Bush-Kerry

Une remarque à froid et rapide. Le débat était un spectacle orchestré. Tout avait été prémâché ad nauseam. Régulé aussi. Spectacle austère. Propos ficelés à la seconde près. Soit. Il s'agit de manipuler les masses: conforter tous les croyants; ébranler tous les indécis. Certains parlent de bonnet blanc bonnet blanc; d'autres soulignent que deux visions du monde et du politique s'affrontaient.

On a décidé que les sondages se font en trois étapes: immédiatement après; après 24 heures, puis ou 48 ou 72 lorsque supposément les esprits auront eu le temps de réfléchir (sic). Cela suppose que les auditeurs ne réfléchissent pas ou peu en écoutant et regardant. D'autres rappellent que les débats ne changent pas grand chose.

Kerry est dans l'ensemble déclaré gagnant tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des É.U. Pourtant sur une foule d'autres questions c'est Bush qui demeure en tête.

Le paradoxe c'est qu'à la lumière de quatre rapports depuis le 9/11, on a montré que l'administration a pratiqué la désinformation, a menti et a propulsé la valeur de l'amalgame, la simplification et la communication de faussetés. Les camouflages, par voies déviées, les dénégations et les protestations d'innocence; l'attaque du droit international, des conventions, le refus de respecter les cours de droit international; les changements de points de vue. Il y eut aussi le muselage de la presse (fortement suggéré quoique non imposé) pour mettre en valeur le patriotisme américain et faire croire que le monde est américain ou n'est pas (version politique de l'opposition le bien et le mal); la suspension de certains droits qui demeurent; la justification de la torture. ETC.

Tout cela est énorme; trop peut-être. Ce qui paralyse les esprits à moins de reconnaître que la foi américaine a été tétanisée tellement il y a une confusion entre la foi et le politique: l'Amérique états-unienne serait imbue d'une mission, portée par Bush, et le reste du monde ne compte pas vraiment : on est pour nous ou contre nous. Ceci rappelle un vieil adage de l'Église catho. vous êtes in ou exclu; il n'y a pas de salut hors de l'Église.

En regard de sa foi, l'administration Bush est justifiée en tout : God is on our side; God bless America ou dire à la face du monde : may God be with you. Mais alors, la foi américaine serait la forme exemplaire de toutes les croyances: même dieu partout; toutes les autres divinités ne sont que des variantes. Mais alors si la majorité votante est du même acabit?

Le buschisme deviendra une doctrine apparentée aux autres intégrismes tant religieux que politiques. S'il est élu, malgré toutes ses contradictions, toutes les erreurs et les mensonges et les déviations par rapport aux dites valeurs fondamentales de leur christianisme, on peut s'interroger sur la majorité américaine.

Publié par Hermès le 02 octobre 2004 à 03:53 PM TrackBack Commentaires (8)