne du temps des colonies, construite grâce à l'immense pouvoir que représente la propriété des médias par les grands groupes économiques. Tellement écrasante que le peu de médias restés indépendants finissent par s'y rallier, de peur de heurter leurs lecteurs.
Rien qu'un "ex-putschiste", donc, celui qu'ont conforté sept scrutins successifs en cinq ans, tous validés par les observateurs internationaux, et qui a introduit dans la Constitution le référendum révocatoire à mi-mandat qu'il vient d'accepter ?
"Futur Castro", celui qui, en cinq ans et malgré un coup d'État médiatique, n'a fait fermer aucun journal, n'a fait emprisonner aucun journaliste, n'a censuré aucun article ? "Populiste", ce chef d'État qui tient ses promesses (contrairement à un Lula) ?
La suppression des correspondants étrangers, la dépendance commerciale d'une poignée d'agences de presse, l'embourgeoisement et l'inculture historique des écoles de communication, l'évitement par la plupart des journalistes des quartiers où vivent 80% des Vénézuéliens, l'abdication face au besoin de garder sa place, permettent de faire croire n'importe quoi à n'importe qui.
Faudra-t-il, dans quelques années, entendre des historiens nous raconter, entre deux soupirs, que le seul gouvernement qui avait osé bouter Monsanto et son maïs transgénique hors de son territoire, qui était admiré pour sa réforme agraire par le MST et la Via Campesina, tomba finalement sous l'action conjuguée de la Maison Blanche et des grands médias internationaux ?
"Oui mais comment faire confiance, vient d'écrire Charlie-Hebdo, à quelqu'un qui cite, pêle-mêle, Mao, Jésus, et Nietzche dans ses discours ?" La même phrase fut publiée dans Libération, le 7 décembre 2002. L'intemporalité de l'argument en dit long sur la volonté d'enquêter.
Pourquoi ne pas expliquer les raisons pour lesquelles, malgré l'opposition de l'Église catholique, des partis de droite, du quasi monopole de la télé, radio et presse privées, de l'élite patronale, de la CIA et du Département d'État, comment expliquer qu'Hugo Chavez soit toujours là? Pourquoi occulter ces millions de Vénézuéliens aux mains nues qui ont déjoué le putsch médiatique d'avril 2002 et ont réussi, en 48 heures - première historique - à remettre au pouvoir un président élu? Pourquoi ne jamais évoquer la mise en place du budget participatif et de coopératives d'économie solidaire, du droit des communautés indigènes à disposer de leurs territoires, des avancées des droits de la femme, des programmes sociaux gigantesques financés par un pétrole redevenu souverain et qui permettent à des millions de Vénézuéliens d'accéder aux modules de santé publique, aux bancs de l'éducation publique, aux documentaires latino-américains de la télévision publique, à la propriété de la terre urbaine et rurale?
Pourquoi passer sous silence la mobilisation de tout ce que l'Amérique Latine compte de mouvements sociaux, les Sans Terres du Brésil, CONAIE et CLOC indigènes, d'Équateur, de Bolivie, du Guatemala, Piqueteros et Mères de la Place de Mai, en faveur du changement en cours au Vénézuéla ?
Pourquoi ce besoin compulsif des ex-journaux de gauche d'assimiler toute contestation de l'ordre néo-libéral par un gouvernement, à du stalinisme en puissance? Qu'est-ce qui oblige Charlie Hebdo à répéter ce que j'ai déjà lu hier dans le Monde ou dans Libé, ce que je vois aujourd'hui au 20 heures sur TF1 et ce que me répétera demain la chronique économique de Jean Marc Sylvestre sur France Inter?
Si l'amélioration concrète de la vie de millions de Vénézuéliens, (aisément vérifiable sur le terrain), vaut moins que l'opinion d'une poignée d'intellectuels médiatiques, qu'attendre encore pour confier la gestion de l'actu à Seguela et Messier?
Nous avons pu, pour notre part, séjourner au Vénézuéla. Pour observer d'abord l'étau des médias privés. En 2002, ceux-ci célébrèrent sur un ton jubilatoire le décret des militaires renversant Hugo Chavez, dissolvant le Parlement, abolissant la Constitution, le Défenseur du peuple, et autres institutions démocratiques.
Leurs "journalistes" menèrent la chasse aux opposants en direct, sur un ton haletant, en compagnie de la police politique, tout en imposant le black-out sur la résistance croissante de la population civile. Cible privilégiée, les médias associatifs furent persécutés, certains de leurs membres arrêtés...
Ce quasi monopole des médias privés vénézuéliens, source principale de "Reporters Sans Frontières" et de la "presse de France", se déclare constamment victime de Chavez. Il ne recule pas devant les auto-attentats pour nourrir une image mondiale répétitive · souhait. A sa tête: Gustavo Cisneros, le Murdoch latino, ami personnel de George Bush, qui se rêve déjà en futur président du Vénézuéla.
Nous avons observé le boom impressionnant du Tiers Secteur Audiovisuel. En 2003 et 2004, 120 radios et télés associatives, fabriquées par les habitants des quartiers populaires sont passées de la clandestinité à la légalité, grâce à l'élection de Hugo Chavez. On en attend 200 pour la fin de l'année, des medias qui disposent d'une fréquence 24 heures sur 24, pour un terme de cinq ans, renouvelable, à la condition de former les habitants au maniement de l'image et du son.
Est-ce le signe d'un affaiblissement de la démocratie? Une loi demandera bientôt aux télévisions publiques et privées de s'ouvrir à la production indépendante, asphyxiée par le monopole médiatique. Le cinéaste argentin Solanas et l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano, qu'on ne peut suspecter de naïveté en matière de Droits de l'Homme, ont témoigné de "l'incroyable liberté d'expression en vigueur au Vénézuéla".
Le genre d'information que l'on ne lira plus, semble-t-il, dans Charlie Hebdo, soudain pressé de recopier la bonne parole sur le Vénézuéla.
Publié par Libertador de Conciencia le 01 juillet 2004 à 02:43 PM
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