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Sans doute l'esprit de Noël n'a-t-il pas réussi à monter l'escalier qui mène à ma demeure, mais comme plusieurs, malheureusement une minorité, je n'ai pas encore senti le désir de me sacrer un uppercut de consommation comme on le réclame un peu partout sur les ondes et les panneaux putricitaires. Alors, ce n'est pas en Père-Noël manqué que je propose ici un petit bouquin, comme le font si bien ces chroniqueurs tout aussi manqués du merveilleux monde des media de masse dans leurs imbuvables chroniques de suggestions de cadeaux pour le temps des fêtes, comme s'ils ne faisaient pas ça à l'année, de la suggestion. Que nenni! Rien à voir avec l'époque de l'année; tout à voir avec le simple fait que je viens de terminer ledit bouquin : Dada.

La badinerie un peu feinte du mouvement dada a toujours relégué au second rang la profondeur et la valeur de leur colère. Ce petit recueil d'aphorismes dadaïstes rend, lui, réellement justice à l'entreprise dada, à la profondeur de sa révolte, à l'éclat de sa négation, à son cynisme, au sens grec du terme. Les dadaïstes ne sont pas ces amuseurs un peu simplets qu'on nous décrit dans les manuels scolaires. Ils ont vécu la Première Guerre et, contrairement à ceux et celles qui oublient vite, en ont tiré une conclusion majeure : si le monde tel qu'il est nous a mené à la guerre de 1914, c'est que, comme ont tenté de faire les cyniques grecs, il faut refonder le monde, en commençant par saper ce qu'il est ici et maintenant. Leur outil sera le langage. Ils le feront souvent avec génie, entre les deux guerres, officiellement de 1916 à 1923. Ils seront presque les seuls à avoir le courage de cette vision négative du monde. Ils seront trop peu : vingt et un an après la fin de la Première Guerre, on remettait ça, en pire. Mais les bonnes gens ont par la suite rapidement réussi à faire semblant de rien, mis à part s'apitoyer sur une petite fille rose dans un film en noir et blanc de Steven Spielberg. Et, bâtissant leurs bungalows cheap sur leur désarroi assumé, ils condamnent maintenant quiconque aurait simplement l'outrecuidance d'être impoli. Dans ce contexte, une petite lecture dadaïste a l'heur de faire plaisir.
Pour vous mettre l'eau à la bouche, je vous envoie une couple d'extraits :
Les gens moraux sont mal renseignés et les renseignés savent que les autres ne se renseigneront pas.
Les moyens de développer l'intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles.
Il ne faut jamais oublier que le plus grand homme n'est jamais qu'un animal déguisé en Dieu.
Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons un robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas.
Que chaque homme crie : il y a un grand travail destructif à accomplir. Balayer, nettoyer. La propreté de l'individu s'affirme après l'état de folie, de folie agressive, complète, d'un monde laissé entre les mains des bandits qui se détruisent et détruisent les siècles.
Dada, coll. En Verve, Horay, 2002, 125p. 8,95$
Publié par Lagri Masse le 13 décembre 2004 à 03:33 PM
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