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Michèle Laframboise nous fait parvenir un texte exposant sa vision des médias et du citoyen, texte qu'aucun journal n'a daigné publier. Il nous fait plaisir de le partager ici, en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.
L'avalanche de faits accomplis
Jamais n'avons-nous été autant bombardés d'informations et, pourtant, rarement celles-ci ne nous font déboucher sur des changements significatifs. Grands quotidiens et chaînes de télévision sélectionnent et présentent les nouvelles de façon à garder le lecteur-spectateur captif, incapable de modifier le statu quo.
Les stratégies varient. On utilise le sang, la guerre (c'est triste, mais vous n'y pouvez rien, lecteurs...) le scandale (lecteurs, soyez aux premières loges pour assister aux malheurs des riches!) ou encore, la nouvelle cocasse, absurde, inutile ou carrément inventée.
Les attentats horribles à New-York et Washington nous ont replongés dans le bain du voyeurisme impuissant. Si les ruines ont été photographiées mille fois et les victimes comptées et recomptées, les causes profondes du conflit et le rôle obscur des États-Unis dans la protection et la montée de groupes armés respectant leur agenda sont traités avec la plus grande discrétion...
Bien avant le bal médiatique déclenché par les attentats du 11 septembre 2001, la couverture du Sommet des Amériques à Québec avait démontré la capacité des médias à nous informer avec précision du coût d'une clôture de sécurité, de la couleur des nappes de la salle de réception ou des menaces des groupes d'opposants. Mais quel grand média s'est sérieusement penché sur ses implications et sur l'impact futur du libre-échange tout azimuth sur nos vies?
Lecteurs, vous n'y pouvez rien: que vous le vouliez ou non, la mondialisation et la privatisation des services vont se faire. On vous consultera après le fait accompli, quand vous n'aurez d'autre choix que de vous conformer. Pour des propositions d'actions concrètes et accessibles aux citoyens, il faut se tourner du côté des médias alternatifs et des mouvements sociaux.
Certes, les médias de masse verseront une larme sur les ìnécessairesî úufs cassés pour faire l'omelette, sur les milliers de chômeurs produits par les fusions de géants financiers ou la relocalisation au Tiers-Monde des entreprises jadis créatrices d'emplois... tous ces laissés-pour-compte de la mondialisation pour lesquels vous, lecteur, ne pouvez rien faire non plus.
Le lectorat prisonnier
Si un ou deux reportages ìobjectifsî (1) font mine de s'intéresser aux arguments des opposants (en se cantonnant souvent à une seule figure de proue), la masse critique des éditoriaux penche vers le dogme directeur favorisé par l'establishment économique qui contrôle ces médias.
Ce dogme, ìl'entreprise privée libérée des contraintes sociales va résoudre tous les maux grâce aux lois du marchéî est rarement contesté. Témoin, les abus de pouvoir observés sur les journalistes et les éditorialistes ìdissidentsî d'une grande chaîne de journaux (2).
Certes, les médias publient des articles pratiques en apparence dénué de toute idéologie: conseils de santé, cuisine, voyage, beauté, jardinage... Articles qui nous rappellent de surveiller notre poids, de consommer des produits amaigrissants, d'acheter des produits de beauté, etc.
Pour donner un semblant de diversité, on ménage une soupape de sûreté: le courrier des lecteurs. Dans cette arène, les idées extrêmes s'affrontent et se neutralisent. On pimente le tout avec les colonnes d'opinion où des chroniqueurs forts en gueule fustigent le peuple stupide. Ils abordent parfois des thèmes déviants de la ligne éditoriale mais, tout comme les lettres enflammées, ces colonnes d'opinion s'annulent.
En somme, les informations utiles sont diluées dans une masse des faits divers.
Contrairement à la publicité, plus on est ìinforméî, moins on devient capable d'agir. Ne serait-ce que par simple manque de temps!
Lecteurs, vous êtes assis dans une prison aux barreaux imprimés, enchaînés par votre propre curiosité morbide, ployant sous le poids des faits accomplis contre lesquels vous ne pouvez rien.
Les actions sanctifiées
Toutefois, les médias n'entretiennent pas une totale incapacité chez leurs lecteurs. Deux actions sont sanctifiées : consommer les produits annoncées dans leurs pages et donner généreusement aux organismes de charité agréés.
Parlant de charité, les médias nous abreuvent d'images de chefs d'entreprise jouant les dames patronesses aux bals de charité. On nous révèle le montant généreux du don de bienfaisance envers les ìpauvresî... qui, chose étrange, continuent à se multiplier... Dommage que le lecteur ne puisse lire aussi leur chiffre d'affaire, le nombre de mises à pied effectuées pour faire remonter la valeur des actions, la part des profits soustraits aux impôts grâce aux paradis fiscaux...
Le lecteur est encouragé à acheter les grandes marques annoncées dans les pages de revues, mais pas question de s'interroger sur les conditions de travail indignes de ceux qui ont fabriqué ces produits...(3). Aucune information sur le commerce équitable, sinon pour le marginaliser.
Les grands médias maintiennent sciemment les citoyens dans un état d'impuissance. Imaginons un maquiladoras (4) à l'échelle planétaire, où une autorité supramondiale soumise aux intérêts d'un petit groupe de puissances guidera un marché de moutons correctement ìinformésî...
(1) pour une définition critique de l'objectivité, lire Colette Beauchamp, Le silence des médias, éditions du Remue-ménage, 1985.
(2) La chaine Southam, entre autres propriétaire de la Gazette, qui a imposé ses éditoriaux et rabroué ses journalistes déviants.
(3) Des informations utiles sur les sites suivants: www.cleanclothes.org, www.sweatshopwatch.org, www.transfair.org.
(4) Zone franche du Mexique où les droits et les protections sociales des travailleurs sont abolies.
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