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Tout le monde en parle mais personne ne sait vraiment de quoi il en retourne mais une chose est sûre : l'éducation au Québec est prise dans la tourmente de réformes dont l'ampleur est à la mesure de celles entreprises à la fin des années 1960 et au début des années 1970.
Plusieurs "ténors" ou "experts" prennent pour modèle soit celui des États-Unis, une méritocratie qui instaure une ségrégation double Caucasian/Colored et Rich/Poor, et celui du Royaume-Uni, qui peine à se débarrasser de l'influence des classes sociales et encourage de plus en plus l'endettement étudiant afin de privilégier une noblesse qui se sent menacée par l'intégration européenne et l'immigration provenant des ex-colonies britanniques.
Ces deux modèles non seulement sont tout à fait dysfonctionnels mais ils ne peuvent pas vraiment s'appliquer au Québec. Tout d'abord, les U.S.A. et le Royaume-Uni ont des populations de 300 et de 58 millions respectivement. De plus, ce sont des métropoles d'Empire qui peuvent attirer des milliers d'étudiants étrangers pour renflouer les coffres de leurs universités. Enfin, ils font partie d'un monde Anglo-Saxon qui possède déjà un avantage dans toutes les disciplines puisque le langage de la science (pure ou humaine) est dorénavant l'anglais. Toute publication doit être rédigée en anglais sous peine de se voir ignorée de la communauté scientifique.
Quel modèle alors pour le Québec? Le modèle français, bien qu'intéressant parce qu'encore pas trop affecté par l'utilitarisme néo-libéral, privilégiant une culture générale et surtout tout à fait laïc (encore que cela entraîne son lot de problèmes), ne correspond pas non plus au Québec. L'autoritarisme hérité du Catholicisme est encore bien ancré et il ne fait qu'antagoniser les élèves (et étudiants) contre les instituteurs et professeurs.
Que reste-t-il comme modèle pour une nation de 7 millions? Si on se fie à l'OCDE, les meilleurs systèmes d'éducation se trouvent en Scandinavie, avec la palme revenant à la Finlande. D'ailleurs, pourquoi se tourner vers le Royaume-Uni comme modèle alors que le Royaume-Uni lui-même se tourne vers la Finlande pour ses propres réformes?
Comment le système finlandais fonctionne? Qu'est-ce qui fait que la Finlande possède 60 à 70% de diplômés universitaires ou polytechniques?
D'abord, le pré-scolaire pour les Finlandais commence à 6 ans, en garderie, puis à 7 ans leur éducation formelle débute réellement. Ils demeurent à la même école de 7 à 16 ans, âge auquel ils choisissent entre le lukio(équivalent du CEGEP) ou une école de formation professionnelle (appellée école de vocation), pendant 3 ans. Ou alors ils arrêtent leurs études.
Mais pourquoi seulement 3 % des élèves arrêtent leurs études à 16 ans, que 70% vont au lukio et 27 % vont en école de vocation?
Pour les Finlandais, point de formule magique ou de tour de prestidigitation. Le principe directeur de l'éducation en Finlande, c'est la démocratie centrée sur l'étudiant. Aucune sélection ne s'effectue, à aucun moment. Tous les élèves apprennent dans la même classe. Le secteur privé est très restreint, et les étudiants sont libres de choisir entre l'école de formation professionnelle ou le lukio. Les profs sont là pour aider et conseiller les élèves dans leur choix d'études. Il y a de plus une absence relative d'examens et de tests à l'échelle nationale. Le seul véritable examen que les Finlandais auront à subir est l'examen de matriculation à la fin du lukio.
Le ministère de l'éducation doit donc investir une grande confiance en l'enseignant. À juste preuve le système d'inspection scolaire. Le Conseil national d'éducation se sert de ce système pour évaluer et appuyer les enseignants. Il ne publie jamais de liste de mauvaises et de bonnes écoles et décourage la création de "ligues" universitaires ou scolaires.
Donc, lorsqu'un programme éducatif est implémenté, chaque professeur demeure autonome dans la manière qu'il interprète et transmet ce programme. La créativité et la pédagogie sont encouragées et non réprimées. Il ne faut pas oublier que les enseignants sont très respectés en Finlande. De plus, pour obtenir un poste de professeur (à tous les niveaux, même en garderie) il faut au minimum un diplôme de maîtrise universitaire.
Le salaire n'est pas le principal incitatif (un prof en Finlande gagne 17 000 euros par année, sans compter tous les avantages sociaux généreux) mais bien l'autonomie et le fait qu'il n'y a pas une bureaucratie tâtillonne constamment derrière votre épaule.
Une des clés de voûte de l'éducation en Finlande, c'est l'intervention rapide. PLus tôt on intervient pour tenter de régler les problèmes de l'enfant, plus l'argent dépensé en supplément donne des résultats.
Bien sûr, le système n'est pas parfait. Tous les enfants ne sont pas des anges. Le système des lukio n'est pas immunisé au bonnes et mauvaises réputations. Et la Finlande, intégrée à L'Union européenne par référendum en 1995 (54% pour), doit composer avec des problèmes structurels qui s'appliquent à tous les pays : retour à un programme plus simple (abolition de l'éducation physique de la musique et des arts en vue?) crise dans les fonds publics...
Mais au Québec, n'avons-nous pas un parallèle à tracer avec la Finlande? Une population relativement homogène de moins de 10 millions avec un État interventionniste, un climat nordique, un accès à la haute technologie, un bilinguisme institutionnalisé...? Pourquoi s'inspirer de modèles défectueux (É.-U., R.-U.) alors que la Scandinavie nous en offre de bien meilleurs et surtout des modèles qui demandent beaucoup moins de modifications vaseuses effectuées à l'aveuglette? En Suède, l'étude de la musique (performance et production) est encouragée par l'État depuis la fin des années 1970. Se pourrait-il qu'il y ait un lien entre ce processus et la domination du Royaume des Trois Couronnes sur les ondes radiophoniques et derrière les consoles d'enregistrement?
Ce texte est une interprétation et adaptation d'un article publié dans The Guardian le mardi 16 septembre 2003. (www.EducationGuardian.co.uk)
Publié par Phonono le 25 août 2004 à 12:47 PM
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