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Hier soir avait lieu la première du spectacle Desjardins symphonique au centre Pierre-Charbonneau. Pour la première fois, Richard Desjardins se présentait sur scène avec les mains libres et soixante musiciens classiques, sous la direction et les arrangements du chef d'orchestre Gilles Bellemarre. Comme l'ensemble des gens présents, j'étais conquis d'avance, connaissant par coeur chaque strophe de la poésie sublime de Richard Desjardins, mais je ressentais une certaine apréhension quant au rendu final des arrangements musicaux. Serait-ce trop grandiloquent? Les textes et les musiques des chansons de Desjardins sont déjà majestueuses, lyriques, solenelles. Ajouter un orchestre symphonique serait-il comme souligner quelque chose qui n'en avait pas besoin?
En ouverture, l'interprétation remaniée de la chanson La maison est ouverte m'a quelque peu laissé sur ma faim. Je ne me sentais pas aussi séduit que la salle qui applaudissait à tout rompre. Il aura fallu quelques pièces pour que j'accroche davantage à ces nouvelles sonorités musicales. Les pièces plus tragiques comme Akinisi, Miami ou Sahara Lumber ont effectivement gagné en intensité avec la participation d'un grand déployement symphonique. Par contre, certaines chansons d'amour devenaient trop sirupeuses avec des arrangements basés massivement sur les cordes. Oui, des violons sur Tu m'aimes-tu, Le coeur est un oiseau ou Jenny peuvent ajouter un touche romantique, mais malheureusement, une impression de musak se dégageait de certaines chansons. Les Yankees était à demi-réussie à mon avis. Personnellement, j'ai regretté que Nataq ne soit pas au menu, puisqu'il s'agit du genre de chanson qui se serait davantage prêté au traitement symphonique que Buck. Par contre, la version du Bon gars à la sauce Grapelli était des plus intéressante sous cet habillage nouveau.
Le principal inconvénient d'un tel spectacle se révèle pour quelqu'un qui a déjà vu Desjardins en solo: les spectacteurs y perdent dans le contact privilégié que le poète tisse habituellement avec son auditoire. J'ai assisté à un spectacle de la tournée Boum Boum au Spectrum de Montréal. J'ai eu la chair de poule pendant deux heures, tant la présence et l'intensité de Desjardins est grande. Il crée un contact incroyable avec la salle, contact si fructueux qu'un album comme Desjardins live au Club Soda doit sa qualité à l'interaction du poète avec la salle autant qu'à la qualité des oeuvres. Entouré de soixante musiciens qui suivent la partition à la note, Desjardins semblait plus complice de l'orchestre que de la salle. Il ne s'adressait que rarement aux gens, et de plus, lorsqu'il parlait entre les chansons, le son de sa voix ne portait pas beaucoup dans ce gymnase.
Je reste donc mitigé, moins tranché que l'article du Devoir de ce matin qui titre "L'erreur orchestrale". L'événement est bien entendu unique, et même si certaines interprétations laissaient à désirer, d'autres pièces ont pris une dimension insoupçonnée. Je pense tout de même que d'ajouter cet orchestre autour du poète n'aura malheureusement fait que diluer son intensité, et que ce genre d'arrangement sieds bien davantage à Bruno Pelletier qu'à Richard Desjardins.
Vous pourrez vous faire votre propre idée, puisque la radio de Radio-Canada diffusera la retransmission de ce spectacle le 24 octobre prochain à 20h00.
Publié par Bob L'Aboyeur le 14 octobre 2004 à 02:22 PM
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